Les eaux du lac Saint-Augustin sont polluées par les coliformes fécaux et le phosphore sortant des marais épurateurs, qui devraient, en principe, aider à nettoyer le lac.
Les eaux du lac Saint-Augustin sont polluées par les coliformes fécaux et le phosphore sortant des marais épurateurs, qui devraient, en principe, aider à nettoyer le lac.

Des marais polluent le lac St-Augustin

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Pauvre lac Saint-Augustin! Pendant que villes et gouvernement du Québec investissent des centaines de milliers de dollars pour lutter contre les cyanobactéries, ses marais épurateurs polluent plus qu'ils ne l'aident, déversant coliformes fécaux et phosphores dans les eaux, a appris Le Soleil. Sans parler des rejets d'un motel qui contaminent le bassin versant.
Les deux marais, installés du côté sud du lac, sont inefficaces. Ceux-ci, et leur bassin de décantation, doivent purifier l'eau de pluie avant qu'elle ne s'écoule dans le lac. Or, c'est exactement le contraire qui se produit : l'eau ressort souvent plus polluée qu'à son entrée, peut-on constater dans l'étude effectuée par Roche, remise à la Ville en avril et dont Le Soleil a obtenu copie. La situation se produit surtout pendant et après la pluie.
Même quand les marais font, en partie, leur travail, les concentrations «des matières en suspension, en coliformes fécaux, en phosphore total, en azote total, en chlorures, en manganèse et en fer ne respectent pas les critères de qualité édictés pour les eaux de surface par le ministère de Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP)», lit-on dans l'étude.
Construits il y a une dizaine d'années, les marais de l'Artimon et du Verger, du nom des rues situées à proximité, sont victimes de l'urbanisation massive autour du lac. Ils sont incapables de traiter les volumes d'eau plus importants du réseau pluvial.
À proximité du marais de l'Artimon, par exemple, un marché d'alimentation a remplacé une carrière, en 2008. En face, de l'autre côté de la rue de l'Hêtrière, on trouve un complexe médical, avec pharmacie et commerces. Résultat : des surfaces perméables ont cédé la place à des surfaces imperméables, dont les incontournables stationnements, ce qui précipite plus d'eau dans le lac.
Pas pour cette année
Ces eaux sont chargées de matières qui nourrissent les cyanobactéries et favorisent les éclosions toxiques d'algues bleues. Le rapport de Roche propose à Québec d'agrandir les marais et leurs bassins de décantation. Mais ce ne sera certainement pas cette année, puisque l'argent disponible pour le lac a été investi dans des projets communs avec le MDDEP, explique Benoît Jobidon, porte-parole de la Ville de Québec.
Ces projets consistent en deux des quatre expériences menées au Québec pour enrayer la contamination aux cyanobactéries.
Comme si ça ne suffisait pas, le bassin versant du lac doit également composer avec les déversements des égouts du motel Colibri directement dans la nature (voir l'autre texte).
De bien mauvaises nouvelles, alors que les gouvernements municipaux et québécois travaillent à limiter l'apport de phosphore dans l'eau. Une situation paradoxale s'il en est une : on traite les symptômes sans réussir à enrayer les causes de pollution, alors que le gouvernement Charest a toujours voulu faire de la prévention le cheval de bataille de la lutte contre les algues bleues.
Steven Ross, le président du conseil de bassin du lac Saint-Augustin, déplore la situation. Dans les circonstances, croit-il, le minimum que peuvent faire Québec et Saint-Augustin-de-Desmaures en ce moment, «c'est protéger le peu d'espaces verts qui restent autour du lac. Surtout qu'il y a des promoteurs qui rôdent».