Greg Hill a abandonné le guidage en héliski, vendu son camion diesel et pris l’habitude de louer une voiture électrique pour le mener vers ses aventures.
Greg Hill a abandonné le guidage en héliski, vendu son camion diesel et pris l’habitude de louer une voiture électrique pour le mener vers ses aventures.

Des aventuriers repentis pour le climat

BANFF — L’aventurier professionnel Greg Hill skiait au Pakistan il y a cinq ans lorsqu’il a été emporté par une avalanche et s’est cassé une jambe. Pendant sa convalescence, il a réfléchi à l’héritage qu’il aurait laissé s’il était mort.

M. Hill avait gravi des centaines de montagnes, skié sur les plus hauts sommets du monde et documenté bon nombre de ses aventures au Canada, en Amérique du Sud, en Norvège et au Pakistan.

«C’était génial — j’encourageais les gens à aller plus loin, raconte M. Hill en entrevue. Mais j’étais un aventurier égoïste de 30 ans. Tout tournait autour de mes exploits et de ce que j’étais capable d’accomplir.»

Maintenant dans la quarantaine et devenu père de famille à Revel­stoke, en Colombie-Britannique, M. Hill voulait faire «quelque chose qui peut être appris et adopté par d’autres pour améliorer le monde».

Il fait partie d’un nombre croissant de Canadiens adeptes des sports de montagne — dont le célèbre skieur alpin Erik Guay, l’alpiniste sur glace et parapentiste Will Gadd et la médaillée d’or en ski cross Ashleigh McIvor — qui ont décidé de mettre leur célébrité au service de l’environnement.

Ils sont tous des ambassadeurs de Protect Our Winters Canada, une organisation à but non lucratif établie à Waterloo, en Ontario, qui tente d’inciter les gouvernements à agir contre les changements climatiques.

«Notre objectif global est d’unir et d’organiser la communauté du plein air, explique Dave Erb, directeur général du groupe. En tant que personnes qui aiment passer du temps dans la nature et se divertir dans la nature, cela devrait vraiment nous obliger à participer à la lutte pour la sauver et la protéger. Si nous ne le faisons pas, qui le fera?»

«Nous sommes ceux qui voient les changements, mais qui ont également un lien profond avec ces paysages et ces lieux magiques.»

M. Erb souligne que les ambassadeurs du groupe peuvent influencer la façon dont les autres voient les changements climatiques, mais qu’ils agissent eux-mêmes de façon contradictoire.

«Ils aiment explorer et vivre ce mode de vie basé sur l’aventure, mais ils savent aussi que leur empreinte carbone est grande», reconnaît-il.

Greg Hill a déjà réfléchi à cette contradiction.

«Cela a toujours été dans le fond de mon esprit, l’hypocrisie de ma situation — la façon dont j’aimais et j’appréciais la nature, d’un côté, et de l’autre, la façon dont je contribuais à la détruire.»

Le recul des glaciers

M. Hill affirme avoir lui-même constaté les effets des changements climatiques, notamment le recul du glacier Illecillewaet dans le parc national des Glaciers en Colombie-Britannique.

«Chaque année, cela va de plus en plus loin, explique-t-il. Il y avait autrefois ce renflement impressionnant pour y accéder et maintenant, il a reculé de 100 mètres. Il est si loin par rapport à avant, mais tout cela se passe en silence.»

«Si ça faisait du bruit et ça criait, peut-être qu’on ferait quelque chose», illustre-t-il.

En 2017, M. Hill a décidé de prendre tous les moyens à sa disposition pour réduire son impact sur l’environnement.

Il a abandonné le guidage en héliski, vendu son camion diesel et loué une voiture électrique pour le mener vers ses aventures. Avec un autre athlète, Chris Rubens, ils ont décidé d’aller skier sur autant de montagnes que possible sans brûler de combustibles fossiles.

Ils ont documenté leurs aventures dans un film intitulé Electric Greg, présenté en novembre au Festival du film de montagne de Banff.

En plus des changements constatés dans les montagnes où il skie, M. Hill a également remarqué des changements là où il vit. Les étés sont de plus en plus enfumés en Colombie-Britannique en raison des incendies de forêt, dont la science montre qu’ils deviennent plus fréquents et extrêmes en raison des changements climatiques.

M. Hill a également changé d’autres habitudes de vie en adoptant les sacs réutilisables, le végétarisme en semaine et les produits locaux autant que possible.

La transition n’est pas parfaite, mais il pense que ces changements peuvent attirer l’attention et inciter d’autres personnes à réfléchir à ce qu’elles peuvent faire à leur échelle.

«Il y avait un peu de scepticisme au départ parce que j’étais censé être un athlète globe-trotter, affirme M. Hill. En fin de compte, si votre histoire est pertinente et réelle, elle touche les gens et, heureusement, les histoires environnementales sont très importantes en ce moment.»

«La mienne a beaucoup de sens et elle trouve écho chez beaucoup de gens.»