Le projet de Chalk River, en Ontario, vise à enfouir sur une période de 50 ans «un volume total de l'ordre de 1 million de mètres cubes de déchets radioactifs» à moins de 1 kilomètre de la rivière des Outaouais.

Dépotoir nucléaire à Chalk River: Heurtel est inquiet

Le ministre de l'Environnement du Québec s'inquiète plus qu'il ne l'a dit publiquement jusqu'ici du projet d'installation d'un site de «gestion de déchets» nucléaires à Chalk River, en Ontario, selon ce qu'a pu apprendre Le Soleil.
«Ce projet soulève de grandes inquiétudes quant aux risques de contamination des eaux de la rivière des Outaouais, laquelle alimente en eau potable plusieurs municipalités du Québec», écrit le ministre David Heurtel dans une lettre au ministre fédéral des Ressources naturelles, James Gordon Carr. La missive est datée du 18 mai.
Dans cette lettre, M. Heurtel précise être préoccupé par «l'impact potentiel d'une contamination sur toute une zone allant jusqu'à Montréal et au fleuve Saint-Laurent». Les récentes inondations ajoutent à ses inquiétudes.
Elles démontrent à tout le moins qu'il faudra prendre des «précautions particulières» si le projet devait aller de l'avant. Celui-ci vise à enfouir sur une période de 50 ans «un volume total de l'ordre de 1 million de mètres cubes de déchets radioactifs» à moins d'un kilomètre de la rivière des Outaouais.
Le ministre québécois rappelle qu'advenant une contamination des eaux de surface ou souterraines, «il sera de la responsabilité du Québec de déployer les mesures d'urgence nécessaires».
Analyse provinciale
David Heurtel annonce que son gouvernement effectuera sa propre analyse afin de documenter les risques potentiels. Il exhorte dans la foulée le gouvernement fédéral à prendre en compte les résultats de l'analyse québécoise pour «l'ensemble des décisions et travaux liés à la réalisation du projet».
C'est cependant la Commission canadienne de sûreté nucléaire qui l'évaluera formellement. Elle le fera sous l'égide de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale.
Même si le projet doit voir le jour sur le territoire ontarien, la Commission canadienne de sûreté nucléaire doit permettre le plus possible aux Québécois de participer aux consultations publiques à venir, «notamment par l'entremise d'audiences organisées» au Québec. Pour ce faire, toutes les informations et les données pertinentes devront pouvoir être consultées en français, dit encore David Heurtel.
La veille de l'envoi de cette lettre, l'Assemblée nationale avait débattu du projet de Chalk River, porté par les Laboratoires canadiens nucléaires, une filiale d'Énergie atomique du Canada.
Le gouvernement de Philippe Couillard avait repoussé une motion de la députée indépendante et chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui demandait à l'Assemblée nationale de faire part à la Commission canadienne de sûreté nucléaire «de son opposition quant à l'emplacement de ce dépotoir de déchets nucléaires».
Le ministre David Heurtel avait plaidé le fait qu'il est trop tôt pour se prononcer définitivement, et que son gouvernement entendait suivre les étapes du processus d'évaluation et de consultation. C'est toujours ce qu'il a l'intention de faire.
Il avait ajouté qu'il faudrait bien finir par trouver une solution. Car un fait demeure et demeurera : l'Ontario a des déchets nucléaires et elle devra en disposer, que cela plaise ou non. «On ne peut pas les volatiliser. Il faut trouver une solution», avait-il déclaré.
Le péquiste Sylvain Gaudreault réclame que le ministre Heurtel confie au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, un organisme québécois, le mandat de tenir des consultations au Québec sur ce projet.
Au gouvernement Couillard, un interlocuteur s'est demandé s'il n'y a pas un aspect politique dans l'opposition virulente du Parti québécois et de Martine Ouellet. Il note qu'ils dénoncent le projet de Chalk River alors que des déchets nucléaires sont entreposés sur le site de la centrale Gentilly-2, à Bécancour, aux abords du fleuve Saint-Laurent - centrale fermée par le gouvernement de Pauline Marois en 2012. Il faut savoir qu'il existe différents types d'entreposage pour différents types de déchets radioactifs.