David Suzuki assure que «le plus grand défi consiste à réaliser que la santé de la planète passe avant tout.»

David Suzuki se battra jusqu'au bout

Pourquoi David Suzuki, célèbre scientifique, auteur et ex-animateur de l'émission The Nature of Things à CBC, s'emploie-t-il encore, à 81 ans, à sensibiliser les gens qu'il rencontre à la nécessité de protéger la qualité de l'eau, de l'air et du sol, et de tout tenter pour freiner les changements climatiques?
«J'ai des collègues qui disent que c'est trop tard, que nous ne pouvons pas rétablir la situation, que dans cinq ans, nous aurons les preuves que c'est irréversible. Dans cinq ans, la situation aura très peu d'impact sur moi parce que je vais mourir. Sauf que j'ai des petits-enfants. Que dois-je leur dire?» aborde David Suzuki, dans un court entretien avec Le Soleil.
Est-il fâché de la situation? «Je ne suis pas aussi fâché que je suis désespéré [...] Quand je dis que je serai mort dans cinq ans, je veux surtout dire que je suis dans la dernière phase de la vie. Aux gens disant que c'est trop tard, je dis que nous devons batailler jusqu'au bout. Je pense à mes petits-enfants, qui ne sont pas responsables de cette situation», poursuit-il.
Vendredi, au milieu d'un arrêt de quatre jours de vacances en Gaspésie, David Suzuki a présenté devant 500 personnes réunies à New Richmond son point de vue sur la nécessité pour les êtres humains d'apporter de grands changements à leurs habitudes de vie s'ils veulent transmettre aux générations futures un peu de chance. Il a insisté sur son indépendance intellectuelle en tant que scientifique, grand-père et ainé.
«Nous vivons présentement dans un monde radicalement plus pauvre que celui que nous avions», dit-il, pensant aux générations antérieures à la Révolution industrielle, il y a un peu plus de 200 ans.
«Nous [les êtres humains] constituons le facteur dominant expliquant les changements vécus par le monde», note-t-il, en faisant référence aux changements physiques, chimiques et biologiques imprimés par l'homme sur son environnement.
Il attribue ces changements à l'explosion démographique du dernier siècle, l'accélération des avancées technologiques, l'accent mis sur la consommation après la Seconde Guerre mondiale et l'urbanisation.
«Quand je suis né, en 1936, la population de la terre était d'un peu plus de deux milliards de personnes. Il y en a maintenant sept milliards. Dans l'espace de ma vie, la population a triplé. Ça requiert beaucoup d'air, d'eau et de ressources; 80 % de nos forêts ont disparu en 20 ans», dit-il.
Pour nourrir ce monde et le satisfaire matériellement, l'humanité a pris des raccourcis irréfléchis. «Nous apprenons aujourd'hui que la moitié des Canadiens mourra d'un cancer. Pourquoi sommes-nous surpris? Nous utilisons massivement des produits chimiques avant que leur impact soit testé!», s'écrit David Suzuki.
«Nous étions un animal de ferme et nous sommes devenus un résident urbain. L'enfant moyen passe moins de huit minutes dehors dans une journée, mais plus de six heures devant un écran. La nature n'a plus d'importance pour nous!» note-t-il.
«L'homme a oublié que pour produire des aliments sains, il doit protéger l'air et l'eau. C'est ça, notre travail. Notre plus grand défi consiste à réaliser que la santé de la planète passe avant tout», assure le généticien.
Il conclut en parlant des autochtones, une cause qu'il chérit. «Ce qui est surprenant en 2017, ce n'est pas que le Canada ait 150 ans; c'est que les peuples autochtones soient encore vivants, en dépit de tout ce que nous leur avons fait vivre.»
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Non à la fracturation
Au milieu de son séjour en Gaspésie, David Suzuki était déjà convaincu que la plus grande menace planant sur la péninsule, c'est la possibilité que des entreprises pétrolières réalisent de la fracturation hydraulique, comme la firme Pétrolia propose de le faire à l'emplacement Bourque, près de Murdochville.
«La fracturation est le pire des recours», tranche-t-il en énumérant les impacts sur l'eau, le sol et l'air. Dans son exposé, il raconte une rencontre sollicitée par un dirigeant de l'une des grandes firmes d'exploitation de sables bitumineux en Alberta. Durant l'entretien, il a demandé à ce dirigeant d'entrer en laissant derrière son bagage de «président-directeur général».
Le généticien lui a fait la démonstration que l'exploitation pétrolière allait à l'encontre de la protection de l'air, de l'eau et des sols, sources de vie. «Il est sorti bien triste de mon bureau. Il savait que s'il parlait de ce qu'il avait appris, il perdrait son emploi.»