À l'époque, l'eau de la rivière Nelson était contaminée par des huiles provenant des usines d'armement de Valcartier. Aujourd'hui, la nappe phréatique autour de Valcartier est souillée par du TCE, un dégraissant naturel puissant rejeté par l'armée et ses sous-traitants.
À l'époque, l'eau de la rivière Nelson était contaminée par des huiles provenant des usines d'armement de Valcartier. Aujourd'hui, la nappe phréatique autour de Valcartier est souillée par du TCE, un dégraissant naturel puissant rejeté par l'armée et ses sous-traitants.

Contamination autour de Valcartier: dès 1951, la Ville se plaignait

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
L'eau potable de la ville de Québec est contaminée par la base militaire de Valcartier depuis le début des années 50, démontrent des documents d'archives de la mairie obtenus par Le Soleil. La capitale réclamait déjà en 1951 le traitement des rejets bactériens et chimiques de l'armée.
Chronologie (tableau)
L'ancien maire de Québec, Wilfrid Hamel (1953 à 1965), nous offre le résumé des récriminations de l'administration municipale envers la Défense nationale. Dans une requête transmise au commandement militaire en 1954, il adopte un ton ferme et exige que la contamination chimique de l'eau de la capitale cesse.
À l'époque, la Ville puisait son eau dans la rivière Saint-Charles. La rivière Nelson, qui coule près de la Garnison Valcartier, se jetait en amont de la prise d'eau municipale. Elle déversait la pollution de l'armée, du centre de recherche et des usines d'armement, selon les prétentions des experts en santé publique de Québec.
Les autorités municipales ont été alertées au début de l'été 1951 quand l'eau de la Nelson est devenue laiteuse et huileuse, rappelle Wilfrid Hamel. L'enquête municipale aurait identifié la source de la pollution : les terres de la Défense nationale et de ses sous-traitants à Valcartier. L'eau de drainage y est déversée dans la rivière Nelson.
Deux ans plus tard, la plainte demeure. Le maire Hamel rappelle à l'armée qu'un de ses spécialistes leur a écrit en 1953 pour l'informer «de la contamination chimique de l'eau potable de la ville par des produits toxiques venant des rejets non traités». Les égouts de la Garnison Valcartier et de ses sous-traitants sont visés.
L'armée contestera plus tard les allégations. Dans une missive de 1954, le commandement minimise les rejets toxiques. L'armée assure également que l'eau souillée est nettoyée. Elle admet cependant qu'une petite quantité de déchets industriels liquides sont jetés dans la nature et percolent à travers le sol.
Le maire Wilfrid Hamel soulignera néanmoins que des experts du gouvernement sont intervenus et ont conclu à la contamination. Même la portion de l'eau sale qui est traitée par l'armée n'est pas propre à la sortie de l'usine d'épuration, insiste-t-il. La technologie utilisée ne permet pas de filtrer les huiles. C'est sans compter les rejets non lessivés.
Un autre document envoyé par le commandement de l'Établissement de recherches et de perfectionnement de l'armement - l'ancien nom du centre de recherche militaire de Valcartier -, révèle d'ailleurs les quantités de produits chimiques jetés dans les drains chaque mois dans une seule aile du bâtiment : 18 litres d'acide sulfurique, trois litres d'acide nitrique, 2,5 litres d'acide chlorhydrique...
Le maire Hamel concluait sa missive de 1954 de façon péremptoire : «Tous ces problèmes sont de la plus haute importance, et je suis confiant que vous pourrez trouver une solution satisfaisante.»
Aujourd'hui, la Ville demande à la Défense nationale de décontaminer la nappe phréatique coulant sous Shannon et le secteur Val-Bélair. Elle est souillée par du trichloroéthylène (TCE), un dégraissant industriel puissant, rejeté par l'armée et ses sous-traitants.