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En cette journée mondiale des abeilles, l’apiculteur Bernard Filions, apiculteur urbain, propriétaire de Filions et Filles à Charlesbourg, constate avec plaisir que la population est de plus en plus sensible au sort des abeilles.
En cette journée mondiale des abeilles, l’apiculteur Bernard Filions, apiculteur urbain, propriétaire de Filions et Filles à Charlesbourg, constate avec plaisir que la population est de plus en plus sensible au sort des abeilles.

Comment vont les abeilles?

Sarah Rodrigue
Sarah Rodrigue
Le Soleil
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«Ça m’épate de voir comment les gens ne veulent pas tuer les abeilles»!

En cette journée mondiale des abeilles, l’apiculteur Bernard Filions, apiculteur urbain, propriétaire de Filions et Filles à Charlesbourg, constate avec plaisir que la population est de plus en plus sensible au sort des abeilles. Il reçoit souvent des appels de gens qui ont peur de détruire un nid d’abeilles, pensant que c’est un nid de guêpes. Des citoyens lui ont même demandé d’installer ses ruches plus près de sa maison du Trait-Carré, pour qu’ils puissent observer les abeilles.

«Avec la baisse importante des populations d’abeilles mondiales, il y a eu comme un mouvement "sauvons les abeilles" avec l’apiculture, raconte-t-il, assis sur la galerie de sa maison. Mais, est-ce qu’on va sauver les abeilles avec ça? Je ne pense pas».

Vrai que depuis quelques années, les populations mondiales d’abeilles sauvages sont en baisse constante.

L’apiculture, elle, est en croissance depuis 10 ans, selon Pierre Giovenazzo, professeur au département de biologie de l’Université Laval. On compte 800 000 colonies d’abeilles domestiquées au Canada.

«Il y a un profit à faire avec le miel et les services de pollinisation», explique le professeur. Il donne l’exemple des 40 000 colonies abeilles qui quittent pour le Lac Saint-Jean cette semaine. Elles sont transportées par camion de nuit. «Le matin, les abeilles se lèvent et… oups! On est ailleurs», plaisante monsieur Giovenazzo.

Les abeilles resteront dans les champs de bleuets pour deux à trois semaines avant de revenir chez les apiculteurs. Les abeilles sont aussi utilisées pour polliniser les pommes, les canneberges et les concombres.

Des solutions

On compte 800 000 colonies d’abeilles domestiquées au Canada.

Les causes du dépérissement des abeilles sauvages sont connues : la destruction de leur habitat par l’étalement urbain et la croissance de l’agriculture. Par exemple, des gros champs de maïs, comme on en voit souvent au Québec, sont stériles pour les abeilles, précise monsieur Giovenazzo. Ils ne sont pas une source de pollinisation.

Les pesticides ont aussi un rôle à jouer. En particulier le néonicotinoïde, surnommé le tueur d’abeilles. «Le néonicotinoïde, 80-90 % du temps, ce n’est pas nécessaire», déplore l’apiculteur Bernard Filions. Ce pesticide n’a pas encore été interdit au Canada.

Comme solution, il faut travailler avec l’industrie de l’agriculture, croit le professeur de l’Université Laval. «On doit tous travailler ensemble», souligne Pierre Giovenazzo. Par exemple, ne pas couper les trèfles pour les vaches trop tôt, les laisser pousser pour que les abeilles puissent polliniser.

«Le pouvoir de la fourchette est incroyable. Si, comme consommateur, je décide de manger que de l’organique, l’industrie va s’adapter», ajoute-t-il. En Europe, il y a l’appellation Bee Friendly pour les aliments qui ont été cultivés dans le respect des abeilles.

Rupture de produits

La crise de la COVID a tiré les ventes de miel local à la hausse, constate Bernard Filions.

«Ça fait deux années d’affilée qu’on est en rupture de produits. Il [le miel] est tout vendu»! La pandémie a attiré les gens vers les produits locaux. «Qu’est-ce qui a de plus local que du miel urbain à Charlesbourg?» lance l’apiculteur en pointant la dizaine de ruches sur son terrain.

La COVID-19 a malheureusement aussi été «une bonne claque pour apiculture», constate Pierre Giovenazzo. Comme 26 % des abeilles meurent durant l’hiver, les apiculteurs importent des abeilles, des reines en particulier. Le Canada dépend de l’importation de la Californie, d’Hawaï, de la Nouvelle-Zélande… Avec la COVID-19, les transports aériens étaient bloqués.

Bernard Filions n’a pas été touché par ce phénomène. La dizaine de reines qu’il achète chaque année provient du Québec.

Le professeur Giovenazzo prône justement une apiculture canadienne et québécoise plus autonome. Il travaille sur des projets de banques de reines qui seraient 100 % canadiennes.