David Heurtel, ministre de l'Environnement

Cimenterie de Port-Daniel: «Les autres joueurs devront réagir», dit Heurtel

Les autres entreprises du marché du carbone n'auront d'autre choix que de s'adapter à l'arrivée de la cimenterie de Port-Daniel, prévient le ministre David Heurtel.
De passage à Gaspé pour présenter un règlement sur l'eau potable, le ministre du Développement durable et de l'Environnement a commenté le rapport d'analyse de son ministère dont Le Soleil a dévoilé le contenu, mercredi.
Les experts du ministère ont notamment conclu que le projet de Port-Daniel obligera les autres entreprises qui émettent des gaz à effet de serre (GES) à «fournir un effort supplémentaire afin de compenser l'ajout de cette cimenterie dans le marché». La part des droits d'émissions de GES qui sera accaparée par Ciment McInnis créera «une pression à la hausse sur le prix» de ceux-ci.
Le ministre Heurtel a assuré qu'il n'est pas question pour lui de hausser le plafond des émissions permises pour tenir compte du projet. «La cimenterie entrera en fonction en 2016, a-t-il noté. Les autres joueurs devront réagir en trouvant des façons alternatives.»
L'objectif d'un marché du carbone est justement de contraindre l'industrie à respecter une limite, a fait remarquer le ministre. «Ce marché va faire en sorte que les industries vont trouver des façons plus performantes de fonctionner, a déclaré M. Heurtel. Il y aura un incitatif financier pour le faire. Ciment McInnis est déjà à l'oeuvre pour trouver un combustible moins polluant, comme la biomasse.»
La production de 2,2 millions de tonnes de ciment doit engendrer l'émission de 1,75 million de tonnes de GES annuellement par l'usine de Port-Daniel-Gascons. Ce qui en fait le projet le plus polluant de l'histoire au Québec.
Effet «négligeable»
Mercredi, le ministère du Développement durable et de l'Environnement a fait valoir que la participation de la cimenterie au marché du carbone aurait un effet «négligeable» sur le prix des droits d'émission. Les quelque 80 joueurs québécois du marché du carbone, auquel la Californie est la seule autre partie prenante, n'ont pas à être informés par le ministère des conséquences de l'arrivée d'une nouvelle entreprise. Les règles «sont connues de tous les émetteurs assujettis et ceux-ci sont au fait que l'impact, s'il y en a un, d'un nouvel émetteur industriel ou de toute augmentation de production des émetteurs déjà visés, sera absorbé par l'ensemble des émetteurs de tous les secteurs», indique le ministère.
À l'Association de l'aluminium du Canada, Jean Simard fait valoir que les alumineries, comme d'autres secteurs d'activité, ont des ententes avec le gouvernement du Québec sur leurs émissions jusqu'en 2020. Au fil des ans, les efforts des alumineries pour réduire leurs GES font en sorte qu'il n'y a plus de place à la réduction. Le «seuil technologique» aurait été atteint. «L'industrie est confiante que le cap sera maintenu en ce qui la concerne», a déclaré M. Simard.
L'offre et la demande
Les quatre grandes cimenteries québécoises ont déjà dénoncé le soutien de 450 millions $ en fonds publics au projet de 1,1 milliard $ de Ciment McInnis. Mercredi, l'Association canadienne du ciment (ACC) a jugé que l'impact de la cimenterie sur le marché du carbone a l'avantage de sensibiliser d'autres entreprises à la problématique du projet. «S'il y a un joueur de plus, ça va avoir un impact sur les prix», souligne Michel Binette, de l'ACC. «C'est l'offre et la demande. Là, tu as d'autres industries qui se foutaient un peu de la question de la cimenterie, qui sont dans le domaine chimique, du bois, de l'aluminium, même du pétrole, et qui se disent que ça va avoir un impact sur eux. Là, ce n'est plus la même chose. Il y a une réflexion qui est amorcée.»
Le propriétaire de Ciment Québec, de Saint-Basile, dans Portneuf, Luc Papillon, s'attend pour sa part à ce que les cibles de réduction fixées à l'endroit de son entreprise demeurent les mêmes jusqu'en 2020. «Personne ne m'a prévenu que ça allait changer», dit-il.
Si les Américains augmentent leur tarif douanier pour compenser la concurrence de la cimenterie de Port-Daniel, aidée par le gouvernement du Québec, tout le ciment canadien sera pénalisé, fait-il valoir. Et le ciment de McInnis ne parviendra pas à percer le marché des États-Unis plus que les autres.
«Ce que dit ce gouvernement [libéral], je n'ai plus aucune espèce de confiance, lance M. Papillon. Il n'a plus de crédibilité. Du premier ministre jusqu'au ministre de l'Environnement. Ce sont des gens qui ne sont là que pour la gammick politique et leurs poches. Rien d'autre.» Selon lui, le premier ministre Couillard paie avec les fonds publics une «dette politique» à la famille Beaudoin par son appui au projet.
D'Amour «à l'aise»
Par ailleurs, le ministre responsable de la Gaspésie, Jean D'Amour, ne fait pas grand cas du fait que la cimenterie de Port-Daniel sera construite avec du ciment sud-coréen.
«On ne va pas contrôler qui sont les fournisseurs, a dit M. D'Amour. C'est Béton provincial qui vend ce ciment. Je suis à l'aise dans la mesure où ce ciment est acheté d'une entreprise québécoise.»