Les travaux de préparation de l'emplacement de la cimenterie de Port-Daniel ont déjà commencé, il y a plus d'un mois.

Cimenterie de Port-Daniel: les autres producteurs de GES forcés de compenser

Les activités polluantes de la cimenterie de Port-Daniel-Gascons obligeront les autres gros producteurs de gaz à effet de serre (GES) au Québec à réduire davantage leurs propres émissions.
Le Soleil a obtenu mardi du ministère de l'Environnement une analyse (cliquer ici pour télécharger le rapport) effectuée par ses experts de l'étude environnementale produite par Ciment McInnis. 
Depuis plusieurs jours, le gouvernement et le ministre David Heurtel font l'objet de pression pour dévoiler la documentation qui justifie son appui au projet de 1,1 milliard $, soutenu par 450 millions $ en fonds publics.
Déjà mal reçue par différents acteurs de l'industrie, la mise en activité de la cimenterie forcera les entreprises déjà contraintes par le marché du carbone à «fournir un effort de réduction [de GES] supplémentaire». Malgré son autorisation au projet industriel le plus polluant de l'histoire du Québec, le gouvernement Couillard n'entend pas hausser le plafond d'émissions autorisées annuellement. Quelque 80 établissements qui émettent 25 000 tonnes métriques ou plus de GES par année sont soumis à un système d'échange qui fixe un prix pour des «droits d'émission». 
«Le nombre de droits d'émission disponibles sur le marché pour les autres émetteurs diminuera, créant ainsi une pression à la hausse sur le prix», prévoit l'analyse du Ministère.
Si la cimenterie produit comme prévu ses 2,2 millions de tonnes de ciment par année, elle émettra 1,75 million de tonnes de GES. Mais l'usine aura un potentiel total de production de 2,5 millions de tonnes de ciment par année, ce qui occasionnerait l'émission de 2,01 millions de tonnes de GES. L'équivalent de 10 % des émissions totales du secteur industriel au Québec. À plus long terme, Ciment McInnis, qui utilisera le coke de pétrole ou le charbon comme combustible, envisage la possibilité d'utiliser la biomasse comme combustible alternatif.
Des cimenteries ailleurs au Québec ont déjà déploré l'aide gouvernementale au projet qui risque, selon elles, de simplement déplacer les emplois vers la Gaspésie.
Analyse du Ministère
L'analyse du Ministère, terminée en octobre et «actualisée» en décembre 2013, juge que l'entreprise a répondu de façon «satisfaisante» aux interrogations du Ministère, et l'autorise à demander ses certificats de construction. Les experts gouvernementaux insistent toutefois sur l'importance que Ciment McInnis «respecte ses engagements» en de nombreuses matières envers le Ministère.
L'étude se fie aux «informations fournies par Ciment McInnis» qui «croit possible d'envisager un manque de production de ciment» dans le nord-est américain pour justifier la construction d'une cimenterie moderne. Il est question de créer 500 emplois directs et indirects dans une région fortement touchée par le chômage.
Les analystes gouvernementaux notent toutefois des lacunes en matière de consultation de la population. «Il aurait été souhaitable que [Ciment McInnis] réalise davantage d'activités de consultation auprès de la population pour connaître leurs préoccupations actuelles au sujet du projet», peut-on lire dans l'étude. Mais les mesures promises par l'entreprise pour «éliminer ou atténuer les effets négatifs» sur la population a rassuré le Ministère quant à l'acceptabilité du projet «sur le plan social».
L'entreprise a déjà acquis un certain nombre de propriétés avoisinantes dont les habitants auraient pu souffrir d'inconvénients liés à la poussière et aux émanations de la cimenterie. D'autres maisons devront encore être achetées en raison du bruit et des risques liés au dynamitage. Ciment McInnis s'est engagé à effectuer des suivis serrés en lien avec la qualité de l'air et du bruit, et à partager ses informations avec la population. La cimenterie devra remettre au Ministère un plan d'urgence avec une description des scénarios d'accident possibles et un plan d'action détaillé, notamment dans l'éventualité d'un déversement d'ammoniaque, «la principale source de danger pouvant potentiellement mener à un accident industriel majeur».
Le Ministère se montre par ailleurs satisfait des engagements pris par l'entreprise pour réduire les impacts sur les espèces fauniques «à statut précaire» et compenser les effets sur les milieux humides touchés par le projet.
Construite en ciment... coréen
Les quelque 25 000 tonnes de ciment qui serviront à fabriquer la cimenterie de Port-Daniel proviendront en fait de la Corée du Sud, selon ce qu'a appris le réseau TVA. Le coût à la tonne du ciment coréen serait entre 30 $ et 40 $ moins cher que le ciment produit au Québec, dont le prix varie entre 100 $ et 150 $ la tonne. L'entreprise Béton provincial ferait venir par bateau le ciment fabriqué par le groupe Tong Yang sur une distance de 10 000 km. La matière serait transbordée au port de Québec, pour être ensuite acheminée par camions aux usines gaspésiennes de Béton provincial. En entrevue au réseau de télévision, le président de Ciment Québec, Luc Papillon, a déploré que l'on importe du ciment d'ailleurs alors que les quatre grandes cimenteries québécoises ne fonctionnent qu'à 60 % de leur capacité. Il a aussi laissé entendre que l'importance de l'appui financier du gouvernement du Québec devrait faire en sorte de favoriser l'industrie québécoise.