Le plomb est encore beaucoup utilisé dans le nord du pays, où la nourriture dépend de la chasse et de la pêche.

Chasse et pêche: front commun pour interdire le plomb

Des organisations autochtones de chasse et de santé du nord du Québec demandent à la ministre canadienne de l’Environnement Catherine McKenna d’interdire les projectiles et le matériel de pêche au plomb en raison de son effet de contamination sur la faune du Grand Nord canadien et sur les populations autochtones dont la nourriture dépend beaucoup de la chasse et de la pêche.

Une lettre expédiée à la ministre mercredi demande au gouvernement canadien d’élaborer un plan d’action afin d’éliminer l’utilisation du plomb dans les munitions et le matériel de pêche comme il l’a fait par le passé pour éliminer ce métal toxique de l’essence, de la peinture et d’autres produits de consommation.

«Le Danemark, la Californie et les Pays-Bas ont déjà interdit ça», affirme au Soleil Paul Meillon, agent de planification, de programmation et de recherche en santé et environnement du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, l’un des six organismes signataires de la lettre. M. Meillon indique que le plomb est malheureusement encore beaucoup utilisé dans le nord du pays. «Moins dans le sud, car il est interdit pour la chasse aux oiseaux migrateurs», précise-t-il.

Les autres organismes signataires sont l’Association des trappeurs cris, l’Association de chasse, de pêche et de trappage du Nunavik, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, la Canadian Environmental Law Association et RightOnCanada.

«N’oublions pas que dans le nord, les gens consomment plus de nourriture chassée. Il y a aussi huit fois plus de gens ici qui dépassent le seuil d’intervention de Santé Canada pour le plomb dans le sang qu’ailleurs au Canada. Ailleurs, c’est un peu moins de 1 % de la population alors que chez les Cris, c’est plus de 8 %», explique M. Meillon. Les effets du plomb sur l’organisme humain sont multiples et ont été démontrés scientifiquement : il affecte la concentration et l’attention des enfants, qui auront davantage de difficulté à l’école, il provoque une hausse du risque de souffrir de problèmes psychologiques, de développer des comportements criminels et de souffrir d’hypertension.

Même le huard, symbole aviaire du Canada, ne serait pas épargné puisque des études ont déterminé que l’ingestion de pesées de pêche et de turluttes en plomb était une cause majeure de mortalité chez cet oiseau dans l’est du Canada et aux États-Unis.

Pas suffisant

Kathleen Ruff, de l’organisme sans but lucratif RightOnCanada, est d’accord avec l’approche gouvernementale d’encourager les Canadiens à utiliser des munitions et du matériel de pêche sans plomb, mais considère que ce n’est pas suffisant. «Il faut que le gouvernement s’engage à mettre en place un plan afin d’éliminer le plomb du matériel de chasse et de pêche, car c’est une vraie menace pour la vie sauvage et la vie humaine. Il n’y a aucun seuil d’exposition sécuritaire pour le plomb», indique Mme Ruff en entrevue avec Le Soleil.

Celle-ci ajoute le Canada interdit d’ailleurs déjà partiellement le plomb dans les milieux humides et dans les parcs nationaux et que les pays qui ont adopté des interdictions complètes n’en avaient pas souffert. «Le Danemark interdit le plomb depuis 20 ans et les gens n’ont pas cessé de chasser pour autant. Ça a déjà été fait, c’est totalement possible et il y a des solutions de rechange au plomb.»

Les grenailles d’acier remplacent en effet déjà le plomb dans plusieurs projectiles, des balles de cuivre existent également et pour ce qui est du matériel de pêche, des turluttes et des pesées de pêche en tungstène et en bismuth peuvent remplacer celles en plomb. «Ces produits de remplacement sont tout aussi efficaces et, dans plusieurs cas, fonctionnent même mieux que le plomb», termine Mme Ruff.