Au Canada, les pertes globales par sinistre, que ce soit les inondations ou les feux de forêt, sont passées d’une moyenne de 8,3 millions $ dans les années 70 à quelque 112 millions $ dans la dernière décennie, une croissance de 1250 %.
Au Canada, les pertes globales par sinistre, que ce soit les inondations ou les feux de forêt, sont passées d’une moyenne de 8,3 millions $ dans les années 70 à quelque 112 millions $ dans la dernière décennie, une croissance de 1250 %.

Changements climatiques: se préparer plutôt que réparer

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Face aux bouleversements météorologiques qui affectent de plus en plus la planète, l’heure n’est plus à l’attentisme, plaide l’Institut canadien pour des choix climatiques. Dans un rapport publié cette semaine, l’organisme soutient que sans l’adoption de mesures draconiennes, les pertes déjà «catastrophiques» pourraient «augmenter de manière insoutenable» dans les prochaines années.

En entrevue téléphonique avec Le Soleil, Renaud Gignac, associé de recherche principal à l’Institut, explique qu’il y aura un prix élevé à payer si le Canada ne déploie pas immédiatement une série de mesures pour contrer les menaces météorologiques, dont les effets correspondent dorénavant à 6 % de la croissance annuelle du Produit intérieur brut (PIB) national.

Si les coûts annuels s’élevaient à quelques dizaines de millions de dollars il y a une cinquantaine d’années, la facture se chiffre aujourd’hui en milliards. Les pertes globales par sinistre, que ce soit les inondations ou les feux de forêt, sont passées d’une moyenne de 8,3 millions $ dans les années 70 à quelque 112 millions $ dans la dernière décennie, soit une croissance de 1250 %.

Or, ces chiffres ne représentent que «la pointe de l’iceberg», estime l’Institut. «On ne connaît pas tout des changements climatiques, il y a une prise de conscience à faire, mais ce que l’on sait, c’est que les coûts pourraient être plus importants qu’on pense, précise M. Gignac. Des indices nous laissent croire qu’ils pourraient s’accumuler. On doit se préparer dès maintenant à y faire face.»

Pluies intenses et inondations

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur une partie de la Gaspésie, cette semaine, représentent un exemple concret de la nature changeante et instable du climat. Ces dernières années, d’importantes inondations survenues au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Colombie britannique, ont aussi fait les manchettes. Routes et maisons endommagées, ponts emportés, résidents évacués, autant de conséquences qui, ici comme ailleurs dans le monde, pèsent de plus en plus lourd sur les finances des divers ordres de gouvernement.

«Présentement, au pays, les plus importants dommages liés aux changements climatiques sont les inondations, explique M. Gignac, estimant qu’il faut réviser l’aménagement du territoire et des infrastructures pour tenir compte de ces perturbations. «Il faut revoir le code du bâtiment, avoir une évaluation systématique pour les 50 prochaines années des infrastructures qui tient compte des modèles climatiques.»

L’érosion côtière, induite par l’élévation du niveau des océans et des tempêtes de plus en plus violentes, est également un risque qui menace la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine, très dépendante du tourisme, avance M. Gignac.

Îlots de chaleur

Les villes ne sont pas à l’abri des perturbations climatiques en série. Les épisodes récurrents de grande chaleur affectent la santé des aînés et des personnes les plus fragiles. L’Institut estime que l’aménagement de toits verts, d’îlots de verdure et la plantation d’arbres contribueraient à atténuer de façon significative les effets néfastes de la hausse du mercure.

Pour l’instant, si les gouvernements concentrent leurs efforts sur une diminution des gaz à effets de serre (GES) afin d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, l’Institut qu’il faut en faire davantage. «Si on regarde le plan pour une économie verte qui a été déposé par le gouvernement du Québec, seulement 6 % des investissements traitent des adaptations aux changements climatiques. Ce montant de 384 millions $, par rapport à 6,7 milliards $, reste une somme qui n’est pas assez importante.»

Vision à long terme

Pour l’Institut canadien pour des choix climatiques, qui rassemble des experts et des organisations de divers domaines, l’adaptation aux importants soubresauts météorologiques provoqués par l’activité humaine frappe trop d’endroits et de secteurs de l’économie pour qu’on fasse preuve d’immobilisme. Le Grand Nord est particulièrement touché en raison de la fonte du pergélisol, cette couche de terre habituellement gelée en permanence et qui, sous l’effet de la chaleur, libère de grandes quantités de méthane, qui contribue à son tour à alimenter les changements climatiques.

Déjà rudement affectées par la pandémie, les finances publiques sont-elles en mesure d’assumer les mesures préconisées par l’Institut? Pour M. Gignac, il y aura tôt ou tard un prix à payer pour notre inaction.

«C’est vrai que la crise de la COVID apporte son lot de défis en matière de finances publiques, mais si on n’agit pas, ça va seulement coûter plus cher plus tard. Il faut avoir une vision à long terme et considérer les bénéfices qu’on va en retirer comme des investissements. En matière des changements climatiques, ça coûte plus cher de réparer que de se préparer.»