Bouteilles de vin: le bac ou la consigne?

Est-ce que les Québécois pourraient un jour recevoir des sous en échange des cadavres des quelque 200 millions de bouteilles de vin et de spiritueux qu'ils consomment annuellement, comme c'est le cas avec les contenants de bière?
Depuis des années, la Société des alcools du Québec (SAQ) s'oppose farouchement à la mise en place d'un système de consigne pour ses produits. Pour recycler le verre, le bac bleu demeure le meilleur moyen et aussi le moins coûteux, plaide-t-elle.
Les «proconsigne» rétorquent de leur côté que la matière provenant du recyclage est souvent jetée, réutilisée à de mauvaises fins, ou encore qu'elle n'est pas exploitée à son maximum.
En juin dernier, l'ex-ministre libéral de l'Environnement Pierre Arcand avait annoncé que le montant de la consigne déjà en place doublerait, mais il n'a pas été question d'un élargissement de celle-ci, notamment aux bouteilles de vin et de spiritueux.
Depuis l'élection du Parti québécois, les lobbyistes pro et anticonsigne sont dans l'attente à savoir si Québec compte changer son fusil d'épaule ou s'inscrire dans la continuité par rapport à cet épineux dossier.
Un faux débat
Pour la SAQ, la collecte sélective a déjà fait ses preuves. «On réussit à recycler 85 % de notre volume. C'est excellent», lance son directeur du Développement durable, Mario Quintin. Selon les chiffres de la société d'État, 94 % de ses bouteilles de vin et de spiritueux sont mis au bac de récupération des foyers. Toutefois, c'est 50 % des restaurateurs, des bars et des hôtels qui récupèrent le verre des produits alcoolisés alors que ceux-ci représentent 15 % de la part du marché de la SAQ.
«C'est un faux débat!» s'exclame Maryse Vermette, la pdg d'Éco Entreprises, qui représente les compagnies qui mettent sur le marché des contenants, des emballages et des imprimés. Elle croit qu'avec un tel taux de récupération des bouteilles de vin, la consigne ne représenterait que du tracas pour tous les acteurs impliqués, dont les citoyens. Son organisation ne jure que par les bacs bleus et croit que la province devrait même abolir la consigne déjà en place pour cesser un dédoublement du travail.
De plus, l'instauration d'un tel système pour les bouteilles en verre de la SAQ lui coûterait, dit-elle, 60 millions $ et par la suite 40 millions $ par année à gérer. À partir de janvier, la SAQ, comme toutes les entreprises, devra payer 100 % de la facture liée à la récupération de ses contenants vides, ce qui représente une somme évaluée entre 8 et 9 millions $.
Mais le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, doute de ces chiffres. «On dépense beaucoup pour dire que l'on recycle le verre, mais dans les faits, on ne sait pas où et comment il termine sa course», affirme-t-il, ajoutant que la seule raison pour laquelle la société d'État n'implante pas une consigne c'est qu'elle ne veut pas s'occuper de ses contenants.
Pour nombre de centres de tri, le verre est un véritable cauchemar, dit-il, puisqu'en plus de contaminer toutes les autres matières, il brise la machinerie. En plus de ne pas être séparé par couleurs, le verre ressort aussi mélangé à d'autres résidus, deux facteurs qui le rendent inutilisable pour refaire du verre.
Investissements
Pour pallier ce problème, la SAQ a décidé d'investir pour aider les centres de tri à se doter d'équipements permettant de trier le verre de manière «positive», soit au tout début de la chaîne. En avril, elle a accordé 300 000 $ à la compagnie Tricentris à Gatineau pour acheter la nouvelle technologie de la compagnie Machinex, de Plessisville. La SAQ a aussi contribué à la chaire sur la valorisation du verre de l'Université de Sherbrooke.
«L'objectif de la SAQ est de travailler en recherche et développement pour que le verre soit de meilleure qualité et ainsi éviter l'enfouissement», conclut Mario Quintin.