Bourse du carbone: O'Leary couperait les vivres au Québec

Comme premier ministre du Canada, Kevin O'Leary couperait les transferts au Québec pour punir la province d'avoir opté pour la bourse du carbone, et il offrirait une «supervision adulte» aux premières ministres Rachel Notley et Kathleen Wynne.
«Je tiens déjà pour acquis que je gagne la course [à la direction du Parti conservateur]. J'ai travaillé plus fort que quiconque pendant cette campagne», lâche l'homme d'affaires dès les premières minutes d'un entretien d'environ une heure avec La Presse canadienne, jeudi matin.
Pendant cette entrevue en table ronde à Ottawa, l'ancien «dragon» tire dans toutes les directions, s'excusant pour «son ton qui est peut-être mauvais», et multiplie les propositions qui risqueraient d'empiéter sur les champs de compétence des provinces et des territoires.
Il donne en fait l'impression qu'il voudrait carrément mettre sous tutelle les gouvernements provinciaux et territoriaux qui traînent derrière eux une gestion témoignant de la «longue histoire d'incompétence et de médiocrité» de leurs dirigeants.
Il blâme entre autres sévèrement la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, qu'il affuble d'épithètes peu élogieux pour sa décision de renégocier avec la multinationale Samsung une entente de 30 ans sur l'énergie pour accorder un répit à court terme aux abonnés.
«Elle a besoin de supervision adulte. Je ne veux pas avoir l'air condescendant. Je veux être pratique. Elle ne peut pas avoir le droit de faire ça», lance Kevin O'Leary, promettant qu'il «changera ça» s'il est élu chef conservateur, puis premier ministre du Canada.
Comment? «Allons au Japon et parlons à Samsung. Si le premier ministre appelle le pdg de Samsung, il y aura un retour d'appel. Je lui dirai: 'Je ne suis pas content de ce que vous avez fait à cette pauvre femme. Vous l'avez laissée signer un contrat ridicule'», explique-t-il.
La vedette de téléréalité n'envisage cependant pas le scénario d'une réélection de Kathleen Wynne, pas plus qu'il ne croit qu'une autre première ministre, Rachel Notley, sera reportée au pouvoir en Alberta.
«Elles ne seront plus là. Je travaille très fort pour m'en assurer», affirme M. O'Leary, selon qui la dirigeante néo-démocrate albertaine a elle aussi besoin qu'on lui tienne la main pour faire son travail.
«Peut-être que le ton n'est pas adéquat, peut-être que je devrais être plus... peu importe. Mais a-t-elle besoin de supervision adulte? Oui, je suis désolé. Elle en a besoin. Elle ne sait pas ce qu'elle fait», tance le candidat.
Le Québec, lui, se ferait taper sur les doigts parce qu'il adhère à la bourse du carbone. Un gouvernement fédéral sous la houlette de M. O'Leary amputerait les transferts à la province, comme il le ferait à toutes les autres provinces qui ont une forme de tarification du carbone.
«Ce n'est pas une menace; je vais le faire. Tout ce qui sera arraché aux entreprises avec une taxe sur le carbone, je vais tout simplement le déduire des paiements de transferts et de la péréquation», tranche-t-il.
Mais sur le fond, «on n'a pas de problème avec le carbone dans ce pays», et il faut se «débarrasser de toutes ces taxes sur le carbone pour être concurrentiels par rapport aux États-Unis», soutient l'aspirant à la chefferie.
«On n'est pas le problème sur le plan des émissions, on génère 1,6 pour cent des émissions de carbone mondiales, et il y en a une énorme quantité qui est capturée ici. Je pense que je dois éduquer les gens à ce sujet», conclut M. O'Leary.
O'Leary et le Québec
S'il est élu chef du Parti conservateur du Canada, Kevin O'Leary se fixe comme objectif de faire passer de 12 à 35 le nombre de sièges représentés par des Québécois à la Chambre des communes. Et ce, même s'il ne sait pas encore communiquer en français.
Avant d'annoncer officiellement sa candidature, le Montréalais d'origine avait déclaré qu'il ne voyait pas l'utilité d'apprendre la deuxième langue officielle du pays. Il a depuis changé d'idée et s'est engagé à prendre des cours.
Il ne croit pas avoir vexé les francophones en soutenant qu'il ne jugeait pas nécessaire de maîtriser la langue de Molière. «J'espère que non, et je dirais catégoriquement que je m'excuse s'ils l'ont été, parce que ce n'était pas mon intention», offre M. O'Leary en anglais.
Le rythme effréné de la course à la chefferie laisse peu de temps à l'apprentissage du français, mais il compte bien persévérer.
Car «le Québec est un joueur-clé dans l'un des plans que j'ai, de construire un pipeline vers la côte est», et «je vais m'adresser directement à eux [aux Québécois]», promet le candidat O'Leary.
L'issue de la course conservatrice sera connue le 27 mai prochain, alors que les militants éliront un nouveau chef parmi les 14 candidats qui briguent la succession permanente de Stephen Harper à la barre du parti.