Biométhanisation: la Ville paye l’industrie du plastique pour créer «le» sac idéal

Le lancement de la collecte à grande échelle des résidus alimentaires des citoyens de la capitale est toujours annoncé pour 2022. Mais il reste un défi de taille à surmonter : créer le sac spécial dans lequel il faudra jeter nos rognures, os et autres restes de table. En quête du produit rare, la Ville vient de s’adjoindre le lobby du plastique de Chaudière-Appalaches.

Le contrat d’un peu moins de 380 000 $ a récemment été octroyé sans appel d’offres à l’organisme La Vallée de la plasturgie, renommé depuis peu Alliance Polymères Québec. Ce regroupement a été fondé en 2008 par des entreprises de Chaudière-Appalaches afin de représenter leur «créneau», raconte leur site Web.

Le siège social est cependant situé à Québec. C’est là que travaille le directeur général de l’organisation, Simon Chrétien. Celui-ci est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec.

Donc, il y a peu, la Ville a jugé qu’il était temps de trouver ou de créer LE sac. Car il y a là un certain défi, voire un défi certain.

Les documents contractuels offrent un aperçu de la commande : «Dans le cadre du projet d’usine de biométhanisation, la Ville de Québec souhaite effectuer la collecte des résidus alimentaires par l’intermédiaire des camions à ordures simultanément à la cueillette des autres rebuts domestiques. Pour ce faire, elle requiert l’usage d’un sac de plastique spécifique qui sera d’une couleur, d’une dimension et des propriétés physiques uniques […]. Le sac doit pouvoir résister au transport dans les camions d’ordures, du résident à l’incinérateur pour le tri et le transfert à l’usine de biométhanisation. Le sac doit maintenir son intégrité intacte lors de l’ensemble du processus de manutention (contenir les liquides et solides) sans être perforé par les autres déchets ou par la compression du système hydraulique interne des camions. De plus, le sac doit pouvoir être éventré sur les lieux de l’usine de biométhanisation et ensuite être valorisé adéquatement.» Il devra donc être recyclable.

Dès 2015, le maire de Québec Régis Labeaume avait mis un terme à la «psychose du bac brun» en annonçant que les restes alimentaires seraient mis à la poubelle, mais dans un sac de couleur spécifique. Cela pour simplifier la vie aux citoyens, expliquait-on. Aussi pour simplifier la tâche à la Ville qui n’aura pas besoin de nouveaux camions sur les routes pour la collecte des cœurs de pommes et du riz oublié trop longtemps au fond du frigo. 

Sauf que l’échéancier s’est écoulé et que ce super sac, très-résistant-mais-pas-trop, n’est pas encore réalité.

L’administration municipale est donc d’avis qu’il est justifiable de conclure une entente de gré à gré avec Alliance Polymères Québec (anciennement La Vallée de la plasturgie). Celle-ci serait la mieux positionnée pour livrer la marchandise.

La conseillère en communication Mireille Plamondon explique: «La collecte par sacs de couleurs existe depuis de nombreuses années en Europe, mais n’a encore jamais été déployée en Amérique du Nord. En attribuant un mandat d’accompagnement à La Vallée de la plasturgie, acteur stratégique québécois majeur dans le domaine des polymères, la Ville souhaite faire développer des sacs […] dont les spécifications répondent à ses besoins et qui pourront être produits au Québec, notamment. Elle souhaite ainsi tout mettre en œuvre pour que l’industrie du plastique du Québec puisse répondre aux futurs appels d’offres d’acquisition et favoriser ainsi la production locale.»

«La Vallée de la Plasturgie est un acteur stratégique du développement du secteur des matériaux composites et techniques» ajoute-t-elle. «Il appuie la réalisation de projets favorisant la croissance des entreprises manufacturières et le rayonnement de l’industrie québécoise des polymères. Au coeur de la recherche et de la commercialisation, ce partenaire est bien positionné pour accompagner la Ville dans la mise en œuvre de la collecte des résidus alimentaires par sacs de couleur.»

Alliance Polymères Québec devra notamment identifier des fournisseurs éventuels; effectuer de l’ingénierie inversée sur des sacs existants pour comprendre comment ils sont faits; créer un prototype de sac; produire des sacs pour les tester; trouver comment recycler et valoriser les sacs; etc.

La Ville songe, en outre, à fournir aux citoyens des «contenants domestiques de récupération des résidus alimentaires». Le mandat inclut donc également la création d’un prototype de poubelle à restes de table.

Pour en apprendre plus sur l’Alliance Polymères Québec (anciennement La Vallée de la plasturgie), vous pouvez visiter leur site Web ici : https://plasturgie.ca/

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La biométhanisation

«Le centre de biométhanisation de l’agglomération de Québec (CBAQ) est présentement en construction», lit-on dans le site Web de la Ville. «Il permettra de traiter les :

  • résidus alimentaires (86 600 tonnes/an)
  • biosolides (matières provenant de la station d’épuration des eaux usées) (96 000 tonnes/an)

La capacité totale de l’équipement sera de 182 600 tonnes/an.»

L’usine produira des fertilisants et du gaz naturel.

Le projet était initialement évalué à 124,5 millions $. La facture tournera plutôt autour de 190 millions $, selon la dernière évaluation produite par la mairie.

Source : https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/matieres-residuelles/valorisation_matieres_organiques/

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