Six baleines noires ont été trouvées sans vie, en juin, près des Îles-de-la-Madeleine.

Baleines noires mortes: «il y a péril en la demeure»

«Ça prend de l'action». Les groupes environnementaux sont unanimes. Il y a péril en la demeure pour freiner l'épisode de mortalité sans précédent qui frappe la baleine noire de l'Atlantique, mais surtout, pour en éviter d'autres.
«Ça prend de l'action dans les prochaines semaines, les prochains mois. Des actions qui seront structurantes, pas juste des feux éteints à court terme», affirme le biologiste et directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), section Québec, Alain Branchaud. «Chaque mortalité a un impact dramatique.»
Dans une mise au point jeudi à Moncton, le ministre fédéral des Pêches, Dominic LeBlanc, a promis d'apporter «toutes les ressources nécessaires» pour éviter la mort de nouvelles baleines noires, au nombre des espèces en voie de disparition, et «faciliter la repopulation». Dix sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent depuis juin, du jamais-vu. 
Appelés à réagir, la SNAP et le Fonds mondial pour la nature (WWF) au Canada ont tous deux salué les gestes posés par le gouvernement dans la foulée des événements pour protéger la population de baleines noires de l'Atlantique, estimée à 500. Mais Ottawa doit en faire plus et le faire plus vite, réclament les deux organisations. 
«Ça prend énormément de temps, pourquoi on n'agit pas maintenant», interroge la directrice Québec du WWF, Sophie Paradis. Il faut comprendre que Pêches et Océans Canada s'intéressent à la protection de la baleine noire depuis quelques années déjà, par l'entremise de ses programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril. 
Le programme visant à rétablir la baleine noire a été publié en 2009 et modifié en 2014. «Le rétablissement du béluga ou des baleines noires est possible selon les scientifiques de Pêches et Océans Canada, il faut se fier à leur expertise», réitère M. Branchaud, qui «n'adhère pas» à l'idée que le pays soit encore pauvre en données sur la baleine noire. 
Depuis la vague de mortalités, Ottawa a mis en oeuvre une série de mesures d'urgence, comme la fermeture de la pêche au crabe des neiges dans une zone au sud du golfe et l'augmentation de la surveillance. Les navigateurs ont aussi été invités à adopter des moyens volontaires, comme réduire leur vitesse à 10 noeuds.
Aires maritimes protégées 
Mais la clé pour la sauvegarde de l'espèce se trouve dans l'ajout d'aires maritimes protégées, croient les groupes environnementaux. Le ministre LeBlanc a plutôt exprimé qu'il existait d'autres moyens de préserver la baleine noire sans mettre en danger l'industrie de la pêche, ce qui a fait sourciller les organisations consultées. 
«Dans les faits, une aire protégée ne veut pas nécessairement dire un arrêt complet des activités de pêche», a soutenu M. Branchaud. «C'est certain que ça va occasionner des changements, mais si moindrement on est sérieux dans notre intention de rétablir cette espèce-là et d'autres, il a des compromis qui devront être faits.» 
Le WWF cite entre autres le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent où la «cohabitation» est viable. Le Canada s'est engagé à protéger 5 % de ses aires maritimes d'ici la fin 2017 alors qu'à peine 1 % du territoire maritime du pays ne l'est actuellement. Ottawa promet de faire passer ensuite le taux de 5 à 10 % d'ici 2020. 
«On connait les zones à protéger, les trajectoires. L'information, on l'a. Il est grand temps d'annoncer tout ça», déplore Sophie Paradis. «C'est prévu pour 2017, mais on a tellement repoussé ces objectifs-là qu'on se retrouve encore au pied du mur. Des baleines meurent actuellement et on n'a encore rien de fait.» 
La plupart des 10 mammifères morts portaient des traces d'empêtrement dans des filets de pêche ou des câbles. L'observation d'autant d'animaux «dans une zone de trafic maritime élevé et une zone de pêche commerciale étendue» est un phénomène nouveau, a déclaré le ministre LeBlanc. 
Les résultats des nécropsies, exercées sur six carcasses, ne seront pas connus avant septembre. Pour l'heure, la thèse de l'activité humaine semble la plus probable.  Avec AFP et La Presse canadienne