Au dire d'Environnement Canada, le problème des poussières émanant du port de Québec serait de compétence provinciale, et non fédérale, contrairement à ce qu'affirme Arrimage Québec.

Arrimage Québec en rodage

Arrimage Québec a publié lundi un communiqué de presse pour dire qu'elle se «préoccupe de la qualité de l'air dans Limoilou». La compagnie a admis du même coup que ses mesures de contrôle de la poussière sont mises à l'épreuve par l'hiver en dents de scie que connaît la capitale.
Arrimage Québec est de nouveau sur la sellette après la découverte de poussière rouge dans plusieurs secteurs de Limoilou et la réception d'un avis de non-conformité du ministère de l'Environnement pour de la poussière dispersée dans le fleuve à la hauteur du quai 53, dans le secteur de Beauport.
C'est dans ce contexte que le vice-président Jean-François Dupuis a tenu à rappeler que l'entreprise avait investi près de 15 millions $ depuis le premier épisode de poussière rouge, en octobre 2012. Cela «pour améliorer [ses] opérations».
Les canons à eau, pièce de résistance du menu proposé par Arrimage, sont utilisés depuis la fin de juillet pour rabattre au sol les poussières soulevées lors d'opérations de transbordement. Depuis le début de l'hiver, une partie des 15 canons à eau ont été transformés en canons à neige.
«Avec la venue des conditions hivernales, le système de mitigation est entré dans une nouvelle phase de rodage pour maximiser son efficacité. Le système n'est peut-être pas encore parfait, mais nous y travaillons constamment», a déclaré M. Dupuis dans son communiqué de presse.
«C'est un gros système qu'on a mis en place rapidement. C'est le premier hiver qu'on passe, donc on est encore en rodage», a confirmé Johanne Lapointe, vice-présidente aux communications.
Celle-ci assure que tous les appareils fonctionnent, bien que plus difficilement par temps très froid, mais qu'il y a des ajustements à faire du côté de la surveillance et des alertes, par exemple. «On parle de fine tuning», dit la dirigeante.
L'entreprise a également appris dans les derniers jours que la détection des poussières pouvait être plus difficile lors d'épisodes de brume.
À propos des dépôts retrouvés en bordure du fleuve le 9 janvier et ayant mené à l'avis de non-conformité, Arrimage Québec soutient toujours n'avoir «pas d'indication à l'effet que de la poussière est sortie du périmètre du port», mais poursuit ses vérifications de concert avec l'Administration portuaire de Québec (APQ).
Mme Lapointe affirme par ailleurs ne pas avoir été surprise de la position du gouvernement fédéral dans le dossier des poussières. Des documents obtenus par le Nouveau Parti démocratique (NPD) et dévoilés par Le Soleil indiquent qu'Ottawa considère la pollution de l'air comme un enjeu provincial.
«Une fois que les poussières sortent du territoire du Port, c'est clair que c'est de juridiction du gouvernement du Québec. On n'a jamais contesté ça. C'est d'autres aspects de l'application de la juridiction qu'on demande au tribunal d'éclaircir», a fait valoir la vice-présidente.
En décembre, Arrimage Québec a déposé une requête en Cour supérieure pour qu'un juge statue sans tarder sur l'application de la Loi sur la qualité de l'environnement du Québec en territoire portuaire. L'entreprise s'estime soumise à la seule législation d'Ottawa.
Le ministre Blanchet appelle à la collaboration
Le ministre québécois de l'Environnement, Yves-François Blanchet, souhaite une nouvelle collaboration avec Arrimage Québec et l'Administration portuaire de Québec (APQ) puisque le gouvernement fédéral lui-même considère le dossier des poussières comme étant de juridiction provinciale. «On ne peut quand même pas passer sous silence qu'après des mois au cours desquels le Port et des entreprises ont invoqué la juridiction fédérale pour faire entrave à notre travail, la ministre de l'Environnement du Canada affirme que c'est au contraire de juridiction québécoise. Je suppose donc qu'au cours des prochaines heures, les entreprises et le Port seront en contact avec le ministère de l'Environnement du Québec pour jeter les bases de la collaboration future sans cette échappatoire», a-t-il déclaré lundi dans un courriel envoyé au Soleil.
<p>Le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Paul Shoiry, demande à Régis Labeaume de «se réapproprier le dossier du port de Québec», quelques jours après les révélations sur un nouvel épisode de poussière rouge. </p>
Le maire doit s'en mêler, dit Paul Shoiry
«C'est la confusion totale dans ce dossier-là. Je pense que la Ville doit s'en mêler. Le maire doit s'en mêler.» Le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Paul Shoiry, demande à Régis Labeaume de «se réapproprier le dossier du port de Québec» quelques jours après les révélations sur un nouvel épisode de poussière rouge.
«Si le fédéral n'a pas compétence sur les épisodes de poussière rouge et que ça relève du provincial, ça détruit complètement la thèse selon laquelle seul le gouvernement fédéral a autorité sur le territoire du port de Québec», a commenté M. Shoiry lundi.
L'élu de Démocratie Québec faisait allusion à l'information révélée par Le Soleil selon laquelle Environnement Canada estime que les questions de qualité de l'air autour des installations portuaires relèvent du gouvernement du Québec.
«Si le gouvernement du Québec a compétence pour certains éléments, je prétends que la Ville doit avoir juridiction et compétence», a dit M. Shoiry. «Je demande à la Ville de revoir sa position et je demande au maire de se réapproprier le dossier.»
Or, Régis Labeaume estime pour sa part que «la Ville en a pas mal sur les ronds». «On les laisse aller», a-t-il dit. Le maire de Québec dit toutefois avoir «vu des documents» sur la position que le Port devrait vraisemblablement adopter et qui pourraient démontrer «un grand changement». «Je pense qu'ils ont saisi le signal, a avancé M. Labeaume. Ce qui s'en vient, s'ils le font comme on l'espère, il y aura un gros changement culturel au Port. C'est mon feeling. On verra.»  Avec Valérie Gaudreau