La banquise joue un rôle crucial à la fois dans le système climatique mondial, mais aussi en tant qu’habitat pour nombre d’organismes, allant de micro-organismes aux grandes baleines.

Antarctique: la banquise à un niveau historiquement bas

SYDNEY - La surface de la banquise estivale dans l’Antarctique est tombée en février au deuxième niveau le plus bas de son histoire récente, ont annoncé les autorités australiennes, incapables toutefois d’expliquer avec certitude ce reflux.

Ces informations ont été publiées quelques jours après qu’un pic de chaleur eut été recensé dans l’Arctique, dont la surface de la banquise n’a jamais été aussi réduite pour la saison depuis le début des mesures il y a plus de 50 ans.

La Division antarctique australienne (AAD) a annoncé vendredi sur la base d’observations satellite que la surface de la banquise entourant le continent blanc était tombée à 2,15 millions de kilomètres carrés à son plus bas en février.

Le plus bas de l’histoire récente avait été enregistré en mars 2017, quand la banquise s’était réduite à 2,07 millions de kilomètres carrés, soit environ 27% de moins que la moyenne des valeurs minimales annuelles depuis 1979.

2017 fut aussi une année préoccupante pour la banquise hivernale qui avait été la deuxième plus petite de cette période, avec 18,05 millions de kilomètres carrés.

Depuis août 2016, la couverture glacière est bien en-dessous des moyennes à long terme», observe dans le communiqué Phil Reid, chercheur au Bureau of Meteorology Antarctic.

Cette réduction constitue une nette rupture, sachant que la banquise avait progressé en moyenne de 1,7% chaque décennie depuis 1979.

Rob Massom, chercheur à l’AAD, a indiqué que les scientifiques tentaient toujours de déterminer les facteurs à l’origine des changements et de la variabilité de la banquise.

«Des interactions complexes entre la glace, l’atmosphère et l’océan sont en jeu et elles varient avec les saisons et les régions», a-t-il dit, en ajoutant que la compréhension de ces processus était une «priorité».

«La banquise joue un rôle crucial à la fois dans le système climatique mondial, mais aussi en tant qu’habitat pour nombre d’organismes, allant de micro-organismes aux grandes baleines», a-t-il poursuivi.

«Les conditions de la banquise ont également un impact majeur sur les opérations de transport et de logistique dans l’océan Austral», a-t-il expliqué.

Découverte de 1,5 million de manchots Adélie

Plus de 1,5 million de manchots Adélie isolés par les glaces: c’est la surprise de taille qui attendait sur un archipel de l’Antarctique des chercheurs désormais soucieux de voir ces colonies protégées par un sanctuaire marin.

Un besoin de protection d’autant plus nécessaire pour ces manchots des Dangers Islands, dans l’est de la péninsule antarctique, que certaines colonies de la même espèce sont en déclin à seulement quelques dizaines de kilomètres de là, à l’ouest de la péninsule touchée par la fonte des glaces attribuée au changement climatique.

À l’origine de cette découverte publiée vendredi dans la revue Scientific Reports, l’analyse d’images satellite de ce petit archipel de la mer de Weddell, raconte à l’AFP Heather Lynch, de l’université américaine de Stony Brook.

Les scientifiques savaient que des manchots Adélie, avec leur ventre blanc, leur tête noire et leurs yeux cerclés de blanc, étaient installés sur au moins un des neufs îlots, où un recensement en 1996-97 avait évalué les nids entre 285.000 et 305.000.

Mais les images satellites du programme Landsat d’observation de la Terre de la Nasa ont révélé la présence de guano sur d’autres îles et les algorithmes étaient formels: les manchots sont bien plus nombreux.

«Au début, j’ai pensé que c’était une erreur», explique Heather Lynch. «Mais quand nous avons mis la main sur des images satellites commerciales haute résolution, nous avons su que c’était une découverte majeure».

Profitant d’une rare ouverture dans les glaces qui emprisonnent cette zone hostile presque toute l’année, très rarement visitée, une expédition se rend sur place en décembre 2015 pour confirmer de visu la découverte.

À l’aide de drones, de photographies et de comptage manuel des nids et des oiseaux, les chercheurs ont enfin un recensement complet: 751.527 couples de manchots Adélie, soit «plus que dans tout le reste de la péninsule antarctique», cette région la plus au nord du continent, note l’étude. Les îlots abritent ainsi la 3e et 4e colonie la plus importante au monde.

Depuis toujours

«Ca a été une expérience incroyable, de trouver et de compter autant de manchots», commente dans un communiqué Tom Hart, chercheur au département de zoologie d’Oxford et membre de cette équipe de scientifiques.

«Scientifiquement, même si c’est un nombre énorme de +nouveaux+ manchots, ils ne sont nouveaux que pour la science», poursuit-il.

Forts de leur recensement, les scientifiques ont en effet remonté le temps, analysant notamment des images aériennes en noir et blanc datant de 1957. «Ils ont toujours été là», insiste Tom Hart.

De manière générale, la population de manchots Adélie, installée tout autour du continent blanc, est globalement en augmentation depuis 30 ans, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Mais de précédentes études ont observé un déclin de certaines colonies, en particulier côté ouest de la péninsule antarctique. Un «contraste saisissant» avec la nouvelle découverte, note Tom Hart.

«Le responsable de ce déclin n’est pas clair pour l’instant», ajoute-t-il, évoquant malgré tout quelques «candidats»: «le changement climatique, la pêche et les perturbations directes par l’homme».

Au centre des inquiétudes des scientifiques, la pêche au krill, minuscule crevette à la base de l’alimentation de plusieurs espèces de manchots.

«Maintenant que nous savons que ce petit groupe d’îles est si important, on pourrait envisager de le protéger plus de la pêche», plaide Heather Lynch.

Les chercheurs appellent ainsi à ce que cette zone soit incluse dans de futures Aires maritimes protégées dont doivent discuter les Etats membres de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR).