Le ministre de l'Environnement, David Heurtel

Anacolor: Heurtel doit aller en appel, selon l'opposition

Le ministre David Heurtel doit en appeler du jugement du Tribunal administratif du Québec (TAQ) qui autorise l'usine Anacolor à relancer l'ensemble de sa production, exhorte l'opposition.
Deux juges du TAQ ont annulé mardi la suspension du certificat d'autorisation imposée par le ministre la semaine dernière à l'entreprise carougeoise de peinture de pièces métalliques. La suspension obligeait Anacolor à réduire sa production de moitié. 
Le ministre de l'Environnement veut «prendre le temps» d'analyser la décision rendue par le TAQ. Il dénote par contre un changement d'attitude de la part de l'entreprise. 
«Pas à la hauteur»
Pour la députée péquiste Agnès Maltais, le ministre ne se «montre pas à la hauteur». «Il devrait être plus ferme, a-t-elle commenté. C'est comme s'il acceptait la défaite. Il doit absolument porter la cause en appel.»
Le chef caquiste François Legault est renversé par le «manque de professionnalisme» du ministre dans le dossier. Il s'explique mal que les avocats du ministère de l'Environnement ne se soient pas assurés avant de la légalité de la suspension du certificat. «Là, on se fait renverser, a noté M. Legault. C'est un peu gênant. C'est comme si on était une gang d'amateurs.» 
Pour sa part, le ministre Heurtel se targue que ses gestes ont amené Anacolor à adopter un nouveau comportement. Dans le jugement du TAQ, a-t-il noté, l'entreprise s'est engagée à limiter ses émissions pendant les récréations et sur l'heure du midi. «C'est la première fois qu'Anacolor prend un engagement de cette nature, a dit le ministre. Est-ce que ça serait venu sans nos démarches?»
Il ajoute que l'usine a demandé une modification à son certificat d'autorisation. Cela est à l'étude au ministère de l'Environnement, qui attend toutefois de la documentation d'Anacolor. «Les gestes que nous avons posés ont mené à des conséquences positives pour la population, a dit M. Heurtel. Moi, c'est ma préoccupation. Je me bats pour les gens qui ont de la misère à respirer, qui sont incommodés, des enfants qui doivent demeurer à l'intérieur pendant la récréation. Il faut trouver un juste milieu.»
Il ne relève pas de sa responsabilité de juger si l'entreprise doit déménager, dit-il. 
Le TAQ a conclu que la situation ne justifiait pas une suspension immédiate d'une partie des activités d'Anacolor. Les juges ont noté que les données utilisées pour justifier la suspension étaient antérieures à 2016. 
«Pratique dictatoriale»
Les propriétaires ont fait valoir non seulement le sort de leurs 45 employés, mais aussi la quarantaine de contrats qu'ils ne pourraient exécuter, notamment dans des écoles et des hôpitaux. L'avocat d'Anacolor a associé la suspension imposée par M. Heurtel à une pratique dictatoriale. 
Des dizaines de plaintes de citoyens ont été déposées au ministre de l'Environnement depuis 2012 en raison des odeurs qui émanent de l'usine. Certains ont dit souffrir de maux de tête ou de difficultés respiratoires. En février, l'école Marguerite-D'Youville a annulé les périodes de récréation à l'extérieur pour ses élèves en raison des émanations.