Environnement

Désert de miel au cœur du Québec

«On ne faisait plus de miel de toute façon. Ou en tout cas, très peu, ça ne valait même pas la peine d’en parler.»

Ce ne sont pourtant ni les abeilles ni le savoir-faire qui manquent à Francis Labonté. Il possède plus de 3500 ruches (!) et il est littéralement né dans l’apiculture: son grand-père Rolland a fondé Miel Labonté, en 1937, compagnie que son père Jean-Marc possède et gère toujours. «Je suis là-dedans depuis que j’ai 14 ans», dit-il. Mais hormis un peu de miel qu’il récolte «pour la famille», il n’en vend plus du tout, préférant se concentrer sur les services de pollinisation — bien des agriculteurs, notamment dans le bleuet, «louent» des ruches entre 100 et 150 $ pièce pour des périodes de 2 à 3 semaines afin de féconder leurs cultures.

Francis Labonté n’a pas tellement eu le choix, d’ailleurs. «Ça fait des années que je dis à mes fils de se voir comme des entreprises de pollinisation, pas comme des producteurs de miel», dit d’ailleurs son père.

C’est que l’entreprise familiale est située à Victoriaville, en plein cœur du Centre-du-Québec, un secteur qui est devenu une sorte de «désert de miel» au fil du temps et des transformations de l’agriculture régionale. D’après des chiffres de l’Institut de la statistique compilés par Le Soleil, chaque ruche du Centre-du-Québec et de la Mauricie (l’ISQ compte les deux régions ensemble) a donné 17 kilogrammes de miel en moyenne en 2016, alors que dans le reste du Québec, la productivité s’élevait à 40 kg/ruche. Et c’est un écart qui s’agrandit continuellement depuis une quinzaine d’années (voir notre graphique).

Si le Centre-du-Québec est devenu si peu propice à la production de miel, c’est que l’agriculture s’est presque entièrement tournée vers des cultures et des méthodes qui défavorisent les abeilles, disent tous les apiculteurs que nous avons consultés.

Parmi ces changements, on trouve l’industrie de la canneberge, qui a littéralement explosé dans cette région depuis une vingtaine d’années. Si étonnant que cela puisse paraître, les fleurs de canneberge ne contiennent pratiquement pas de nectar, ce liquide sucré que sécrètent (presque toutes) les fleurs et que les abeilles transforment en miel. En fait, dit Nicolas Tremblay, conseiller apicole au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault, «en général, les ruches perdent du poids pendant cette pollinisation». Et comme les canneberges fleurissent en plein mois de juillet, soit le pic de la récolte de nectar pour les abeilles, cela pèse très lourd sur la production de miel.

Il suffit donc, avance M. Tremblay, que quelques «gros joueurs» — Francis Labonté possède quelque 3500 ruches sur les quelque 12 500 «colonies actives» du Centre-du-Québec et de la Mauricie — décident de ne plus vendre de miel pour faire chuter la moyenne régionale pour la peine.

Plantes qui disparaissent

Mais il y a plus, dit Jean-Marc Labonté. «C’est simple, il n’y a presque plus de plantes mellifères dans la région, dit-il. […] Si on recule d’une quinzaine d’années, il y avait beaucoup moins de blé d’Inde et de soya, et beaucoup plus de luzerne et de trèfle. Mais maintenant, les éleveurs gardent leurs animaux dans les étables à l’année longue et il y a beaucoup moins de pâturage.»

Ces changements ont eu lieu partout, mais ils sont particulièrement marqués au Centre-du-Québec. L’an dernier, sur 150 000 hectares de «grandes cultures» (blé, foin, maïs, etc.) ensemencés au Centre-du-Québec, on comptait près de 130 000 ha de maïs et de soya. Or ces cultures-là, de loin les principales de la région, ne sont pas butinées par les abeilles.

En termes de superficies, les «prairies» associées à l’élevage et à la production laitière sont la 2e plus importante culture du secteur, et ces champs-là ont longtemps été exploités par les abeilles. Cependant, les fermiers récoltent désormais leur trèfle et leur luzerne beaucoup plus tôt et plus fréquemment qu’avant, parce que les pousses plus jeunes sont plus nourrissantes pour le bétail. «Maintenant, ils coupent ça à 10 % de floraison, alors ce sont des champs qui n’ont pas le temps de devenir intéressants pour les abeilles», Francis Labonté.

Fait intéressant, ces facteurs — recul des pâturages, perte de diversité dans les cultures, fin des «pourtours» de champs laissés en friche, prairies coupées plus souvent, etc. — sont en grande partie les mêmes qui sont montrés du doigt pour [l’écroulement complet de plusieurs populations d’oiseaux champêtres, comme le goglu des prés (- 88 % depuis 1970) et l’alouette hausse-col (- 97 %). Ces oiseaux ne trouvent tout simplement plus d’habitats qui leur conviennent dans les campagnes d’aujourd’hui et sont remplacés par des espèces généralistes comme la corneille et le goéland.

Quoi qu’il en soit, pour la production de miel, le résultat est le même: «Ça fait des années que je laisse tout le miel dans les ruches, dit Francis Labonté. Pour la quantité qu’il y a, ce ne serait pas rentable, parce qu’il y a quand même des frais de manutention pour aller le chercher. Et ça fait moins de sirop de sucre à donner aux abeilles au printemps.» En outre, dit-il, la pollinisation a l’avantage de procurer un revenu plus stable et plus prévisible que la production de miel, qui est très changeante.

Mais pour les apiculteurs du Centre-du-Québec qui ne veulent pas abandonner les revenus de la vente de miel, il n’y a pas 36 solutions. Alexandre Gardner, enseignant en agriculture au cégep de Victoriaville qui possède 220 ruches, sort carrément son «cheptel» de la région.

«Ce qu’on fait, dit-il, c’est qu’on les amène là où c’est plus montagneux, dans les Appalaches. On n’offre pas de service de pollinisation, mais je vais faire du repérage chaque année et quand je repère un milieu qui est propice, qui a une bonne diversité florale et pas trop de pesticides, je vais cogner à la porte de l’agriculteur pour lui demander si je peux mettre des ruches là pour l’été. À 95 %, c’est “oui” et à la fin, on laisse du miel au producteur pour le remercier.»

Producteurs créatifs

À la Miellerie King, dans le village du Kingsey Falls, René Bougie ne sort pas la totalité de ses 115 ruches du Centre-du-Québec. «On en garde un peu dans la région, mais on en amène ailleurs aussi», dit-il. Mais malgré cela, sa productivité (autour de 30 à 35 kg/ruche) est sous la moyenne provinciale, ce qu’il compense en transformant lui-même le miel en divers produits à valeur ajoutée, comme des sauces et des alcools.

«On ne peut pas blâmer les fermiers, ils peuvent décider de faire ce qu’ils veulent et c’est normal, c’est leurs affaires, philosophe M. Bougie. […] Mais il faut vraiment qu’on choisisse bien nos spots où on met nos ruches, parce qu’il y a de plus en plus de maïs et de soya, et de moins en moins de prairies.»

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Environnement

L’homme qui lisait dans la mousse

PETITE-VALLÉE — Si ça parle latin dans la forêt des grands cèdres de Petite-Vallée, en Gaspésie, il y a une chance que ces paroles soient prononcées par des bryologues, ces botanistes passionnés de mousses et souvent de lichens.

L’un de ces bryologues, Jean Faubert, de Saint-Valérien, près de Rimouski, a répertorié et caractérisé, illustrations à l’appui, 883 espèces de mousses dans sa Flore des bryophytes du Québec-Labrador, trois volumes totalisant 1200 pages. Certaines espèces n’avaient jamais été décrites.

Il a poussé ses recherches à tel point que cet ancien capitaine et professeur à l’Institut de marine du Québec a mérité un doctorat honorifique de l’Université Laval en 2016.

Il faut suivre Jean Faubert et ses amis bryologues en forêt pour saisir comment le souci du détail prend de la place dans ce monde minuscule, souvent microscopique, des mousses et des lichens.

«J’espère que vous n’êtes pas pressés parce que nous, on ne fait que commencer», prévient Jean Faubert, après une trentaine de minutes d’observation, loupe à la main, quand des néophytes l’accompagnent en forêt. Le temps semble suspendu entre les noms latins, de Metzgeria furcata à Frullania eboracensis, sans oublier Chilocyphus minor et autres.

 À Petite-Vallée, en mai, Jean Faubert était accompagné d’une dizaine d’amis bryologues vivant au Bas-Saint-Laurent et à Québec. Le terrain de jeu que représente la Gaspésie leur était connu, mais pas la forêt des grands cèdres de Petite-Vallée, sur la propriété de la Pourvoirie Beauséjour.

Ils ont scruté pendant deux jours cette forêt comptant quelques-uns des plus gros arbres du Québec.

Pour Jean Faubert, cette excursion était inestimable; il combat une tumeur au cerveau depuis octobre 2017. L’incertitude attribuable à «la bête, le monstre», comme il l’appelle, ont fait naître en lui une urgence. Il a subi une chirurgie le 13 octobre, mais toute la tumeur n’a pu être enlevée.

Entre les traitements de chimiothérapie, quand l’énergie est là, il rassemble ses amis bryologues et ils partent à la découverte d’un nouvel emplacement.

En forêt, Robert Gauthier, professeur retraité de biologie à l’Université Laval, le regarde avec admiration et un brin d’inquiétude. Il garde un souvenir impérissable laissé par le marin quand, timide, il s’est présenté à l’herbier dont M. Gauthier était conservateur sur le campus.

«Tout ce qu’il connaît sur les plantes vasculaires et surtout sur les bryophytes (mousses et hépatiques) a été appris en autodidacte. La science est disponible publiquement; il suffit de s’y mettre résolument et Jean l’a fait, seul dans son sous-sol de Saint-Valérien avec constance et détermination! C’est un cas exceptionnel; le seul que je connaisse qui possède une telle envergure», souligne Robert Gauthier.

 À la mi-mai, un appel téléphonique est venu confirmer le «cas exceptionnel» que constitue Jean Faubert, qui raconte l’anecdote.

«La personne parlait anglais. Je pensais au début que c’était un préposé au télémarketing voulant me vendre quelque chose. J’étais sur le point de raccrocher quand quelque chose dans le ton m’a suggéré de continuer à écouter. C’était un représentant de l’Université de l’Alberta me disant que je méritais un doctorat honoris causa pour mes travaux en bryologie. Je ne savais même pas que quelqu’un là-bas s’intéressait à mon travail», dit-il.

Ce doctorat honorifique est d’autant plus méritoire que la Flore des bryophytes du -Québec-Labrador n’a été éditée qu’en français. Elle a malgré tout été vendue dans une dizaine de pays. L’état de santé de Jean Faubert ne lui a pas permis d’assister à la cérémonie, le 7 juin.

Il planifie revenir en Gaspésie avant longtemps. «Il y a tant à découvrir en botanique ici».

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Une mousse, c’est…

«Grossièrement, une mousse est une petite plante avec une tige et des feuilles vertes qui font de la photosynthèse comme toutes les plantes vertes, petites ou grandes. Elles sont petites parce qu’elles n’ont pas de tissus conducteurs de la sève, qu’elles ne fabriquent d’ailleurs pas non plus. De plus, leurs organes sexuels sont cachés; elles sont timides, les petites chéries. Une fleur n’est qu’un organe sexuel, rien de plus!», explique Robert Gauthier.  

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Et un lichen?

«Un lichen est un type de champignon - ce n’est pas une plante! - qui ne peut pas vivre seul; alors il s’associe avec une algue verte unicellulaire, qui fait (donc) de la photosynthèse, et qui vit à l’intérieur des tissus du champignon. Les deux organismes, le champignon et l’algue, s’échangent des éléments nutritifs qu’ils n’arrivent pas à élaborer eux-mêmes; ils vivent en symbiose. Il y a autant de différence entre une mousse et un lichen qu’entre la salade et la girafe!», tranche M. Gauthier.

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Et les bryophytes?

Le terme bryophytes s’applique en gros aux trois embranchements de plantes terrestres qui ne possèdent pas de vrai système vasculaire. Les mousses y occupent une place prépondérante. Les bryologues s’intéressent notamment aux lichens parce qu’ils vivent en symbiose avec une algue, donc une plante.

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Un groupe singulier

Les bryologues sont conscients qu’ils forment eux-mêmes une espèce assez rare. «À peu près personne ne s’intéresse aux mousses et aux lichens. Si ça se mangeait, ce serait différent», dit Pierre Lévesque, gynécologue retraité et membre de la Société québécoise de bryologie, fondée par Jean Faubert.

À travers tout le latin entendu en forêt, on saisit parfois une espèce désignée en français. C’est le cas du vomi de fée, ou Icmadophila ericetorum, une mousse d’un vert éclatant, avec des accents orange-rose.

Il arrive que Jean Faubert parte à la recherche de mousses rares. Quand on lui demande à la fin d’une journée s’il l’a trouvée, il répond souvent non, sans déception. «Si je l’avais trouvée vite, elle ne serait pas rare».

À quoi ça sert?

Ayant réussi un baccalauréat en biologie à travers sa carrière maritime, la botanique occupe une grande place dans son esprit «parce que c’est beau et en raison de l’importance de la biodiversité».

Robert Gauthier renchérit : «La biodiversité englobe tout ce qui est vivant; des virus et bactéries jusqu’aux séquoias et éléphants. La nature forme un tout équilibré qui n’est pas très évident à l’oeil. Tous ces organismes évoluent lentement depuis des millions d’années en entretenant toutes sortes de relations entre eux de telle sorte qu’un certain équilibre est atteint».

Un autre bryologue, Jean Gagnon, note que les bryophytes servent de lit pour les semences d’arbres afin qu’elles germent. «Les caribous nordiques se nourrissent exclusivement de lichens», dit-il. Des composés chimiques inconnus ont récemment été trouvés dans des lichens et ils sont étudiés à l’Université Laval. L’industrie pharmaceutique s’intéresse aussi aux lichens. 

Environnement

Tragédie de Lac-Mégantic: signes de rétablissement pour la Chaudière

Cinq ans après la tragédie de Lac-Mégantic, la vie reprend tranquillement ses droits dans la rivière Chaudière : les communautés d’invertébrés qui vivent au fond des cours d’eau, excellent indicateur de l’état de santé d’une rivière, montrent des signes très nets de rétablissement, même s’il reste encore du chemin à faire.

«Notre constat [en 2013] était que le déversement de pétrole avait clairement causé des dommages aux communautés benthiques. Mais quand on retourné en 2014 et 2015, ce qui est intéressant, c’est qu’on a vu tout de suite une récupération. C’est probablement lié au fait qu’il y a beaucoup de tributaires en bonne santé qui se jette dans la portion amont de la Chaudière, et ça a pu aider beaucoup la recolonisation», a expliqué vendredi la biologiste du ministère de l’Environnement Line Pelletier, lors d’une présentation au colloque Chapitre Saint-Laurent, qui se tient cette semaine à Québec.

Ses travaux ont montré qu’une quarantaine d’espèces d’invertébrés ont littéralement disparu sur les 10 premiers kilomètres de la Chaudière après le déraillement ferroviaire qui a tué 47 personnes et déversé le pétrole brut que transportaient 72 wagons-citernes. Seules sont restées les espèces tolérantes aux hydrocarbures.

Ainsi, a dit Mme Pelletier, un groupe de vers nommé oligochètes, qui s’accommode généralement bien de ce type de pollution, représentait jusqu’à 90 % des invertébrés présents dans le haut de la Chaudière en 2013. Même dans les secteurs plus rocheux de ce pan de rivière, qui ne sont pourtant pas leur habitat de prédilection (ils préfèrent les sols mous), ces vers pouvaient composer jusqu’à la moitié des communautés benthiques, alors qu’ils ne dépassent pas 5 % normalement. «Mais en 2015, a précisé Mme Pelletier, leur abondance relative était repassée sous les 7 % dans toutes nos stations d’échantillonnage [NDLR : sur les 10 premiers km de la rivière], sauf aux kilomètres 1 et 2,3, où on avait encore du 11 et du 15 %. Donc il restait probablement encore des hydrocarbures là.»

«En ce qui concerne les taxons [des espèces ou des groupes d’espèces, NDLR] les plus sensibles aux hydrocarbures, […] en 2013, on avait vraiment une absence jusqu’au kilomètre 7,5, alors qu’une étude faite en 1994 avait trouvé ces espèces-là à la tête de la rivière. En 2014, on a recommencé à voir ces organismes-là dès le kilomètre 4, et en 2015, au km 1,8. Il n’y en avait pas beaucoup, mais on commençait à voir une diversification.»

Séquence classique

Jusqu’à maintenant, dit Mme Pelletier, le haut de la Chaudière suit la séquence «classique» de récupérations des communautés benthiques après un déversement pétrolier, soit un déclin marqué de toutes les espèces suivi par une recolonisation par les invertébrés les plus tolérants, puis un retour des espèces plus sensibles.

Toutefois, ces améliorations ne sont pas encore visibles chez les poissons, a averti le collègue de Mme Pelletier à l’Environnement, Dave Berryman, lui aussi lors d’une présentation au colloque Chapitre Saint-Laurent. Beaucoup des poissons de la Chaudière ont montré des signes que l’on voit souvent après des contaminations aux hydrocarbures, soit une usure prématurée des nageoires.

En 2014, entre 20 et 40 % des spécimens échantillonnés dans la rivière avaient les nageoires usées. Lorsque M. Berryman et ses collègues sont retournés prendre des échantillons en 2016, ces proportions n’avaient pas changé, ou si peu, mais cela s’explique a priori par le fait que la longévité des poissons, qui est beaucoup plus longue que celle des invertébrés.

Actualités

Lac Saint-Pierre: les normes environnementales fréquemment dépassées

Les concentrations de néonicotinoïdes, un insecticide largement utilisé en agriculture, dépassent fréquemment les normes environnementales dans le lac Saint-Pierre, d’après un rapport du ministère de l’Environnement (MDDELCC) qui vient d’être rendu public. Au point où ils pourraient avoir contribué, avec d’autres pesticides, à l’écroulement des stocks de perchaudes survenu dans le lac depuis une vingtaine d’années.

«Quand on a commencé à prendre les échantillons, je me disais qu’on allait trouver des produits très, très dilués et qu’il n’y aurait pas ou presque pas de dépassements des critères pour la qualité de l’eau. Mais ce n’est pas ça qui est arrivé», a commenté jeudi l’auteure du rapport, la chercheuse du MDDELCC Isabelle Giroux, lors de la présentation de ses résultats au colloque annuel de l’organisme Chapitre Saint-Laurent, qui se tient cette semaine à Québec.

Environnement

Déclin de la population de saumon atlantique en Amérique du Nord

SAINT-JEAN, N.-B. - La population de saumon atlantique dans les rivières de l’est de l’Amérique du Nord a généralement diminué en 2017, pour une deuxième année consécutive.

La Fédération du saumon atlantique précise que par rapport à 2016, le recul a été de 15% l’année dernière. À peine la moitié des 84 rivières ayant été observées en 2017 ont affiché des caractéristiques suffisantes pour assurer le renouvellement de l’espèce.

Le pire recul de la population a été constaté dans les cours d’eau de Terre-Neuve et du sud de la côte du Labrador. Au Québec, 32 des 38 rivières examinées ont affiché un taux minimal de renouvellement de l’espèce.

Depuis 2015, la proportion de retour en rivières de saumons sauvages dans l’est de l’Amérique du Nord a chuté de 45%.

Le porte-parole de la Fédération, Neville Crabbe, croit que le déclin de la population peut être imputé à plusieurs causes, notamment la surpêche en mer et le faible taux de survie des saumoneaux.

La Fédération enverra cette semaine au Maine des délégués à la réunion de l’Organisation de la conservation du saumon de l’Atlantique Nord où la préservation de l’espèce figurera à l’ordre du jour des discussions.

Les autorités espèrent qu’une entente de conservation de 12 ans récemment conclue avec le Groenland favorisera le retour d’un plus grand nombre de saumons dans les rivières de l’est de l’Amérique du Nord.

Environnement

Attention à la foudre, dit Environnement Canada

MONTRÉAL - Alors que la «belle saison» semble s’installer, Environnement Canada lance la Semaine de sensibilisation à la sécurité en cas de foudre.

Chaque année, au Canada, la foudre tue en moyenne 10 personnes et en blesse plus de 160 autres.

Environnement Canada veut diminuer les risques liées à la foudre, précisant que les blessures et décès peuvent être évités en sachant reconnaître le bon moment d’agir et prendre les mesures qui s’imposent.

De nombreux orages se forment et sévissent entre 13h et 19h. En planifiant les activités extérieures le matin ou en soirée, la plupart des dangers associés à la foudre peuvent donc être évités, notamment dans les parcs, sur les terrains de golf, sur les routes, sur les chantiers de construction, dans le domaine agricole et en forêt.

Des nuages sombres et un accroissement de la vitesse du vent sont des signes avant-coureurs d’un orage. Lorsque le bruit du tonnerre se fait entendre, la foudre est assez proche pour frapper et il est temps de chercher immédiatement un abri dans un bâtiment fermé ou un véhicule à toit métallique. Ne jamais s’abriter sous un arbre.

La Carte canadienne du risque de foudre d’Environnement Canada constitue l’un des moyens de suivre les orages. Des mises à jour y sont apportées toutes les 10 minutes et sont préparées à l’aide d’observations récentes.

Sommet du G7

Cinq pays du G7 se lancent dans la bataille contre le plastique

Cinq pays unissent leurs forces pour éradiquer le plastique des océans. Le G7 de Charlevoix marque le début de la bataille internationale contre ces résidus qui étouffent le monde marin.

«C’est un début et peut-être même un bon début. Cinq pays sur sept, c’est pas un scénario idéal, mais il faut partir de quelque part», commente Steven Guilbeault, directeur d’Équiterre.

Selon lui, ce premier geste international contre le plastique jetable pourrait faire «boule de neige». Peut-être que d’autres pays voudront se joindre à la «charte zéro déchet de plastique», adoptée samedi. 

Les États-Unis et le Japon n’ont toutefois pas voulu adhérer au mouvement embrassé par le Canada, la Grande-Bretagne, l’Italie, la France et l’Allemagne. «J’avais cru comprendre au début que c’était un sujet plutôt consensuel, mais de toute évidence, c’était pas le cas», constate-t-il. 

Cette charte, une idée de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, prévoit notamment que les pays signataires encourageront l’industrie à atteindre une cible de 100% de produits de plastique réutilisables ou recyclables d’ici 2030. 

Le Canada a voulu donner l’exemple en annonçant un premier investissement de 100 millions $ pour nettoyer les océans des déchets de plastique. 

Mme McKenna a soutenu au cours du G7 que la planète avait «un grand problème», car «peut-être qu’on aura plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050, si on ne fait rien».

À l’heure actuelle, seulement 11% du plastique utilisé au Canada est recyclé. Le reste est jeté dans la nature. 

Dans un rapport publié le 5 juin, l’ONU a indiqué que l’ampleur du défi que pose le plastique dans les océans «est décourageante». Depuis les années 1950, la production de plastique a dépassé celle de presque tous les autres matériaux.

«Nos océans ont été utilisés comme une décharge, ce qui provoque l’étouffement de la vie marine et transforme certaines zones marines en soupe plastique», indique le rapport. 

Certaines entreprises commencent elles aussi à se mobiliser sur cet enjeu émergent. Le géant du meuble suédois IKEA a annoncé que d’ici 2 ans, il ne vendra plus de plastique à usage unique, comme des ustensiles et des verres. Ces items seront également bannis de ses restaurants. 

La chaîne de restauration rapide A&W a également annoncé qu’elle se débarrasserait à court terme de toutes ses pailles de plastique. Elle les remplacera par des pailles en papier 100% biodégradables, ce qui évitera de jeter 82 millions de pailles de plastique chaque année.

Sommet du G7

Un G7 vert... dans la mesure du possible

LA MALBAIE — Convois de camions VUS, hélicoptères en quasi-permanence dans le ciel, patrouilles maritimes, véhicules blindés, transport des dignitaires; l’empreinte écologique laissée par le Sommet du G7 est bien réelle. L’organisation a multiplié les efforts pour la réduire, assure-t-elle, mais y a-t-il des limites à ce qu’on peut faire pour verdir?

Suffit de prendre une marche à La Malbaie pour constater tout le carburant qui est en train de brûler dans diverses opérations liées au G7. Et c’est sans compter toute activité qui n’est pas repérable grâce à un logo de police, une plaque d’immatriculation ou une couleur (disons le vert armée) qui laisse peu de doute sur le propriétaire d’un véhicule, quel qu’il soit. 

Dans un échange de courriels avec Le Soleil, jeudi, le Bureau de gestion des sommets d’Affaires mondiales Canada a reconnu d’emblée que la tenue du G7 aurait «un impact notable sur l’environnement». Le gouvernement du Canada a veillé, a-t-on ajouté, à ce que le G7 soit «aussi vert que possible».

Le Bureau s’est notamment engagé à faire l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre dans le but «de compenser en partie» les émanations. Aucune cible n’a toutefois été précisée. Parmi les moyens qui seront utilisés, le fédéral a conclu une entente avec la Corporation de la Réserve de la biosphère de Charlevoix afin que plus de 100 000 arbres soient plantés «partout au Canada».

Mais ce n’est pas sur les gaz à effet de serre que le Bureau a mis l’emphase dans ses échanges avec Le Soleil. Le gros des efforts de l’organisation semble avoir été mis sur la gestion des matières résiduelles. 

Le Bureau a en effet vanté sa politique environnementale, qui inclut un programme de réduction des déchets par le plastique sur les sites officiels, dont le Manoir Richelieu. «Nous avons remplacé les bouteilles d’eau en plastique par des contenants réutilisables ou de l’eau en boîte», a-t-on souligné en exemple. Le programme n’est toutefois pas obligatoire, a-t-on concédé. Il a été décrit comme «complémentaire» et les produits de plastique ne font pas l’objet d’une «interdiction absolue». 

Cette stratégie arrive au moment où le Canada tentera de convaincre ses collègues du G7, lors du sommet, de mettre en place une charte sur le plastique visant à lutter contre la pollution des océans. 

Du «green washing»? 

Pour Ryan M. Katz-Rosene, professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, les efforts de l’organisation du G7 sont «honnêtes». D’une certaine façon, il faut faire confiance, a-t-il expliqué. «C’est un peu ma perception du gouvernement Trudeau, et par extension du G7. Ils disent les bonnes choses. Ils démontrent un engagement.»

Reste que l’expert a quelques questions et n’exclut pas un peu de «green washing» parmi les mesures avancées par le Bureau de gestion des sommets. «Quand ils disent qu’ils vont compenser, quelles sont les compensations?» Pour certaines actions promises, «c’est de la preuve circonstancielle et anecdotique», a-t-il dit. «C’est en mots, sauf qu’on ne voit pas beaucoup de détails.»

M. Katz-Rosene est d’avis que la plus grande empreinte écologique est créée par le transport aérien et le dispositif sécuritaire. «Il y a un impact inévitable», a-t-il affirmé. En ce sens, on peut se demander s’il n’y a pas «des limites» à rendre un sommet du G7 vert. 

Le professeur invite toutefois à réfléchir sur les retombées d’un tel événement. Bien qu’il génère de la pollution, le G7 en vaut peut-être la peine, ne serait-ce que pour les ententes qui pourraient être prises sur le plan environnemental. 

«C’est un peu comme [le politicien et environnementaliste] Al Gore. Il a possiblement l’une des pires empreintes [de par ses déplacements]. Mais d’un autre côté, il en a fait énormément sur le plan de la sensibilisation [au réchauffement climatique].»

Affaires

«Le clou dans le cercueil» de Haldimand

GASPÉ — Les forages pétroliers seront interdits dans les périmètres d’urbanisation et dans une zone d’un kilomètre autour. La deuxième version des projets de règlement sur les hydrocarbures, présentée par le ministre Pierre Moreau mercredi, met ainsi «le clou dans le cercueil» du projet pétrolier Haldimand, réagit le maire de Gaspé, Daniel Côté.

Les quatre premiers projets de règlements, considérés trop laxistes, avaient suscité un tollé en septembre 2017, également parce qu’ils avaient été déposés en plein début de campagne électorale municipale.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a resserré les règles. La fracturation sera prohibée dans le schiste, une roche présente dans les basses terres du Saint-Laurent. Il sera aussi défendu d’utiliser cette technique à partir d’un milieu hydrique, c’est-à-dire d’un cours d’eau.

Ailleurs, les firmes devront fracturer à un minimum d’un kilomètre sous la surface du sol, afin de restreindre les risques pour la nappe phréatique. Aucune distance verticale n’était précisée dans le premier projet.

Il sera interdit de forer à moins de 300 mètres d’une maison et à moins de 550 mètres d’une école ou d’un hôpital, des distances doublées par rapport à la version initiale.

Les forages seront défendus dans les voies navigables, incluant le fleuve Saint-Laurent.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, considère que le projet de Pieridae d’exploiter le pétrole du puits Haldimand n° 4 est bel et bien mort. «Pas juste à cause des règlements, mais aussi de la faiblesse de son potentiel», précise M. Côté. Le puits est à 350 mètres de maisons sises en périmètre urbanisé.

Le maire avait qualifié de «déception totale» les premiers règlements. «Cette fois, j’ai l’impression qu’on a été écoutés plus que jamais.»

La baie de Gaspé doit être incluse dans la définition de «fleuve Saint-Laurent», où les forages sont interdits, veut s’assurer Daniel Côté.

Le maire de Gaspé aurait aimé obtenir des pouvoirs de zonage clairs pour les municipalités dans le nouveau règlement, ce qu’il n’y trouve pas. Elles pourront délimiter certains territoires incompatibles avec des activités de forage, mais seulement à l’expiration des droits d’exploration d’une durée de cinq ans qui couvrent une grande partie de la Gaspésie.

Les citoyens ont 45 jours pour commenter le règlement modifié.

En réaction à l’annonce, le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) reconnaît un pas dans la bonne direction, mais il est surtout «immensément déçu d’apprendre que les nouveaux projets de règlements […] continuent à permettre la fracturation et la stimulation à l’acide des puits de forage en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent».

Le RVHQ assure aussi que l’État «doit tourner complètement le dos au développement de la filière des hydrocarbures au Québec, qui est incompatible avec ses engagements en matière de climat et qui se ferait au détriment des secteurs économiques bien établis dans l’est de la province». 

Le RVHQ s’inquiète également du fait «que les règlements remettent à l’État l’entretien des puits après leur fermeture. Cela équivaut à mettre sur le dos des contribuables et des générations futures une dette écologique et économique insoutenable, et cela, à perpétuité. En outre, l’annonce d’aujourd’hui ne comprend aucune mesure indiquant que le gouvernement Couillard prévoit cesser de soutenir financièrement le développement des hydrocarbures».

Environnement

Records de chaleur en mai aux États-Unis

WASHINGTON - La chaleur sans précédent est revenue de plus belle en mai aux États-Unis.

Il a fait en moyenne 18,56 degrés Celsius dans les 48 États américains contigus, surpassant la marque de 18,17 degrés Celsius établie en 1934, selon des données fédérales dévoilées mercredi.

Les stations météorologiques du pays ont égalé ou surpassé près de 8600 records quotidiens en mai, indique l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).

Il a ainsi fait 37,8 degrés Celsius à Minneapolis le 28 mai, ce qui ne s’était auparavant jamais produit aussi tôt pendant l’année.

Le mois de mai a paru d’autant plus chaud qu’avril avait été inhabituellement frais à travers le pays. L’État du Wisconsin, par exemple, a connu le mois d’avril le plus frais de son histoire, suivi du deuxième mois de mai le plus chaud.

Des records de chaleur ont aussi été établis en mai au Royaume-Uni, en Allemagne et ailleurs dans le monde, mais les données complètes pour le mois ne sont pas encore disponibles.

Le réchauffement climatique d’origine humaine est partiellement montré du doigt. De plus, le courant-jet qui aspirait de l’air arctique pendant le mois d’avril s’est déplacé en mai. Deux tempêtes, dont la tempête subtropicale Alberto, ont amené une humidité chaude sur l’est du pays, pendant que l’ouest demeurait très sec, ce qui a poussé les températures à la hausse.

Le climatologue David Titley, de l’université Pennsylvania State, a déclaré dans un courriel que «la nature pige ses cartes dans un jeu très différent aujourd’hui, comparativement au 20e siècle».