La signature de l’entente a eu lieu à La Tuque. De gauche à droite, le chef de Wemotaci, François Néashit, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, le grand chef de la Nation atikamekw, Constant Awashish et le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley. À l’arrière, la ministre du Tourisme et ministre responsable de la Mauricie, Julie Boulet.

Entente historique entre la nation atikamekw et Québec

La Tuque — «C’est un jour que je n’oublierai jamais». Le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw (CNA), Constant Awashish, était entouré de toute une liste de dignitaires à La Tuque, lundi, pour une annonce historique. Afin d’accorder plus d’autonomie aux communautés de Manawan et de Wemotaci, Québec et le CNA ont procédé à la signature d’une entente visant à établir un régime particulier de protection de la jeunesse. Une première qui risque de se répéter aux quatre coins de la province.

«Aujourd’hui, c’est un moment qui marque la nation atikamekw. C’est un moment qui passe à l’histoire. [...] La nation atikamekw fait un pas par en avant et on va pouvoir exercer pleinement notre autonomie au niveau de la protection de la jeunesse. Ça signifie beaucoup. On est rendu là, ça me touche vraiment beaucoup», a lancé Constant Awashish.

«Ça met en évidence que lorsqu’il y a une ouverture, une collaboration et un dialogue, on peut arriver à nos fins», a ajouté le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Il faut dire que cette entente est le fruit d’un travail de plusieurs années de discussions et d’«une véritable bataille». 

Désormais, les enfants atikamekws ne relèveront plus de la DPJ. Les signalements, une centaine annuellement selon les dirigeants du CNA, seront pris en charge par le Directeur de la protection sociale atikamekw.

«Grâce à cette entente historique, les Atikamekw sont en marche vers un avenir meilleur pour nos enfants, nos familles et nos communautés. Cette entente nous permet d’établir un régime dans le respect de nos réalités, le respect de nos valeurs, et très important, dans le respect de nos traditions», a mentionné Constant Awashish.

Selon le CNA, la grande majorité des enfants atikamekws et leur famille évoluent dans des contextes culturels distincts de ceux de l’ensemble du Québec. Ils vivent au sein de communautés qui ont des traditions, une langue et des valeurs propres, notamment en ce qui a trait à la vie familiale et à l’organisation communautaire. 

«Les enfants autochtones se font enlever trop souvent de leur famille et de leur communauté. On les amène dans des milieux où ils ne se reconnaissent pas. Cela met en danger notre culture, notre langue et ça met en danger encore plus l’identité de l’enfant. C’est son amour de soi qui est en danger. Chez les Atikamekw, heureusement, on est maintenant rendu à une autre étape. On va pouvoir s’occuper de nos enfants en préservant leur identité et leur intégrité», a indiqué M. Awashish.

Dans cette entente, le CNA s’engage notamment à procéder au recrutement et à l’évaluation des familles d’accueil ainsi qu’à la gestion de l’ensemble de leurs activités, à appliquer un mécanisme de traitement des plaintes des usagers et à convenir d’ententes de collaboration avec les différents partenaires. Québec pour sa part aura un rôle de soutien.

«Le gouvernement déploiera des efforts soutenus pour assurer le suivi de la mise en œuvre de cette entente. Nous allons prendre tous les moyens pour que cela fonctionne. […] Ce sont les enfants qui sont au cœur de cette entente-là et c’est ce qu’il faut garder en tête», a lancé Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie.

«C’est la première fois qu’il y a une entente de ce genre au Canada. Cela pourra inspirer plusieurs autres communautés», a-t-elle ajouté.

En juin 2001, en réponse aux demandes de plusieurs communautés autochtones, et tout particulièrement de la Nation atikamekw, et faisant suite à un projet-pilote mis en place en 1997, le Gouvernement du Québec a introduit dans la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) une disposition permettant l’établissement de régimes particuliers de protection de la jeunesse pour les autochtones. 

L’entente annoncée est la toute première conclue en vertu de cette disposition, ce qui lui confère un caractère historique. «La prise en charge des jeunes dans un environnement qui n’avait rien à voir avec leur réalité ne faisait qu’ajouter aux difficultés et à l’injustice dont étaient déjà victimes ces enfants. Nous pourrons enfin les prendre en charge et nous assurer de leur redonner la place qui leur revient, au sein de leur communauté, avec la participation de leurs proches», a mentionné le chef de Wemotaci, François Néashit.

«Le nouveau régime particulier que nous mettons en place permettra une participation des communautés pour que les interventions répondent mieux aux besoins de guérison de nos jeunes», a pour sa part affirmé le chef de Manawan, Jean-Roch Ottawa.

Cette entente a pour objectif l’implantation d’un projet-pilote atikamekw au lieu de l’application intégrale de la Loi sur la protection de la jeunesse. Rapidement, le projet pourrait être reproduit dans d’autres communautés, il y a d’ailleurs déjà des intéressés.

«On a déjà des discussions avec la communauté mohawk de Kahnawake. Ils sont très avancés aussi. J’étais à Kuujjuaq la semaine passée et, de toute évidence, c’est un enjeu important là aussi. C’est plus embryonnaire dans ce cas, mais on a la volonté de le faire. […] Maintenant on a un modèle, alors on peut l’adapter avec d’autres nations», a conclu Geoffrey Kelley, ministre responsable des Affaires autochtones.