En 25 ans de formation continue à l’Université Laval après sa retraite, Émilien Sirois a suivi des cours notamment en psychologie, psychanalise, anthropologie, religion, biologie, histoire de l’art et bien d’autres.

Encore étudiant universitaire à 92 ans!

À 92 ans, Émilien Sirois est le doyen des étudiants inscrits à l’Université du 3e âge. «On devrait plutôt dire du 4e âge…» glisse avec humour cet ex-médecin qui suit des cours à l’Université Laval depuis plus de 25 ans. «J’ai commencé en 1991, pas en 1891…»

Toujours en savoir davantage, élargir ses connaissances, étancher sa soif de connaître à la fontaine du savoir, autant de devises qui rythment l’existence de ce veuf qui conserve une vivacité d’esprit et une mémoire hors du commun. «Il y a tellement de choses à connaître. Plus tu apprends, plus tu te sens ignare.»

En un quart de siècle d’assiduité à l’Université Laval, après sa retraite, le nonagénaire à la forme resplendissante compte facilement une cinquantaine de cours au compteur. En psychologie, psychanalyse, religion, biologie, anthropologie, histoire de l’art, littérature, philosophie, la liste est longue.

«J’ai toujours stimulé mes neurones au maximum. Je suis un grand liseur, je dirais même un liseur enragé», poursuit ce père de cinq enfants. «Après le décès de ma femme, en 2012, j’avais calculé que ça me coûtait plus cher en livres en une année qu’en nourriture...»

Des alexandrins

Le citoyen de Lévis prend un minimum de deux cours par année, parfois trois. Cette session, il est inscrit à «Philosophie, religions et sciences». «Je suis un étudiant très libre et très engagé. J’ai de bonnes discussions avec le professeur [Martial Bouchard] sur l’éthique et la morale.»

Les grands noms s’invitent au hasard de la conversation avec le représentant du Soleil. Les allusions à Aristote, Platon, Darwin, Freud, Jung, Sartre, Rimbaud, Saint-Augustin et Schopenhauer témoignent de sa curiosité tous azimuts.

Fait inusité, notre élève aux 92 printemps ne se contente pas seulement de prendre des notes pendant les cours, il compose aussi un quatrain de quatre alexandrins en guise d’épilogue après chacun d’entre eux. «Je le fais pour résumer ma pensée. Je le donne ensuite au professeur.»

Faites ce que vous aimez

La grande curiosité intellectuelle de M. Sirois ne date pas d’hier. Élevé sur une ferme, à Sainte-Hélène-de-Kamouraska, auprès d’une mère «maîtresse d’école» et d’un père «qui lisait beaucoup» malgré une faible scolarité, il se souvient des discours du député de son patelin qu’il apprenait par cœur, vers l’âge de 10 ans.

Après avoir étudié la philosophie et la théologie au collège classique, il entreprend à 27 ans des études en médecine à l’Université Laval. Il pratiquera pendant 40 ans en médecine familiale et en obstétrique, à Québec et à Saint-Michel-de-Bellechasse, avant de s’inscrire à l’Université McGill en psychogériatrie. Jusqu’à 88 ans, il travaillera auprès des personnes âgées. «La formation continue, j’y ai toujours cru.»

Tout marche rondement entre les deux oreilles et la machine ne fait pas souvent défaut. Le principal intéressé y voit quotidiennement. «J’ai toujours fait attention à ma santé PPM, pour physique, psychique et mentale. Je fais rarement ou jamais d’abus prolongés. Je surveille mon alimentation et garde un poids stable. Chaque matin, je fais quatre ou cinq kilomètres sur mon vélo stationnaire. Je m’occupe aussi de mon jardin et de mon grand potager.»

Marié pendant 55 ans à «une femme extraordinaire», M. Sirois donne souvent la permission à ses cinq petits-enfants d’aller fouiner dans sa bibliothèque. Ils peuvent emprunter les livres qui leur font envie.

«J’ai eu cinq enfants qui n’ont jamais donné de problèmes à leurs parents. Tous les soirs, peu importe le travail, je tenais absolument être à la maison pour souper en famille, c’était sacré. Je leur ai toujours dit : faites ce que vous aimez dans la vie et aimez ce que vous faites.»

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Un «boom» d’inscriptions

L’arrivée à la retraite d’un grand nombre de baby-boomers, il y a une vingtaine d’années, a contribué à une hausse marquée des inscriptions à l’Université du 3e âge de l’Université Laval. Cette année, 3500 têtes grises fréquentent le campus. À plus de deux cours par session en moyenne, ils ont fait grimper les inscriptions à 7335, soit presque 13 fois plus qu’à l’ouverture du programme, en 1983.

Coordonnatrice du programme depuis 14 ans, Johanne L’Heureux est aux premières loges pour mesurer la demande accrue pour l’enseignement de haut niveau chez les aînés, un phénomène qu’on retrouve partout dans les universités occidentales, vieillissement de la population oblige. Plus en santé que la génération précédente, cette clientèle a développé un goût certain pour l’acquisition de connaissances en toute liberté. Aucune évaluation, aucun examen, aucun crédit.

«Ils cherchent à se garder en forme intellectuellement et rester actifs au plan social, explique Mme L’Heureux. Ce sont des gens qui ont une grande curiosité intellectuelle. Ils fréquentent l’université pour leur culture personnelle et le plaisir d’apprendre sans contrainte académique ou pression de productivité.»

«Clientèle idéale»

L’éventail de cours offerts est très large. Philosophie, histoire, histoire de l’art, sociologie, géographie géopolitique, théologie et langues, autant de champs d’intérêt investis par les aînés retournés sur les bancs d’université. Soixante-cinq professeurs de différents départements, majoritairement retraités, sont appelés à donner les cours.

Johanne L’Heureux fait partie du corps professoral depuis 24 ans, en histoire de l’art. «C’est la clientèle idéale pour un professeur. Ils sont très enthousiastes. Ce sont des gens qui ont beaucoup voyagé. Ils aiment faire part de leurs expériences de vie.»