Une équipe de cuisiniers s'affaire à l'intérieur d'un «food truck».

Encore des résultats mitigés pour la cuisine de rue à Québec

Le manque de camions participants et des sites jugés encore trop éloignés de la clientèle résument la seconde année du projet-pilote de cuisine de rue à Québec.

«Ça a été moins bon.» Le responsable de La Zèbre mobile, Nicolas Lavigne, aussi propriétaire du Côtes à Côtes Resto-grill, dresse un bilan plutôt mitigé de sa seconde année de participation au projet mis en place en collaboration avec la Ville de Québec.

Après une première expérience décevante en 2017 pendant laquelle sept camions sillonnaient les parcs de la Ville, seulement trois ont pris la route en mai. Le principal reproche des restaurateurs mobiles résidait dans le fait que les sites autorisés par la Ville étaient beaucoup trop loin de la clientèle. Ils désiraient obtenir le droit de stationner sur les artères achalandées du centre-ville pour profiter de la manne touristique et des travailleurs.

L’administration Labeaume, réfractaire à leur octroyer ce privilège par crainte de nuire aux restaurateurs, a finalement accepté quatre nouveaux sites en milieu urbain: le parc John Muhn sur la rue Prince-Édouard; près du palais de justice; le parc de la Gare du Palais; et le marché public de Sainte-Foy.

Mais les espoirs de réussite placés dans l’été 2018 se sont vite estompés. «Je pense qu’il y a eu moins de résonance à cause de la moins grande présence globale des camions de rue», explique M. Lavigne, qui dit avoir été assidu en se présentant trois fois la semaine sur les sites permis en milieu urbain. 

En effet, les camions participants au projet ont priorisé les événements privés, nombreux cet été. Avec seulement trois camions, on imagine bien que les sites étaient donc plus souvent déserts qu’occupés.

De plus, des trois camions du projet-pilote, Chez Victor mobile, de la chaîne du même nom, a obtenu son permis de la Ville très tard en saison. Résultat, il n’est sorti qu’à deux reprises. «La première fois, on aurait pu rester chez nous», soutient le responsable Patrick Marcil, qui ne pouvait dresser un bilan bien complet de cette courte expérience. N’empêche, l’entreprise envisage de revenir l’an prochain s’il y a un an 3 à la cuisine de rue à Québec.

«Je suis convaincu qu’il y a un créneau. Si j’avais à lâcher, j’aurais lâché avant. C’est tout un combat. J’y crois et j’ai le goût de continuer à convaincre la Ville», s’encourage M. Lavigne, malgré la tournure des événements. 

Selon lui, il reste que les lieux choisis n’étaient pas «idéal». «On avait poussé beaucoup au printemps pour avoir un site sur la rue Sainte-Hélène, près du parc Saint-Roch. Ça nous a été refusé parce que les restaurateurs de la rue Saint-Joseph ne voulaient pas. On manque encore de proximité avec la clientèle. Ça prendrait quelque chose de déterminant pour essayer ce qu’est la véritable cuisine de rue. Cette seconde année était l’occasion de le faire», regrette celui qui refuse de baisser les bras.

Il répète qu’il ne «faut pas amener les gens aux food trucks, il faut amener les food trucks aux gens». Mais pour ça, les restaurateurs ont besoin d'un coup de pouce de la Ville.

Cohabitation possible

Guy Lévesque du camion-restaurant Saga nomade, rattaché au restaurant Sagamité à Wendake, a aussi été moins présent en Ville en raison des événements privés. Il a effectué entre 15 et 20 sorties sur les sites de la Ville. S’il juge faire plus d’argent en moins de temps que dans les parcs à l’extérieur du périmètre urbain, il croit aussi que la Ville doit permettre aux camions de rue de se rapprocher des foules, par exemple à Place d’Youville. 

«Ça nous a donné raison d’insister pour avoir des sites au centre-ville. Il y a une demande. Je le vois quand je vais au Centre des congrès pour des événements privés. Les gens des bureaux autour viennent nous voir.»

Il s’inscrit en faux avec l’argument voulant que la présence des camions nuise aux restaurants. «C’est drôle. On ne se plaint pas des traiteurs qui viennent livrer des boîtes à lunch aux travailleurs du secteur», soulève-t-il.

Le projet-pilote se termine officiellement le 31 octobre. Les participants et la Ville devront discuter pour savoir si le projet se poursuit l’an prochain. Et si oui, sous quelle forme.