Expositions

Les archives sonores de Marius Barbeau sortent de l'oubli

SAINTE-ANNE-DES-MONTS — À l’été 1918, l’ethnologue Marius Barbeau a sillonné les berges gaspésiennes à bicyclette, rouleaux de cire en main, afin de rencontrer et d’enregistrer les conteurs et chanteurs de Tourelle, une ancienne municipalité aujourd’hui fusionnée à Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie. Cent ans plus tard, l’endroit se souvient et fait redécouvrir un patrimoine aujourd’hui oublié.

Composé de quelque 800 documents sonores, le fonds d’archives de Marius Barbeau, bâti lors de son seul séjour à l’été 1918 en Haute-Gaspésie, constitue la plus abondante récolte de sa longue et illustre carrière. La majorité des chants qui forment son Romancéro du Canada proviennent presque exclusivement de chanteurs et de conteurs qu’il avait rencontrés à Tourelle. Parmi eux, on retrouve des membres des familles Therrien, Miville et St-Laurent. Ces contes et ces chants inspirent d’ailleurs le thème de la Fête du bois flotté, célébrée chaque été à Sainte-Anne-des-Monts.

La Ville de Sainte-Anne-des-Monts, en partenariat avec le Comité d’aménagement, de développement durable, environnemental et culturel, propose des activités qui suggèrent, un siècle plus tard, une relecture d’un répertoire principalement basé sur les archives sonores du célèbre anthropologue.

Projection

L’exposition Marius Barbeau, un géant à découvrir, présente des informations, artefacts et documents relatifs au travail de Marius Barbeau à Tourelle. Au même endroit, des projections du documentaire Ex-Voto: histoire de la Haute-Gaspésie, sont proposées. Véritable récit des origines de la Haute-Gaspésie et de ses habitants, l’œuvre est présentée à la mémoire de sa réalisatrice et conceptrice, Nathalie Synnett, décédée accidentellement en décembre 2015. L’ouvrage était pratiquement achevé. Depuis, son coréalisateur, Mario Munger, est lui aussi disparu. Après l’avant-première du film, Gaston Synnett a témoigné au Soleil, avec beaucoup d’émotion, sa fierté pour l’œuvre de sa fille. 

La narration est assumée par l’auteur-compositeur-interprète originaire de la région Patrice Michaud, qui interprète aussi un chant puisé du folklore local. Les arrangements de la trame musicale ont été assurés par un natif de Sainte-Anne-des-Monts, Mathieu Pelletier-Gagnon, le frère de Klô Pelgag. La supervision musicale est signée Guillaume Campion-Vallée.

Ex-Voto donne la parole à des descendants du conteur et chanteur François St-Laurent, dont Marius Barbeau s’était particulièrement intéressé. Liette St-Laurent y interprète des chants de son grand-père, dont le style avait une sonorité médiévale. D’ailleurs, le fameux ethnologue avait avoué être surpris, en 1918, de retrouver cette façon de chanter d’une autre époque.

Ex-Voto accorde une place privilégiée à un personnage de la région, J. Augustin St-Laurent. Né en 1929, l’ancien maire de Cap-Chat de 1985 à 1993 dira: «Quelqu’un qui ne connaît pas ses origines, c’est comme un ruisseau sans eau, un champ sans semences, un arbre sans racines». «Je me souviens de ma grand-mère qui chantait des vieilles chansons françaises du XIIIe siècle, a-t-il indiqué au Soleil. Toutes ces chansons sont aujourd’hui égarées.» L’exposition et le documentaire sont présentés jusqu’au 23 août à l’église de Tourelle, à Sainte-Anne-des-Monts.

Une station d’écoute interactive permanente permet aussi d’entendre des chanteurs et conteurs de Tourelle. Elle met en vedette 46 familles d’informateurs de la Haute-Gaspésie. La station est située dans les locaux de la Société d’histoire de la Haute-Gaspésie, au 31, 1re Avenue Ouest à Sainte-Anne-des-Monts.

Cinéma

Un court-métrage tourné en Haute-Gaspésie

Depuis lundi, Rivière-à-Claude, en Haute-Gaspésie, s’est transformée en plateau de tournage d’un court-métrage d’Alexis Fortier Gauthier, intitulé Mélopée.

Le tournage, qui se poursuivra jusqu’à mercredi, met en vedette Antoine Desrochers, Antoine L’Écuyer et Rosalie Fortier.

Le scénario tourne autour de l’arrivée d’une créature marine envoûtante, qui dévoilera les secrets liant trois amis qui sont en vacances à la mer. 

Alexis Fortier Gauthier a réalisé ou coréalisé plusieurs films ou documentaires, dont Sur le quai de la gare, Après tout et Dans la neige, qui lui ont valu de multiples récompenses. 

Produit par Art & Essai, Mélopée est considéré comme son projet le plus ambitieux.  

Cinéma

Une pluie de films aux Percéides

PERCÉ – Où peut-on voir un film grand public sous les étoiles, une première nord-américaine sélectionnée à Cannes, un film d’horreur, des courts-métrages de Gaspésiens et des projections immersives? Aux Percéides, le festival de cinéma de Percé, qui célèbre son 10e anniversaire du 16 au 26 août avec une foisonnante programmation de 125 œuvres en provenance de 20 pays.

«On voulait marquer le coup pour le 10e», lance le responsable de la programmation, François Cormier. Le festival durera 10 jours plutôt que quatre, afin de diffuser plus de films, de montrer certains deux fois et de laisser respirer les festivaliers. «Des gens nous disaient : je n’ai pas le temps de manger si je veux voir tous les films!» rapporte M. Cormier.

Un deuxième lieu de diffusion s’ajoute : le mythique Centre d’art de Percé, au cœur du village, en plus de la Veille Usine de L’Anse-à-Beaufils, refuge du festival depuis quelques années. 

Les Percéides espèrent attirer 8000 visiteurs, soit deux fois plus que l’an dernier. Ça augure bien : certains films affichaient presque complet dès le 14 août, le lendemain du lancement de la programmation. 

Lindon dans En guerre

En première nord-américaine, Les Percéides présentent En guerre du Français Stéphane Brizé, un long-métrage sélectionné à Cannes. Vincent Lindon campe l’un des 1 100 salariés d’une usine qui ferme ses portes dans ce film social diffusé lors de la soirée de clôture le 26 août.

Les cinéphiles pourront aussi voir Una Mujer Fantástica, du réalisateur chilien Sébastian Leilo, récipiendaire de l’Oscar du meilleur film étranger et décrit comme «un drame déchirant sur la transsexualité».

Les films québécois ne sont pas en reste : Les Affamés, le film d’épouvante de Robin Aubert est au programme, tout comme le long-métrage La Bolduc qui sera diffusé dehors, sur la plage de Percé. 

Les Percéides ont sélectionné cinq longs et courts métrages réalisés et produits en Gaspésie, dont Le gars de la patinoire d’Olivier Poulin et Mise au monde de Maryse Goudreau. Le festival est devenu «un incubateur de cinéma d’auteur», croit M. Cormier, selon qui l’événement a contribué à développer les talents dans la région. 

Et ça continue, puisque la première École de cinéma d’été de Percé bat son plein ces jours-ci, avec les classes de maître du directeur photo Michel La Veaux. Seize participants transforment Percé en plateau de tournage et présenteront leurs créations le 21 août. 

Visite de Louisiane et d'Acadie

Le Néo-Écossais Phil Comeau, réalisateur du documentaire Zachary Richard, toujours batailleur, agira à titre de président du jury et présentera une sélection de films acadiens.

Il pourra nouer de nouveaux liens avec la Louisiane, puisque les Percéides s’associent à Cinema on the Bayou de Lafayette pour un cycle de conférences et de projections de films issus de la jeune génération de cinéastes louisianais.

Percé est aussi l’hôte de la quatrième Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie, à partir de vendredi au Centre d’art de Percé. «Les artistes sont présents sur la scène, devant l’écran. Ils font des projections plus immersives qui utilisent la musique, la vidéo… c’est du cinéma expérimental, et ça attire un public plus jeune», explique M. Cormier.

Musique

Shigawake, le village qui attire les vedettes

SHIGAWAKE — Le Festival de musique de Shigawake attire de nouveau un gros nom cette année, en l’occurrence la chanteuse mont­réalaise Martha Wainright qui, comme d’autres avant elle, a manifesté le désir de venir démystifier l’événement tenu pour la 10e fois.

Martha Wainright joint entre autres les Barr Brothers, Patrick Watson, Kevin Parent et Plants and Animals au rang des artistes ou des groupes ayant manifesté le désir de jouer dans le village gaspésien de 340 personnes. Le cas des Barr Brothers est différent jusqu’à un certain point puisque l’un des membres est le conjoint d’une femme originaire de Shigawake, la directrice artistique du festival, Meghan Clinton.

«Martha est une amie d’une amie et elle venait dans la région en vacances avec sa famille. Elle se demandait si elle pourrait jouer au festival et nous lui avons dit : samedi, 19 heures! Elle avait beaucoup entendu parler de notre festival», précise Mme Clinton.

Quelques autres groupes du secteur de Montréal monteront sur la scène de Shigawake, dont Canailles, Li’l Andy, souvent surnommé l’intellectuel du country québécois, et Ron’s Fantasy, un groupe rock qui, après sa prestation, terminera la soirée de samedi en accompagnant quiconque voudra chanter en mode karaoké avec un orchestre. Les membres de Urockaoke connaissent plus de 1000 chansons.

Groupes gaspésiens

La scène de Shigawake a mis cette année l’accent sur les groupes gaspésiens. «Les groupes gaspésiens ont fortement appuyé le festival lors de la première année et c’est notre façon de les remercier d’avoir cru en nous. Nous n’aurions pas connu de succès sans cet appui. Le 10e festival est l’occasion idéale de renforcer les liens avec ces groupes», note Meghan Clinton.

Certains de ces groupes jouissent d’une bonne renommée en Gaspésie, notamment The Clemville Kids, Dans l’shed, Chicoine, Saint-Onge et Beaudoin, Lily of the Valley, Quimorucru et The Gaspé Project. 

Comme d’habitude, tous ces spectacles sont accessibles à un faible prix. Le passeport de fin de semaine coûte 20$ et les neuf spectacles de samedi, incluant Martha Wainright et Urockaoke, coûtent 10 $. La soirée de jeudi est gratuite.

Le Festival de musique de Shigawake se juxtapose à la Foire agricole, le plus vieil événement du genre tenu sans interruption au Québec. La foire a été fondée en 1909.