Le magasin Riverside Cannabis, a été l'un des deux commerces visés par une perquisition des policiers autochtones de Listuguj dimanche. Ils ont été assistés par la Sûreté du Québec lors de l'opération, ce qui n'a pas plu à plusieurs résidents de Listuguj.
Le magasin Riverside Cannabis, a été l'un des deux commerces visés par une perquisition des policiers autochtones de Listuguj dimanche. Ils ont été assistés par la Sûreté du Québec lors de l'opération, ce qui n'a pas plu à plusieurs résidents de Listuguj.

Vente illégale de cannabis à Listuguj: toujours pas d'accusations

LISTUGUJ – Un peu plus de deux jours après une perquisition percutante de la police autochtone dans deux commerces vendant présumément du cannabis de façon illégale à Listuguj, en Gaspésie, les quatre personnes arrêtées ne font toujours face à aucune accusation.

La perquisition de dimanche a fait beaucoup de bruit dans la communauté mi’gmaque pour plusieurs raisons, la principale étant sans doute le fait que le Listuguj Police Department ait demandé l’assistance de la Sûreté du Québec pour participer à l’opération, fouilles et arrestations incluses.

Le corps policier autochtone demande assez régulièrement l’assistance de la Sûreté du Québec, mais il est très rare que cette assistance prenne la forme d’arrestations dans les limites de Listuguj. Plusieurs Mi’gmaqs n’ont jamais pardonné à la SQ deux interventions massives survenues en juin 1981 pour mettre fin à la pêche autochtone du saumon.

Quoiqu’il en soit, Gérald Maltais, procureur aux poursuites criminelles et pénales, n’a toujours pas déposé d’accusation criminelle contre l’une ou l’autre des quatre personnes arrêtées. Il s’agirait des gens liés aux magasins Smoke Shop 69 et Riverside Cannabis. L’autre magasin affichant la vente de la drogue, Restigouche Cannabis, n’a pas été perquisitionné, l’activité ayant cessé quelques jours avant l’opération policière.

«J’ai demandé aux policiers des compléments d’enquête. On applique la loi fédérale. Nous devons faire la preuve des éléments essentiels de l’infraction», se limite à dire le procureur Maltais.

La situation de la vente de cannabis en territoire autochtone est particulière. À Listuguj comme dans d’autres communautés des Premières nations, le gouvernement fédéral n’a pas encore signé d’entente avec les conseils de bande. En principe, la vente de cannabis y serait donc illégale.

À Listuguj, le conseil de bande avait indiqué en 2018, dans la foulée de la légalisation de la vente et de la consommation de cannabis par le gouvernement fédéral, qu’il se doterait de son propre organisme d’attribution de permis à des commerce, mais cet organisme n’a pas encore vu le jour.

Des commerçants autochtones ont conséquemment perdu patience et débuté leurs activités.

Dans un communiqué émis quelques heures après la perquisition de dimanche, et à la suite d’un rassemblement impromptu de citoyens mécontents devant le poste de police, le chef de Listuguj, Darcy Gray, a mentionné que son administration s’apprêtait à émettre des permis temporaires à des vendeurs de cannabis.

«S’ils sont approuvé par le conseil (de bande), ces permis (…) seront émis sur une base intérimaire en attendant la création de (notre) organisme réglementant le cannabis», note-t-on dans le communiqué. Les permis seront valides pendant 12 semaines, à raison de 300 $ par semaine.

Le procureur Gérald Maltais assure que cette émission de permis temporaires n’influence pas le temps écoulé avant le dépôt d’accusations contre les personnes soupçonnées de vente illégale de cannabis. «On applique la loi fédérale», insiste-t-il.

Le conseil de bande et la police de Listuguj ont refusé de commenter la situation jusqu’à présent. Claude Doiron, porte-parole de la SQ, confirme les informations contenues dans le communiqué du conseil de bande, à l’effet que l’opération a été «menée par les policiers autochtones. On a fait ce qu’ils nous ont demandé de faire, pour les accompagner».