Le homardier gaspésien Jeffrey Vautier croit que lui et ses collègues s’en tirent bien en 2020, si on pense aux inquiétudes d’avril.
Le homardier gaspésien Jeffrey Vautier croit que lui et ses collègues s’en tirent bien en 2020, si on pense aux inquiétudes d’avril.

Une saison de homard nettement meilleure que prévu en Gaspésie

SAINT-GODEFROI — Il y a deux mois, la plus grande des inquiétudes régnait en Gaspésie quant à l’allure que prendrait la saison de pêche et de transformation du homard, en raison de la pandémie de COVID-19. L’allongement de deux semaines de la saison de capture dans la principale zone de la péninsule, une annonce survenue lundi, signifie donc que tout va nettement mieux que prévu.

En annonçant que la saison de capture dans la zone 20, qui couvre les trois-quarts de la côte sud gaspésienne, s’étirerait jusqu’au 16 juillet, le ministère fédéral des Pêches et des Océans a répondu à une demande exprimée par le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, qui représente les 149 homardiers de la région. Cent-trente-six de ces 149 pêcheurs se trouvent dans la zone 20.

En avril, il avait été question de limiter la longueur de la saison, en raccourcissant de 10 à huit, et même moins, le nombre de semaines de capture. Il avait aussi été question de réduire le nombre de casiers par pêcheur et d’établir une limite quotidienne de prises.

La saison a commencé deux semaines plus tard que prévu, le 9 mai au lieu du 25 avril, afin d’éviter de la démarrer au pire de la pandémie. Les homardiers de la zone 20 devaient terminer le 2 juillet, après huit semaines. Ce sera finalement le 16 juillet. Leurs collègues de la zone 21, du fond de la baie des Chaleurs, et de la zone 19, du côté nord de la Gaspésie, termineront les 16 et 18 juillet, respectivement.

«Ça aura été moins pire que prévu. La pêche a été bonne et il y a encore des marchés», résume Roch Lelièvre, de l’usine Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, un acheteur acquérant les prises de 14 homardiers gaspésiens.

Les homardiers gaspésiens ont obtenu une moyenne de 6,78$ la livre lors de la saison 2019. En mars, les effets de la pandémie étaient à ce point critiques qu’en Nouvelle-Écosse, où il y a une importante pêche d’hiver, les homardiers se faisaient offrir environ 2$ la livre. Bien des acheteurs, ou grossistes, n’offraient rien.

«Tout le monde en Nouvelle-Écosse avait stocké pour vendre en Chine pour le Nouvel an chinois, à la fin de janvier, mais il n’y avait plus moyen de vendre en Asie à cause de la pandémie», explique M. Lelièvre.

L’arrêt de la pêche en Nouvelle-Écosse pendant des semaines, et le début tardif de la capture au Nouveau-Brunswick et en Gaspésie ont eu pour effet de résorber les inventaires stockés en début d’année.


« Ça aura été moins pire que prévu. La pêche a été bonne et il y a encore des marché. »
Roch Lelièvre, de l’usine Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé

L’industrie gaspésienne du homard n’est pas à l’abri d’autres soubresauts liés à la COVID-19 mais Roch Lelièvre croit qu’ils ne seront pas suffisants pour gâcher le prochain mois.

«La Chine vient d’arrêter d’acheter du homard vivant, à cause d’une seconde vague de la pandémie. On a des contrats de vente en Chine pour du homard congelé et on n’est pas inquiets. On sait qu’ils seront respectés. Ça peut ralentir le marché, l’arrêt chinois d’achats de «vivant», mais pas le stopper. Le marché est encore bon. Les restaurants rouvrent. Cette semaine, c’est bon sur le marché de Montréal. La Fêtes des pères s’en vient», souligne Roch Lelièvre.

Jusqu’à maintenant, la courbe des prix offerts aux homardiers est bien plus élevée que ce à quoi les gens de l’industrie s’attendaient en avril, bien que ce soit significativement moins avantageux qu’en 2019. Les pêcheurs ont obtenu 6,40$ la livre lors de la première semaine, puis 5,01$ lors de la seconde, puis 4,50$ lors des trois semaines suivantes.

Ce prix de 4,50$ a été payé en Gaspésie. Il était supérieur au prix offert aux Îles-de-la-Madeleine et au Nouveau-Brunswick. Le prix des Îles-de-la-Madeleine constitue pourtant le prix de référence en Gaspésie depuis quatre ans.

«On a payé un peu plus cher en Gaspésie parce qu’on savait qu’on était capable de faire nos frais et même un léger profit avec un prix de 4,50$ la livre», précise M. Lelièvre. Les autres acheteurs de homard de la Gaspésie ont adopté la même politique de prix plus élevé.

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UNE CAPACITÉ DE TRANSFORMATION ET UNE PLURALITÉ D'ACHETEURS AVANTAGENT LA GASPÉSIE

Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, comme certaines autres entreprises gaspésiennes, fait des heureux en Gaspésie avec un prix plus élevé que prévu. Ces usines de la péninsule gaspésienne font aussi des pêcheurs satisfaits parmi les nombreux homardiers du Nouveau-Brunswick en achetant leurs prises à un prix supérieur à ce qui est payé dans cette province maritime.

Elles ont de plus réalisé ces achats de produits sans imposer de quota quotidien aux homardiers néo-brunswickois, à l’exception d’une très courte période à la fin de mai et au début de juin. Les acheteurs de homard de cette province ont généralement imposé des limites quotidiennes.

«C’est notre capacité de transformation qui nous permet de faire ça. Il manque de main d’œuvre dans les usines néo-brunswickoises mais pas en Gaspésie», précise Roch Lelièvre.

Les usines du Nouveau-Brunswick n’ont pu compter sur l’apport de 2000 travailleurs mexicains cette année à cause de la COVID-19. À Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan a pu compter sur une trentaine de Mexicains depuis le début de juin. «Ça fait une différence», note M. Lelièvre.

Le homardier Jeffrey Vautier, de Shigawake, considère «qu’on est chanceux en Gaspésie d’avoir plusieurs usines à qui vendre le homard. Au Nouveau-Brunswick, il n’y a que deux gros acheteurs et c’est un facteur qui mène à des limites de prises quotidiennes pour les pêcheurs», dit-il.

M. Vautier a réussi à maintenir son volume de prises en 2020, comparativement à 2019. «On reçoit moins comme prix cette année mais personne ne s’attendait à recevoir autant. On est chanceux quand même, cette année», ajoute-t-il.

La valeur des débarquements s’est établie à 142 millions (M) $ pour les homardiers québécois en 2019, dont 78,5 M $ aux Îles-de-la-Madeleine et 45 M $ en Gaspésie.