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Une bonne année malgré tout pour les chemins de fer gaspésiens.
Une bonne année malgré tout pour les chemins de fer gaspésiens.

Une bonne année malgré tout pour les chemins de fer gaspésiens

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
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NEW RICHMOND — La Société du chemin de fer de la Gaspésie a réussi à maintenir son volume de trafic marchandises en 2020, une sorte d’exploit compte tenu des 24 jours d’arrêt découlant du blocus autochtone de février et mars en appui aux Wet’suwet’en, et de la pandémie.

Les trains de cette compagnie sous contrôle municipal ont transporté 4202 wagons chargés de pales éoliennes, de ciment, de bois et de copeaux, comparativement à 4236 en 2019. C’est une légère baisse de 0,8 %, une donnée stable, selon la perception de son directeur général Luc Lévesque.

«Dans le secteur du ciment, on a assisté à une croissance de trafic; on a vu un bon roulement, mais ça aurait été meilleur sans blocus et sans COVID», aborde-t-il, en faisant référence aux 1790 wagons chargés à New Richmond et Nouvelle pour Ciment McInnis, de Port-Daniel. C’est une hausse de 41,3 % par rapport aux 1267 wagons de 2019.

Le chargement du ciment dans un centre de transbordement maintenant concentré à New Richmond est nécessaire depuis l’ouverture de Ciment McInnis en 2017, parce que le réseau nécessite des travaux à l’est de New Richmond. Ce sont surtout les ponts qui doivent être réparés ou remplacés.

Le transport de pales éoliennes a fléchi de 5,5 %, de 1734 à 1639 wagons, une conséquence du blocus autochtone du 10 février au 5 mars. Ces pales sont exportées au Texas. C’est le Canadien National qui en assure le transport à l’ouest de Matapédia, village où se termine le réseau de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG).

«Notre client a fait un essai à l’automne en faisant partir l’équivalent de deux trains de pales de 72 wagons par navire, au port de Gaspé. Mais l’entente de transport de pales par rail a été renouvelée. Le rythme s’accélère en début de 2021 et on va rattraper le trafic perdu», précise Luc Lévesque, à propos de la plus grande source de revenus de la SCFG.

Le trafic de bois de construction et de copeaux à partir de la scierie Temrex de Nouvelle a connu une baisse marquée. Le nombre de wagons de copeaux est passé de 909 en 2019 à 630 en 2020, une baisse de 30,7 %. C’est dans le bois d’œuvre que la baisse a été la plus marquée, 57 %, le nombre de wagons passant de 321 à 138.

«C’est hors de notre contrôle. La baisse du transport de copeaux a été affectée par le blocus, mais aussi par un arrêt prolongé de l’usine Papiers White Birch de Rivière-du-Loup. C’est reparti et l’usine a conclu des ententes avec de nouveaux clients. Dans le bois d’œuvre, il y a eu une importante hausse de tarifs du Canadien National. On ne contrôle pas ça non plus. C’est de là que vient l’importance de diversifier les trafics, de rajouter d’autres produits», analyse M. Lévesque.

Potentiel de croissance

Les plus grandes possibilités de croissance se situent le long de la portion en réfection du réseau utilisé par la SCFG. Cette portion en réfection s’étend de Caplan à Gaspé, soit 60 % de la distance Matapédia-Gaspé. Ce réseau appartient au ministère des Transports du Québec.

L’usine de production de pales éoliennes de LM Windpower à Gaspé et Ciment McInnis recèlent ce potentiel de croissance, entre autres.

«Il est certain qu’une fois le chemin de fer fonctionnel jusqu’à la cimenterie, nous pourrons débloquer d’autres types de trafic, dont les intrants. Il y a aussi du ciment qui part présentement par camion et qui y reste à cause du coût de transbordement dans les wagons. Mais quand les wagons seront chargés à Port-Daniel, il y aura des économies pour les clients. L’accès au marché du sud du Nouveau-Brunswick que pourrait fournir le CN ouvrirait des possibilités. Nous y travaillons», dit M. Lévesque.

La somme dévolue pour les travaux de réfection du réseau ferroviaire gaspésien s’établit à 280,8 millions (M)$. Transports Québec y consacre 235 M$ et le gouvernement fédéral, 45,8 M$. Des travaux importants ont débuté à partir de la fin de 2018.

En avril 2019, six mois après son accession au pouvoir, le premier ministre François Legault a indiqué que la réfection du réseau gaspésien serait achevée en 2026. En août 2019, devant les pressions incessantes des Gaspésiens une accélération, l’État québécois s’est engagé à compléter cette réfection en 2025.

Lors du sommet sur le transport ferroviaire de Drummondville, en décembre 2019, le ministre des Transports, François Bonnardel, a indiqué vouloir raccourcir de nouveau le délai de réalisation des travaux sur le réseau de la péninsule, sans donner d’échéancier précis.

L’allure des derniers mois incite Luc Lévesque à croire que le service ferroviaire reviendra à Port-Daniel vers l’automne 2022, un «scénario réaliste».

La SCFG a généré des revenus de près de 10 millions $ lors de la dernière année. Les revenus ferroviaires sont essentiellement déterminés par la distance parcourue et souvent par le tonnage, ce qui laisse entendre que les revenus de la SCFG seront multipliés quand Port-Daniel et Gaspé, entre autres, regagneront un service ferroviaire de marchandises, sans compter le service de passagers.