La harde de caribous de la Gaspésie ne compte plus que 70 individus.

Un plan d'action pour protéger les caribous de la Gaspésie

SAINTE-ANNE-DES-MONTS – L'avenir des caribous de la Gaspésie est de plus en plus incertain. La harde ayant fondu de moitié en dix ans, le caribou de la Gaspésie est une espèce en voie de disparition depuis 2000. Pendant que les biologistes et les environnementalistes sonnent l'alarme, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) présente un plan d'action pour protéger ce cervidé, véritable emblème des monts Chic-Chocs.

«C'est un plan d'action qui met la table […] pour trouver un équilibre entre la protection du caribou et tous les aspects socio-économiques, décrit le directeur général du MFFP pour les régions du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Paul St-Laurent. On a une industrie forestière importante, on a des gens qui profitent sur le plan touristique de nos territoires, que ce soit des motoneigistes, des villégiateurs, des skieurs. Ça va se faire en consultation avec les élus.»

Parmi les recommandations du MFFP, il est conseillé de réduire de 12 à 9 % les superficies des coupes forestières. Il est également préconisé de ne pas construire de nouveaux chemins forestiers. Ce plan d'action précède le plan de redressement du caribou, dont la mise en application est souhaitée dans les prochains mois.

Alors que la population comptait quelque 150 individus en 2007, ils ne sont plus que 70, selon un inventaire aérien réalisé l'an dernier. Depuis une dizaine d'années, des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) s'intéressent à ce caribou, qui bénéficie d'un statut particulier sur le plan génétique, notamment en raison de son isolement. «On doit travailler à conserver sa génétique», soutient le biologiste, professeur et chercheur de l'UQAR, Martin-Hugues St-Laurent.

«Le caribou le plus étudié au Canada»

À l'UQAR, le cervidé a fait l'objet de sept rapports et de onze articles scientifiques, de deux thèses de doctorat et de cinq mémoires de maîtrise. «C'est le caribou le plus étudié au Canada», dira le professeur. Les caribous utilisent les aires situées près des sentiers et, lorsqu'il y a des randonneurs, ils se dispersent, a observé Martin-Hugues St-Laurent. Est-ce que l'humain est un risque de prédation ou, au contraire, est-ce que l'humain peut représenter un refuge contre les prédateurs?

Selon le chercheur, le ski hors-piste a un impact sur la sélection de l'habitat du caribou. «Après l'arrivée des skieurs, les caribous s'éloignent pendant quelques jours, indique-t-il. En se déplaçant davantage, ceci implique un coût en énergie. Pire encore, ils descendent en altitude, ce qui les rapprochent des prédateurs.»

Outre les activités récréotouristiques, l'aménagement forestier en périphérie du parc national de la Gaspésie est une autre cause associée au déclin de l'espèce, de l'avis de Martin-Hugues St-Laurent. «Les skieurs disent que c'est à cause de l'industrie forestière et l'industrie forestière dit que c'est à cause des skieurs», laisse-t-il tomber.