La consommation d’un saumon souffrant de l’infection ne «pose pas de problème mais visuellement, c’est répugnant», rappelle la biologiste Valérie Bujold, du ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs.

Un étrange champignon attaque des saumons

MATAPÉDIA — Entre 150 et 200 saumons sont morts au cours de l’automne sur la rivière Restigouche en raison des effets d’une infection causée par un champignon appelé Saprolegnia.

Ces saumons ont été observés lors de deux rondes effectuées le 24 octobre et le 2 novembre par David Leblanc, président du Conseil de gestion du bassin versant de la rivière Restigouche, organisme s’occupant de la protection de cette fameuse rivière et de ses tributaires.

«Saprolegnia est une infection secondaire qui apparaît sur la peau des saumons. Ça apparaît certaines années. L’infection peut être déclenchée par le stress, un virus, une blessure […] On se demande toujours ce qui cause cette situation», explique M. Leblanc, déçu de voir l’ampleur observée cet automne.

«L’infection se manifeste par des plaques blanches sur la peau du saumon. Il devient plus faible, et dans plusieurs cas, ça se terminer par sa mort», dit-il.

Lors de la ronde d’observation du 24 octobre sur le chenal principal de la rivière, il a noté qu’environ 80 % des saumons vivants portaient des marques de Saprolegnia , «et c’était le cas de tous les saumons morts». Le 2 novembre, la proportion de saumons vivants atteints lui semblait légèrement supérieure.

Facteurs rassurants

Quelques facteurs rassurent toutefois M. Leblanc, notamment la montaison totale de saumons de 2017, à 2499 saumoneaux et 7451 géniteurs, pour un total de 9950 spécimens, la meilleure depuis au moins huit ans. Ce chiffre inclut les tributaires de la Restigouche, sauf la Patapédie et la Matapédia. 

«Nous avons aussi remarqué que la plupart des saumons avaient frayé avant de mourir. C’était 50 % lors de notre sortie du 24 octobre, et 100 % le 2 novembre. Au moins, les œufs sont dans la rivière», signale-t-il.

L’infection fongique Saprolegnia existe «depuis toujours», note la biologiste Valérie Bujold, du ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs. «Elle est présente dans toutes les rivières d’eau froide au monde». Les rivières Saint-Jean, en 2009 et 2010, et York, de 2011 à 2013 ont été touchées.

Un mystère

Ce qui déclenche l’infection demeure un mystère, note-t-elle, d’où l’utilisation du terme infection secondaire. On ne sait trop si l’infection épuise les saumons, ou si leur état automnal les rend vulnérables.

«C’est l’œuf ou la poule. À l’automne, les saumons sont fatigués. Ils portent des marques de lutte entre eux, ils ont passé des mois sans manger dans la rivière et ils ont dépensé beaucoup d’énergie à frayer. Les femelles se frottent sur le fond pour faire un nid. Les saumons sont blessés et la Saprolegnia se manifeste sur des tissus morts», note Mme Bujold.

Le retour de bien des saumons en mer «règle le cas de la Saprolegnia. L’eau salée en vient à bout et le poisson se nourrit en mer», dit-elle.

Le Conseil de gestion du bassin versant de la rivière Restigouche enverra quelques poissons à l’École de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe. «Des nécropsies seront pratiquées pour connaître les causes de la mort […] Il n’y a pas beaucoup de connaissance sur la Saprolegnia», souligne-t-elle.

La consommation d’un saumon souffrant de l’infection ne «pose pas de problème, mais visuellement, c’est répugnant», rappelle Mme Bujold.