En 2019, le prix en début de saison s’est établi à près de 7,25 $ la livre et il a été caractérisé par une moyenne de 6,75 $ une fois la saison terminée. Un prix de 4,50 $ à compter des premiers débarquements, lundi ou mardi, signifierait une baisse de 38 % par rapport à l’an passé.
En 2019, le prix en début de saison s’est établi à près de 7,25 $ la livre et il a été caractérisé par une moyenne de 6,75 $ une fois la saison terminée. Un prix de 4,50 $ à compter des premiers débarquements, lundi ou mardi, signifierait une baisse de 38 % par rapport à l’an passé.

Un début de saison sans prix dans le homard

CARLETON — Il est arrivé dans le passé que la saison de homard démarre au Québec sans idée précise du prix qu’obtiendront les pêcheurs, mais probablement jamais comme en 2020. Les pêcheurs et les acheteurs ont généralement une idée de prix, à 50 cents la livre près, mais pas en 2020.

Cette année, à cause de la crise provoquée par la COVID-19, la marge d’erreur se situe pratiquement à quelques dollars près, deux ou trois, selon les discussions préliminaires tenues à quelques heures du coup d’envoi de la saison de homard en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Ce coup d’envoi sera donné samedi matin.

«Je ne vois rien en haut de 5 $ la livre, prévient Raymond Sheehan, président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, le plus gros acheteur de homard en Gaspésie. Il amorce sa 37e saison comme acheteur de homard.

Il a approché des homardiers pour garantir un prix de 4 $ la livre jusqu’à la fin de la saison, dans dix semaines, mais «les pêcheurs préfèrent s’en remettre au plan conjoint des Îles-de-la-Madeleine», ajoute-t-il.

Adopté par les homardiers gaspésiens depuis quelques années pour suivre la tendance donnée par les Madelinots, ce plan donne aux pêcheurs une fraction du prix payé par les marchés; il est calculé au moyen d’une équation déterminée d’avance.

En 2019, le prix en début de saison s’est établi à près de 7,25 $ la livre et il a été caractérisé par une moyenne de 6,75 $ une fois la saison terminée. Par exemple, un prix de 4,50 $ à compter des premiers débarquements, lundi ou mardi, signifierait une baisse de 38 % par rapport à l’an passé. De plus, rien n’assurerait que le prix moyen de l’année se tiendra près de 4,50 $.

Deux bonnes semaines

En fait, Raymond Sheehan s’attend à deux semaines passables pour les marchés du homard vivant, la force du crustacé gaspésien et madelinot, puis à une forte chute à compter du début de juin.

«Notre homard sera seul sur les marchés pendant la première semaine au moins, et ça prendra presque une autre semaine avant que le homard du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, où la pêche commence le 15 mai, atteigne les marchés. Tant que les Maritimes n’ouvriront pas la pêche, ça va surfer un peu, mais j’ai des craintes pour après», analyse Raymond Sheehan.

Les acheteurs du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard imposeront des limites quotidiennes par bateau de 500 et 300 livres respectivement. «Le gros problème au Nouveau-Brunswick, c’est que le premier ministre [Blaine] Higgs a bloqué l’entrée de 2000 travailleurs étrangers dans les usines. Ça limite leur capacité de transformation. Aussi, les trois grands acheteurs des Maritimes ont une valeur en inventaires invendus de 180 millions $ parce que les compagnies de croisières et les hôtels ont arrêté d’acheter du homard», précise M. Sheehan.

Contrairement au crabe des neiges, le marché nord-américain du homard est caractérisé par des ventes largement réalisées dans les hôtels, la restauration et les institutions, plutôt que dans les poissonneries.

Au Québec, un marché assez petit à l’échelle nord-américaine, la situation diffère. «Les ventes au détail sont très bonnes, dans les supermarchés et les poissonneries. C’est plus lent dans les supermarchés, à cause du temps d’attente venant de la distance à respecter», note M. Sheehan.

Le homardier O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, n’a «aucune espèce d’idée» du prix que les homardiers obtiendront en début de saison. «On essaie de faire sortir les programmes du fédéral», dit-il, en référence à l’obtention d’indemnisations pour les homardiers si la saison devait être marquée par des prix dérisoires et la nécessité d’établir au Québec des contingentements par bateau comme dans les Maritimes.

En 2019, les débarquements québécois de homard ont totalisé 9547 tonnes métriques et une valeur au débarquement de 140,2 millions $, dont 131 millions $ aux Îles-de-la-Madeleine et en Gaspésie. Le Québec est quand même considéré comme un petit joueur comparativement aux provinces maritimes.