LM Wind Power exporte par rail toutes ses pales vers le sud des États-Unis, une valeur de centaines de millions de dollars par an, mais ces pales, au lieu d'être chargées sur un train à Gaspé, doivent être transportées à grands frais par camion à New Richmond, où elles sont transférées sur des wagons.

Un an et presque rien pour le chemin de fer en Gaspésie

NEW RICHMOND — Le député indépendant de Gaspé à l’Assemblée nationale, Gaétan Lelièvre, a encore demandé mercredi au gouvernement québécois de présenter un échéancier de réalisation des travaux de réfection du chemin de fer en Gaspésie et il s’est encore buté à des réponses vagues, sans référence à cet échéancier.

Les questions de M. Lelièvre sont venues un an et quatre jours après l’annonce de 100 millions $ pour la réfection du tronçon Matapédia-Gaspé par le premier ministre Philippe Couillard.

Comme c’est arrivé quelques fois depuis le début de 2018, le ministre responsable de la Gaspésie, Pierre Moreau, et le ministre des Transports, André Fortin, ont ignoré cet aspect temporel du dossier.

«C’est une infrastructure qui est complexe, sur laquelle nous travaillons. L’engagement du gouvernement est ferme», a martelé M. Moreau.

André Fortin a indiqué que depuis deux ans, «c’est 30 000 traverses de chemin de fer qui ont été remplacées» et que durant l’année à venir, «des dizaines de milliers de traverses» le seront aussi.

Sur le point de la complexité, M. Lelièvre a répliqué aux ministres que le chemin de fer de la Gaspésie existe depuis 100 ans. «Comment expliquer qu’on a annoncé un projet de 6,3 milliards pour la construction du REM [à Montréal] à l’intérieur de trois ans, pour construire un nouveau réseau de transport» alors qu’en Gaspésie, il s’agit de réparer ce qui existe déjà avec 100 millions $. La question a aussi été ignorée par les ministres.

Propriété du gouvernement

Le chemin de fer de la Gaspésie est la propriété du gouvernement du Québec depuis trois ans. Ce même gouvernement a mis en dormance presque les deux tiers de l’extrémité est de ce tronçon, de Caplan à Gaspé, alors que la cimenterie de Port-Daniel, située entre ces deux points, était en construction.

Une fois bâtie, l’usine de Ciment McInnis a commencé à se servir du rail, mais une grande partie du ciment circulant par voie terrestre est acheminé par camion à des installations temporaires de transbordement ferroviaires à New Richmond, même si le rail passe au milieu de la cimenterie.

À l’usine de pales éoliennes LM Wind Power de Gaspé, 100% de la production doit être transportée par rail dans le sud des États-Unis, mais là encore, un coûteux acheminement par camion doit être réalisé jusqu’à New Richmond parce que la voie ferrée est en dormance à Gaspé. 

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, s’impatiente sérieusement et suggère au gouvernement une autre approche pour accélérer la réfection du tronçon.

«Ça commence à être inquiétant. Le maudit problème, c’est que le dossier du chemin de fer a été placé dans le carcan du Bureau des grands projets. Le seul aspect rassurant ici, c’est que l’argent est là sauf que la procédure n’en finit plus. Dans ce processus, il faut réaliser une étude d’opportunités, un plan d’affaires, avant de faire des plans et devis», précise-t-il.

Daniel Côté se demande pourquoi une étude d’opportunités est nécessaire pour déterminer la pertinence de ramener le train à Gaspé alors que la valeur de la production de LM Wind Power et de Ciment McInnis transportée par rail s’établit à des centaines de millions de dollars par an.

«LM Wind Power crée 500 jobs à Gaspé et possède le potentiel d’en créer 300 autres parce qu’elle soumissionne sur d’autres contrats […] Le potentiel est énorme, mais parce que le train est en dormance à Gaspé, on risque d’être moins compétitifs. Ça prend le train, en 2020, mais au rythme actuel, on va l’avoir en 2060, ou en 2070! Les fonctionnaires freinent le dossier parce qu’ils n’attendaient pas l’annonce de 100 millions$ et les politiciens croient ce que les fonctionnaires disent», tranche Daniel Côté.

«Si le gouvernement québécois était vraiment sérieux dans sa volonté de respecter l’engagement de Philippe Couillard, il donnerait un mandat au Conseil du trésor, qui peut faire sauter des étapes comme une étude d’opportunités. On peut constater sur un coin de table que c’est une étape inutile», conclut-il.