À la mi-janvier, une dizaine de travailleurs de la Côte-Nord et de Charlevoix avaient occupé les bureaux du ministre Jean-Yves Duclos à Québec pour le sensibiliser à leur sort.

«Trou noir» de l’assurance-emploi: les organismes de défense déçus du budget Morneau

BAIE-COMEAU — Sur la Côte-Nord, les organisations qui se préoccupent du sort des chômeurs victimes du trou noir de l’assurance-emploi sont particulièrement déçues des mesures annoncées dans le budget fédéral, notamment celle concernant la formation des travailleurs occupant des emplois saisonniers.

«C’est vraiment insultant, ils n’ont rien compris», a été la première réaction de Line Sirois, d’Action chômage Côte-Nord. «Le problème avec le trou noir, ce n’est pas que les gens manquent de formation, c’est qu’ils occupent des emplois saisonniers. Avec ce qui est proposé, les gens ont aujourd’hui le même problème que la semaine passée, que le mois passé, que l’an passé.»

Mme Sirois était du groupe qui a occupé durant 36 heures le bureau de circonscription du ministre Jean-Yves Duclos, à la mi-janvier, afin que celui qui est ministre responsable de l’assurance-emploi fasse adopter des mesures d’urgence pour contrer le trou noir, qui est la période entre la fin des prestations d’assurance-emploi et la reprise du travail saisonnier. Des milliers de travailleurs sont présentement dans ce trou noir.

«On avait plein d’espoir après avoir rencontré le ministre, il nous avait dit qu’il avait compris nos revendications, mais aujourd’hui ça a tout l’air qu’il voulait tellement qu’on parte de son bureau qu’il nous a dit n’importe quoi», a-t-elle ajouté.

«Le ministre Duclos ne peut pas plaider l’ignorance, on l’a très bien informé, mais visiblement, il n’a rien compris», a renchéri le président de la CSN sur la Côte-Nord, Guillaume Tremblay, lui aussi de l’occupation de janvier. «Il agit de façon irresponsable envers les familles victimes du trou noir.»

M. Tremblay fait valoir que les employeurs comptent sur la main-d’œuvre qu’ils ont formée. Ils ne veulent pas la perdre. «Les employeurs veulent ravoir les travailleurs qu’ils ont formé, c’est normal», lance le syndicaliste, qui estime que la façon de faire actuelle «force les gens à quitter leur emploi saisonnier pour aller dans les secteurs où il y a pénurie de main-d’œuvre».

«C’est l’employeur qui a payé pour former son personnel, pas Service Canada», enchaîne Mme Sirois en rappelant que travailleur saisonnier n’est pas synonyme de travailleur non qualifié. «Un travailleur forestier, par exemple, c’est quelqu’un de très qualifié, mais son travail n’est pas à l’année.»


« Le ministre Duclos ne peut pas plaider l’ignorance, on l’a très bien informé, mais visiblement, il n’a rien compris »
Guillaume Tremblay, président de la CSN sur la Côte-Nord

Quant au ministre Duclos, il a indiqué que 10 millions $ peuvent être utilisés immédiatement pour combler le trou noir, puis 80 millions $ à partir de l’automne et 150 millions $ l’an prochain. La somme de 10 millions $ a bien fait rigoler Line Sirois. «Le trou noir, c’est 18 millions $ juste pour la Côte-Nord», a-t-elle déclaré.

Invité à préciser si les chômeurs devraient obligatoirement suivre une formation pour recevoir des prestations, M. Duclos en a référé aux provinces. «Je crois que ça va probablement amener les provinces, dont le Québec mais aussi les provinces de l’Atlantique à adapter leurs solutions au contexte local des communautés», a-t-il répondu.  Avec Annie Morin