Construit en 1963, le <em>Trans-Saint-Laurent </em>est en fin de vie utile. C’est le<em> Saaremaa I</em> qui lui succédera dans quelques années.
Construit en 1963, le <em>Trans-Saint-Laurent </em>est en fin de vie utile. C’est le<em> Saaremaa I</em> qui lui succédera dans quelques années.

Traverse Bas-Saint-Laurent-Charlevoix: Rivière-du-Loup ou Gros-Cacouna?

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
RIVIÈRE-DU-LOUP – La Société des traversiers du Québec (STQ) commandera une étude d’opportunités afin de déterminer si la traverse entre le Bas-Saint-Laurent et Saint-Siméon se fera à partir de Rivière-du-Loup, comme c’est le cas actuellement, ou à partir de Gros-Cacouna. De plus, la STQ confirme que le navire qui assumera cette liaison fluviale sera le Saaremaa I.

La traverse Rivière-du-Loup-Saint-Siméon est sous la gouverne de la STQ depuis 1993 et est opérée par un mandataire, la compagnie Clarke, qui est propriétaire du traversier, le Trans-Saint-Laurent. Le contrat avec Clarke viendra à échéance le 31 décembre 2022 et le Trans-Saint-Laurent, qui a été construit en 1963, approche de sa fin de vie utile. «Lorsque l’une de ces échéances approche, peu importe la traverse, la STQ a comme mandat de réaliser une analyse complète de la traverse, précise le président-directeur général de la société d’État, Stéphane Lafaut. Ces études permettent notamment d’identifier les pistes d’amélioration potentielles, de réévaluer le modèle d’affaires et, entre autres, de déterminer s’il est toujours le plus adéquat pour répondre aux besoins des communautés québécoises.»

Le Saaremaa succédera au Trans-Saint-Laurent

L’objectif qui, envisagé depuis 2017, a conduit la STQ l’an dernier à l’acquisition du Saaremaa, était d’avoir un traversier pour remplacer le Trans-Saint-Laurent. «Le Saaremaa I est un navire récent, moderne et performant qui partage des caractéristiques avec le Trans-Saint-Laurent, indique M. Lafaut. C’est un navire qui a également les dimensions requises pour offrir des possibilités de développement accru pour tout le secteur économique de l’Est-du-Québec dans ce corridor maritime si important. Il est réellement un navire adéquat pour assurer la pérennité de ce lien maritime à long terme, en plus d’en faire un axe de transport maritime encore plus structurant pour toute la région.»

Mais, comment peut-on envisager que le Saaremaa puisse devenir le navire officiel de la traverse entre le Bas-Saint-Laurent et Charlevoix, alors qu’il est fortement sollicité pour remplacer le F.-A-.Gauthier qui connaît des problèmes récurrents? «On n’est pas rendus là dans notre cheminement», répond M. Lafaut. Pour le patron de la STQ, le Saaremaa continuera à venir en relève au F.-A.-Gauthier entre Matane et la Côte-Nord lorsque ce sera requis, notamment pendant son arrêt technique annuel d’un mois. Pendant ces périodes, un autre navire assurera la desserte entre Rivière-du-Loup ou Gros-Cacouna et Saint-Siméon. «On a le Félix-Antoine-Savard qui peut faire le travail.» 

Projet d’achat d’un autre navire de relève

Un projet pour l’acquisition d’un autre navire de relève est inscrit au programme québécois des infrastructures. «C’est quelque chose sur lequel on travaille, confirme M. Lafaut. Quand je suis arrivé en poste, le ministre [des Transports] m’a demandé d’ajouter de la robustesse au réseau et d’avoir des navires qui soient inter-opérationnels d’une traverse à l’autre, ce qui n’est pas nécessairement le cas présentement.»

Néanmoins, l’achat de cet autre bateau de relève n’est pas envisagé pour la traverse entre le Bas-Saint-Laurent et Charlevoix. «Ça n’a jamais été dans les cartons. Le Saaremaa a été acheté pour cette traverse. Là, maintenant, c’est de trouver une façon de l’opérationnaliser à Rivière-du-Loup ou à Cacouna dans le but d’assurer une pérennité et une bonification du service.»

Rivière-du-Loup ou Gros-Cacouna?

Le scénario de départ qui était privilégié consistait à intégrer le Saaremaa à la traverse dans sa forme actuelle. Des vérifications techniques ont été faites l’hiver dernier, notamment pour identifier les modifications à apporter aux infrastructures afin d’accueillir ce bateau. Mais, des tests et des relevés bathymétriques réalisés au printemps et à l’automne ont révélé un niveau très faible de profondeur d’eau au port de Rivière-du-Loup et surtout un ensablement très rapide dès la fin des périodes de dragage. «Selon nos premières constatations, les installations actuelles à Rivière-du-Loup nécessiteraient des travaux de réaménagement majeurs, dont la faisabilité technique et environnementale reste à démontrer et pour laquelle les coûts ne sont pas estimés précisément, indique le PDG de la STQ. Dans ce contexte, il devient donc nécessaire d’étudier un second site, soit le port de Gros-Cacouna, qui est la propriété du gouvernement du Québec.» 

Des vérifications avaient d’ailleurs été entamées, plus tôt cette année, au port de Gros-Cacouna, en vue d’offrir une liaison hivernale entre les deux rives. «Évidemment, la mise en place d’infrastructures au port de Gros-Cacouna représente également des sommes importantes qui demandent à être précisées. La STQ se retrouve donc aujourd’hui devant un projet d’investissement majeur, peu importe la décision qui sera privilégiée quant au futur site de la traverse.» 

Une comparaison des coûts estimés devra être évaluée en fonction de chacun des sites. Rivière-du-Loup possède déjà certaines installations, un stationnement et un projet de complexe maritime. Gros-Cacouna a un port en eau profonde, mais n’a pas les facilités d’une traverse. Dans un cas comme dans l’autre, la STQ s’attend à devoir investir plusieurs dizaines de millions$.

Étude d’opportunités

L’appel d’offres pour la réalisation de l’étude d’opportunités sera lancé au cours des prochaines semaines. Les conclusions devraient être connues au plus tard au printemps 2022. «C’est à partir des résultats complets qu’une décision pourra être prise, insiste Stéphane Lafaut. Il s’agit d’une décision majeure qui aura des impacts sur le développement de la région et sur tout l’Est-du-Québec pendant les décennies à venir. On ne peut réellement pas se tromper.» 

L’étude tiendra aussi compte de la volonté de la STQ de bonifier la traverse qui, pour l’instant, est offerte d’avril à décembre, afin d’en faire un service annuel. «L’extension de la période, c’est quelque chose qui se discute depuis des années, reconnaît le patron de la Société des traversiers. C’est quelque chose qu’on regarde.»

Entre-temps, des discussions sont en cours avec la compagnie Clarke afin qu’elle poursuive le service au-delà de la date d’échéance du contrat, qui est le 31 décembre 2022. «On a déjà eu des contacts initiaux, mentionne Stéphane Lafaut. Ils sont ouverts.» Il reste à savoir quels types de travaux doivent être entrepris sur le vieux traversier pour s’assurer qu’il puisse être fonctionnel pour deux, trois ou quatre ans encore.