D’importants dommages ont été causés aux foins des sables par le passage de véhicules.
D’importants dommages ont été causés aux foins des sables par le passage de véhicules.

Tourisme: les plages gaspésiennes en péril

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
GASPÉ — La côte gaspésienne accueille un nombre impressionnant de touristes cet été, et ses plages réputées sont prises d'assaut par les visiteurs. Des campeurs nomades, en tentes ou en véhicules, s’y aventurent pour leur séjour, mettant ces milieux fragiles en danger. Mais concrètement, qu’est-ce qui mène à la disparition d’une plage, et surtout, comment préserver ces endroits paradisiaques?

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que la végétation côtière, c’est la meilleure protection contre l’érosion qui existe», lance d’office la chercheuse en dynamique et gestion intégrée des zones côtières de l’Université du Québec À Rimouski (UQAR), Sandrine Papageorges. «Ce type de végétation est extrêmement fragile et peut être détruite par un simple passage de véhicule», ajoute la biologiste Danièle Raby.

Les végétaux dont elles parlent, ce sont l’élyme des sables et l’ammophile à ligule courte. Ces deux espèces forment les «foins des plages», mais surtout, forment un espace tampon face à l’érosion, un véritable «service écologique». «Ces plantes-là ne coûtent rien à entretenir et préservent nos plages. Tout ce qu’on a à faire, c’est ne pas les détruire», explique Mme Papageorges. Les deux plantes dotées de longues feuilles minces emmagasinent une quantité importante de sédiments soufflés par le vent qui forme ensuite une véritable «banque de sable». Ces réserves sont utilisées lors des journées de tempêtes et de forts vents de l’automne et de l’hiver. Sous le sol, ces plantes développent un réseau de rhizomes et de racines très important qui permet de stabiliser cette banque de sable.

De récentes études affirment que près de la moitié des écosystèmes côtiers sableux sont à risque de disparaître à l’échelle planétaire au cours des prochaines décennies, notamment en raison des changements climatiques, rapporte Mme Papageorges. «C’est pourquoi c’est crucial de poser des actions qui permettent de maintenir nos plages et d’éviter de les endommager», ajoute celle qui travaille actuellement sur un projet de restauration côtière aux Îles-de-la-Madeleine en partenariat avec l’organisme Attention Frag’Îles.

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En Gaspésie, de nombreuses interventions ont déjà été nécessaires pour restaurer des plages qui étaient en train de disparaître. Par exemple, la ville de Percé a dû faire déplacer plus de 118 000 tonnes de gravier il y a quelques années afin de réaménager sa plage, fortement érodée par les tempêtes. Même chose pour la plage du Cap-des-Rosiers, dans le parc Forillon, où le gouvernement fédéral a dû débourser 7 millions $ en 2015 pour «restaurer la dynamique naturelle du littoral», détruite par l’érosion qui était alors accentuée par la présence d’un enrochement en bordure de mer.

Quoi faire pour ne pas nuire

Les plages de la Gaspésie sont particulièrement mises à l’épreuve cette année. Au cours des dernières semaines, la fréquentation par les visiteurs a explosé et des centaines de campeurs se sont installés sur les plages de la péninsule, souvent avec leurs véhicules.

Comme elle habite à proximité de la plage, Danièle Raby a pu observer, presque en direct, les dommages causés à la végétation, notamment par les véhicules qui se déplacent sur la plage. «Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est plus de l’ignorance», croit-elle.

Les deux expertes invitent les visiteurs à participer à la préservation des plages avec quelques petits gestes simples. Premièrement, laisser les véhicules sur la route, et non sur la plage, rappelle Mme Raby. Deuxièmement, on fait attention où l’on met les pieds, pour ne pas abîmer la végétation. Pour finir, il faut éviter de faire brûler le bois échoué dans le haut des plages.  «Le bois qui s’échoue dans le haut des plages retient aussi le sable et aide à freiner l’érosion. », explique Mme Papageorges.

En attendant de voir les élus et les ministères poser des actions concrètes pour la préservation des plages, par exemple en encadrant mieux la circulation des véhicules motorisés et en mettant en place des accès piétons balisés, les deux expertes ont un seul message pour les visiteurs: aidez-nous à préserver nos plages, un pas à la fois.

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