Une bouée de sauvetage du Titanic a déjà été exposée au Site historique maritime de la Pointe-au-Père.
Une bouée de sauvetage du Titanic a déjà été exposée au Site historique maritime de la Pointe-au-Père.

Titanic et Empress of Ireland: deux naufrages, un même miraculé

Carl Thériault, collaboration spéciale
Le Soleil
Un même destin tragique et un même homme lient les deux plus grands naufrages de l'histoire en temps de paix, celui du Titanic, il y a 100 ans à 640 kilomètres au sud-est de Terre-Neuve, et celui, deux ans plus tard, le 29 mai 1914, de l'Empress of Ireland, à 10 kilomètres de Sainte-Luce-sur-Mer (près de Rimouski) dans l'estuaire du Saint-Laurent.
Le pavillon à la Pointe-au-Père à Rimouski honore la mémoire des victimes de l<em>'Empress of Ireland</em>, ainsi que la fabuleuse histoire de William Clark (sur l'affiche à droite), chauffeur de chaudières sur le <em>Titanic</em> et l'<em>Empress of Ireland</em> qui a vaincu les eaux froides deux fois.
Un miraculé commun aux deux naufrages a surgi de la mer, le pelleteur de charbon William Clark, qui est sorti vivant des eaux froides de l'Atlantique Nord et du Saint-Laurent.
Rimouski honorera la mémoire des 2519 victimes: 1507 pour le Titanic et 1012 pour l'Empress.
À compter du 9 juin, un nouveau spectacle multimédia fera la comparaison entre ces deux catastrophes et une exposition sera présentée en collaboration avec La Cité de la Mer de Cherbourg (France), qui a accueilli le Titanic pour une escale le 10 avril 1912.
«L'idée est de montrer que le centenaire de l'Empress, qui est aussi un grand naufrage, s'en vient en 2014 après celui du Titanic. Nous cherchons du financement pour une grande exposition itinérante des artefacts de l'Empress en 2013 dans tout le Canada», précise Serge Guay, directeur général du Site historique maritime de la Pointe-au-Père,
L'Opéra-théâtre de Rimouski soulignera ses 10 ans d'existence en présentant du 29 juin au 1er juillet le spectacle musical Titanic créé en 1997, au Théâtre Lunt-Fontanne de New York.
Les malheurs... et la chance de William Clark
William Clark pelletait du charbon dans la salle des chaudières du Titanic lorsque le navire a heurté un iceberg le 14 avril à 23h40. Deux heures et demie plus tard, il nageait pour sauver sa vie lorsque l'immense paquebot est disparu sous l'eau. L'effet de succion l'a entraîné vers les profondeurs de l'océan. L'explosion de la chaudière l'a repoussé à la surface, où il a été recueilli par un canot de sauvetage.
Deux ans plus tard, le 28 mai 1914, William Clark exécute la même tâche sur l'Empress of Ireland en partance de Québec vers Liverpool. C'est son premier voyage sur ce paquebot, fleuron de la Canadian Pacific Steamship éperonné dans un banc de brume en son milieu par le charbonnier Storstad. Il se retrouvera, pour une deuxième fois, à l'eau le 29 mai vers 1h55 après que l'Empress of Ireland eut coulé en seulement 14 minutes.
Avec d'autres membres d'équipage, il réussit à dégager un canot de sauvetage pour le mettre à la mer, mais celui-ci passe par-dessus bord à cause du gîte important du navire. Clark plonge et nage pour rattraper le canot à la dérive.
Un an plus tard, le 7 mai 1915 à 14h25, le Lusitania est envoyé par le fond par un sous-marin allemand. Parmi les rescapés, un chauffeur irlandais se faisant appeler Frank Toner - dans la quarantaine, arborant une grosse moustache grise et ayant des yeux très bleus comme William Clark - dit avoir survécu à sa troisième grande tragédie, car il était sur le Titanic et l'Empress of Ireland. Il n'y avait pas de marin nommé Toner dans l'équipage du Titanic, ni sur celui de l'Empress of Ireland. Est-ce que celui-ci, voulant éviter qu'on le refuse parce qu'il portait malheur, s'est engagé sur le Lusitania sous un faux nom? Si c'était le cas, cet homme aurait la chance exceptionnelle d'avoir survécu aux trois plus grandes tragédies maritimes de l'histoire.
Un miraculé, mais bien des tragédies humaines postérieures au naufrage. Cinq plongeurs sont morts d'accidents de plongée lors de l'exploration de l'Empress - redécouvert par le public en 1964 -, qui a été classé monument historique (bien culturel subaquatique) afin de le protéger du pillage. Le dernier décès a été celui de Serge Cournoyer, 33 ans, de Sorel, survenu le 4 août 2002.