Le député Sylvain Roy a reçu son 33e et dernier traitement de radiothérapie le 23 octobre.

Sylvain Roy: combattre le cancer comme une «rédemption»

GASPÉ — «Je vois ça comme une rédemption : tu as passé proche, fais pas le fou!» se lance Sylvain Roy à lui-même. Le député de Bonaventure vient de terminer ses traitements contre un cancer de la gorge, reçus en pleine campagne électorale. Il est convaincu que son train de vie «chaotique» de député a joué un rôle dans sa maladie. Et il a bien l’intention de changer de mode de vie.

Mardi le 23 octobre, M. Roy a reçu son 33e et dernier traitement de radiothérapie à l’Hôtel-Dieu de Québec. «À 12h30, j’ai sauté dans l’auto. J’avais hâte d’être chez nous», raconte le député péquiste de 54 ans, alors qu’il est de retour à sa maison d’Escuminac, dans la Baie-des-Chaleurs.

«Je me sens bien, mais il y a un effet rétroactif aux traitements. Je vais me sentir plus fatigué pendant deux ou trois semaines. Je vais être opérationnel, mais on va se calmer», dit M. Roy.

Le député réélu depuis 2012 cumulait 90 000 kilomètres de route par année. «Dans la dernière année et demie, j’ai fait le tour du Québec pour une tournée faune. J’étais toujours sur la route: on mange mal ou on ne mange pas. Mon train de vie était chaotique et ça m’a rattrapé.»

«On n’a pas conscience de l’effet du stress pour nous. Tu veux beaucoup donner et ça te ruine la santé», lance M. Roy, qui voit ses collègues tomber dans le même piège.

«Nous, les députés, on devient des machines. On veut être partout et on n’est nulle part […]. Le philosophe René Char a dit: “L’essentiel est souvent menacé par l’insignifiant”.» M. Roy a résolu de prendre soin de l’essentiel. «Je vais faire attention à moi. Je vais limiter les excès de toutes sortes et être plus efficace dans mon travail.» Il s’est mis au vélo, attend la neige pour chausser ses raquettes et mange à des heures régulières.

Le député Sylvain Roy photographié en juin, pendant la période «la plus douloureuse» de son cancer, alors qu’il se savait malade, mais n’avait rien dit à ses proches et attendait un diagnostic.

«Et quand je vais être avec mes enfants, je vais être avec mes enfants, pas en train de regarder une revue de presse sur mon iPhone», ajoute-t-il.

M. Roy a été réélu le 1er octobre avec 2830 voix d’avance. Il avait commencé ses traitements à Québec le 5 septembre, deux semaines après le début de la campagne, et n’a pu revenir que deux fois dans sa circonscription ensuite. «Je ne veux pas associer ça [sa victoire] à un effet Jack Layton [qui luttait aussi contre le cancer], mais à mon bilan de six ans de travail. Je ne voulais pas de pitié, mais de la compréhension», insiste-t-il.

Un diagnostic qui a tardé

Au printemps dernier, le député a découvert une petite masse dans son cou en se rasant. La période du 16 avril à la fin juillet, où il a passé des tests et attendu le diagnostic, a été «la plus douloureuse», dit-il.

«L’incertitude, c’est pathogène. Quand tu ne sais pas ce que tu as, tu fais des scénarios. Je pensais à céder mes actifs. Au début, on m’a dit 70% de chances. Ce n’est pas la même chose que 95 % [son pronostic, finalement]!»

M. Roy a choisi de taire sa maladie à ses fils de 23 et 26 ans, à sa famille et à ses proches jusqu’à la fin de l’été, à l’approche des traitements. Seule sa femme Joanne Dubé savait et a vécu avec lui «les moindres détails». «Elle a été d’un support incroyable. Quand mon humeur n’était pas là, elle m’a enduré.»

«En Gaspésie, il y a un problème de diagnostic», estime M. Roy. Les biopsies prises à l’hôpital de Maria sont envoyées pour analyse à Rimouski, 264 km plus loin. «Je pose l’hypothèse que d’envoyer nos tests à l’extérieur ralentit l’analyse et peut rallonger les délais de traitement «, dit M. Roy, qui compte militer pour des services de laboratoire de proximité.

Le député loue les travailleurs «dévoués et professionnels» qui l’ont soigné. Il déplore qu’ils vivent dans le stress à cause du manque de personnel, «comme cette infirmière pivot qui court partout et ne peut pas te parler parce qu’elle va oublier les dix derniers messages qu’on vient de lui donner! […] Je suis en rétablissement, mais je vais revenir sur le dossier et taper fort», promet-il.

À la chasse au chevreuil

M. Roy, un amateur de chasse, avait plaidé pour des règles qui réduiraient le cheptel de chevreuils dans la Baie-des-Chaleurs, où les collisions avec les automobiles se multiplient. Il a obtenu gain de cause : Québec attribue des permis de chasse au «cerf sans bois « (femelles et faons) par tirage au sort cet automne.

À cause des traitements, «j’ai raté ma chasse à l’orignal, mais je ne vais pas manquer ma chasse au chevreuil. J’ai été pigé pour un permis de femelle!» lance le député.