Le traversier F.-A.-Gauthier a déjà subi pour 800 000 $ de réparations et modifications en 2017, deux ans après son achat au coût de 175 millions $.

Saga du F.-A.-Gauthier: les élus réclament un bateau de remplacement en tout temps

BAIE-COMEAU — Les élus de l’Est-du-Québec et de la Côte-Nord sont unanimes à demander un bateau de remplacement, prêt en tout temps, afin de pouvoir prendre la relève à l’une ou l’autre des 13 dessertes de la Société des traversiers du Québec (STQ), particulièrement celle entre Matane et la Côte-Nord, où le traversier F.-A.-Gauthier est stoppé pour une période indéterminée.

Les maires de Matane, Baie-Comeau, Godbout, Port-Cartier et Sept-Îles ont expédié une lettre en ce sens au ministre des Transports, François Bonnardel.

«Il nous apparaît de plus en plus nécessaire, voire indispensable, que votre ministère et votre gouvernement évaluent l’achat d’un navire supplémentaire afin de pouvoir remplacer, 12 mois par année, tout navire en difficulté de la STQ partout au Québec, et ce, en tout temps. À vrai dire, notre solution garantirait aux usagers un droit au service essentiel», ont écrit les signataires.

Les maires ont aussi profité de cette missive pour rappeler que les 13 dessertes maritimes de la STQ effectuent chaque année 115 000 traversées, avec à bord 5,2 millions de passagers et 2,1 millions de véhicules. «Derrière ces chiffres, il y a des citoyens. Il en va de leur sécurité et de la vitalité économique de leurs régions», ajoutent-ils.

Quant au député de René-Lévesque, Martin Ouellet, il juge tout aussi «inconcevable» que le ministre Bonnardel l’absence d’un navire de remplacement. «On avait pourtant le Camille-Marcoux (le prédécesseur du F.-A.-Gauthier) et on l’a vendu pour le métal à 2,7 millions. Qu’est-ce qui pressait tant que ça à le démanteler?» s’interroge-t-il.

«Autre questionnement sérieux dans ce dossier. Quel mauvais moment pour faire l’entretien du bateau», lâche le leader parlementaire du Parti québécois. En effet, c’est lors de l’arrêt technique du traversier, qui a eu lieu les 17 et 18 décembre, que les problèmes de propulsion ont été découverts. M. Ouellet rappelle aussi que le bateau a déjà subi pour 800 000 $ de réparations et modifications en 2017, deux ans après son achat au coût de 175 millions $.

Le GNL, une mauvaise décision

Le député estime aussi que la STQ a erré en exigeant que le F.-A.-Gauthier soit propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL), une technologie pas encore éprouvée. «Le GNL, ce fut une mauvaise décision. On ne peut pas faire des tests sur une desserte aussi névralgique. Ce bateau-là n’est pas fiable. C’est sûr qu’il ne pollue pas, il ne bouge pas!» a-t-il tonné.

Et comme si ça n’allait pas assez mal dans ce dossier, l’avion affrété par la STQ pour transporter des passagers entre Mont-Joli et Baie-Comeau durant l’absence du F.-A.-Gauthier a lui aussi connu des ratés un peu avant midi. Un nouvel appareil devait être rendu disponible en fin de journée.

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DES LIAISONS AÉRIENNES AJOUTÉES

L'intervention du gouvernement du Québec a permis l'ajout de liaisons aériennes entre les aéroports de Mont-Joli et Baie-Comeau, et ce, à raison de quatre départs par jour dans chaque direction.

En conférence de presse vendredi matin à Montréal, le ministre des Transports François Bonnardel a indiqué que les vols s'effectueront à bord d'avions Dash-8 d'environ 50 places. D'autres liaisons aériennes devraient s'ajouter samedi entre Sept-Îles et Matane à la demande du maire de Sept-Îles, selon ce qu'a indiqué le ministre.

M. Bonnardel a cependant reconnu que ce n'est pas l'idéal pour les centaines de familles qui comptaient se déplacer avec leur véhicule rempli de bagages et de cadeaux du temps des Fêtes.

Ces mesures étaient devenues nécessaires en cette période de grands déplacements, d'autant plus que le détour est d'environ 400 km en se rendant jusqu'au traversier entre Saint-Siméon et Rivière-du-Loup. Uniquement par voie terrestre, le détour est de 820 km en passant par Québec pour être en mesure de passer d'une rive à l'autre.

De son côté, la Société des traversiers du Québec (STQ) ajoutera des départs supplémentaires à la traverse Rivière-du-Loup/Saint-Siméon les 23, 26 et 30 décembre 2018 ainsi que le 2 janvier 2019 grâce à la collaboration d'un partenaire privé.

Toutefois, François Bonnardel n'a pas caché son irritation face à la STQ qui n'avait aucun plan B pour faire face à une telle situation. Le ministre a dit trouver inacceptable que le réseau de la Société des traversiers du Québec n'ait aucun navire de disponible pour remplacer un traversier qui brise. M. Bonnardel a souligné que la STQ aurait pu acheter un bateau usagé durant la dernière année, mais ne l'a pas fait. Il a rejeté le blâme sur le gouvernement libéral précédent pour cette décision.

Il a indiqué qu'il va prendre en charge ce dossier en 2019.

Le NM F.-A.-Gauthier, qui relie Matane-Baie-Comeau-Godbout, est pourtant un navire récent. Il a été mis en service à l'été 2015. Selon le ministre Bonnardel, il s'agit d'un bateau unique en son genre ce qui explique la difficulté à trouver des pièces de rechange rapidement.