Seul le phare de cette île mythique située au large des Îles de la Madeleine sera conservé.
Seul le phare de cette île mythique située au large des Îles de la Madeleine sera conservé.

Rocher aux Oiseaux: un autre pan du patrimoine maritime disparaîtra

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Laissés à l’abandon par le gouvernement fédéral depuis plusieurs années, les bâtiments du Rocher aux Oiseaux, dont la maison du gardien, seront démolis. Seul le phare de cette île mythique située au large des Îles de la Madeleine sera conservé, apprend-on dans un appel d’offres de Pêches et Océans Canada.

La maison du gardien, le bâtiment du criard de brume et celui des génératrices, effondrés en tout ou en partie, disparaîtront donc du paysage de ce rocher à l’atmosphère lugubre. 

Le gouvernement a fait ériger le premier phare du Rocher aux Oiseaux en 1870. Le phare actuel, construit en 1967, a été automatisé dans les années 80. 

Ses gardiens auront vécu dans l’isolement le plus total, parmi des milliers d’oiseaux marins, dont les Fous de Bassan, qui ont fait du rocher leur refuge. Après les avoir découverts, en 1534, Jacques Cartier baptisera d’ailleurs les rochers aux oiseaux (composés d’une île - le Rocher aux oiseaux - et de trois rochers) les «isles aux Margaulx», nom donné à l’époque aux Fous de Bassan. 

D’une superficie de quatre hectares (0,04 km²), le Rocher aux Oiseaux est difficile d’accès et réputé dangereux, témoin de nombreux naufrages. Sur le site du Centre d’archives régional des Îles, on rapporte que «le rocher fut le théâtre de nombreuses tragédies qui l’ont fait entrer dans la légende comme un endroit mystérieux, pour ne pas dire ‘maudit’». 

«Au cours de la succession de gardiens du Rocher aux Oiseaux, neuf adultes et au moins un enfant y laissèrent leur vie, en majorité durant les 10 premières années d’existence du phare. Un gardien et deux assistants y furent blessés très sérieusement, un autre y perdit totalement l’esprit, durant le dénuement total des premières années de garde», apprend-on.

Laissés à l’abandon par le gouvernement fédéral depuis plusieurs années, les bâtiments du Rocher aux Oiseaux, dont la maison du gardien, seront démolis.

En juin, l’historien Pierre Lahoud racontait dans nos pages que le Rocher aux oiseaux «impressionne à cause de sa masse, de son phare, mais aussi des légendes qui s’y accrochent». 

«Comme milieu rébarbatif, on ne fait pas mieux! Il semble qu’il y a eu beaucoup de morts sur cette île. On disait que le temps rude empêchait quiconque d’y rester gardien de phare pendant 10 ans. De fait, je pense que personne n’y est arrivé; ils sont tous morts avant. Cette île est une véritable malédiction pour les gardiens de phare! Y vivre devait être l’enfer. C’est le genre d’aura qui entoure cette île», résumait l’historien.

Pierre Lahoud se désolait de savoir les bâtiments abandonnés sur l’île. «Depuis que le gouvernement fédéral a décidé d’abandonner la gestion des phares sur le Saint-Laurent, plusieurs tombent en ruines. Ce patrimoine important est en train de disparaître», déplorait-il.

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La suite lui aura donné raison, du moins en ce qui concerne trois bâtiments du site du phare, «effondrés pour certains», qui seront démolis, selon un récent appel d’offres publié par le gouvernement fédéral. 

En plus de la déconstruction de ces bâtiments «qui se trouvent dans un état de vétusté avancé», le projet comprend «certains travaux de réfection sur le phare et la base d’hélicoptère».

Les travaux devront «tenir compte de la présence des nids d’oiseaux et des contraintes associées à celles-ci», avertit Pêches et Océans Canada.

À propos du bâtiment du criard de brume, le ministère indique qu’il est «complètement effondré» et qu’il est «possible que le criard de brume soit dans les décombres». Le contractant devra «récupérer le criard/corne de brume si présent sur le site et le remettre au représentant du ministère ou au représentant de chantier». 

La maison du gardien est aussi dans un piètre état, comme en témoignent les nombreuses photos apparaissant dans le devis de l’appel d’offres du gouvernement. 

Afin de ne pas nuire à la nidification des oiseaux marins, les travaux ne pourront débuter avant le 2 novembre et devront être complétés pour le 18 décembre 2020, indique le gouvernement dans le document.