Une station-service, mais aussi une épicerie, une quincaillerie et une caisse populaire occupaient le coeur de la zone inondée.

Rivière-au-Renard remis de sa «dépression»

Le village de Rivière-au-Renard est guéri de la dépression vécue à la suite des inondations, disent des observateurs. Il retrouve son dynamisme. Et un projet de 10 millions $ s'entame pour le mettre à la hauteur de son titre de capitale des pêches du Québec.
Charles Aspirault était conseiller municipal de Rivière-au-Renard en 2007. «Ce n'était pas juste l'impact [matériel], c'était l'impact psychologique. Je passais aux maisons. Les gens ouvraient leurs tiroirs de bureau devant moi; c'était de la vase qui sortait. Les gens étaient désemparés.»
«On peut dire que le village a vécu une dépression majeure. Les gens ne sortaient plus. Leur implication a ralenti», dit Gisèle O'Connor, de la Corporation de développement de Rivière-au-Renard. Le dynamisme est en train de revenir, «mais ça ne fait pas longtemps», dit-elle.
La reconstruction des maisons et des infrastructures a créé un «mini-boum», dit M. Aspirault. Deux ponts ont été refaits plus haut pour laisser de l'espace aux crues. Transports Québec a reconstruit les routes 132 et 197 au centre du village, où elles s'interconnectent. Un projet de 20 millions $ qui dormait dans les cartons depuis près de 20 ans et que les inondations ont précipité. 
«Je pense que le village a plus gagné que perdu», croit toutefois M. Aspirault. Les terrains disponibles pour construire sont devenus rares à Rivière-au-Renard.
Au coeur de la zone inondée, une épicerie, une quincaillerie, une station-­service et la caisse populaire étaient rassemblées. «Ça faisait comme un petit centre commercial», décrit M. Aspirault. Seule l'épicerie demeure; les autres ont déménagé ou fermé.
Projet de 10 millions $
Rivière-au-Renard se refera une beauté grâce à un investissement de quatre millions d'Ottawa et de Québec. Près de la rue du Banc, le village aura sa promenade en bord de mer, ponctuée d'aires de rencontres, d'aires de jeux, de monuments et de panneaux d'interprétation sur les pêches modernes.
Une seconde phase de 6 millions $ suivra pour construire une passerelle dans le marais qui occupe le centre du village, une piste cyclable et une place commémorative près du pont des Plourde où deux personnes ont perdu la vie en 2007.
Une étude hydrique précédera les travaux, pour s'assurer que les structures tiennent le coup devant la puissance de l'eau.
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Les leçons du 9 août 2007
Quand l'eau monte, les pompiers de la municipalité de Gaspé n'attendent plus qu'un citoyen mal pris compose le 9-1-1. Ils se mobilisent tout de suite. Et les sinistrés se font rares, puisque les maisons ont été déménagées ou reconstruites hors des zones inondables.
François Roussy, maire de Gaspé à l'époque, a été réveillé en pleine nuit par un coup de fil le 9 août. «Je me suis rendu à l'hôtel de Ville. On a enclenché le plan de mesures d'urgence qu'on avait terminé quelques mois avant. On l'avait fait sans penser qu'il serait utile aussi tôt.»
«On entendait les communications des travaux publics, des pompiers et des policiers. On voyait bien que les gens étaient en panique. C'est clair qu'on se sentait débordés. Quand tu dis à ton monde d'aller sortir les gens avec des ''loaders''... Des employés se sont mis dans des situations dangereuses.»
Carl Sinnett, chef des pompiers de Gaspé, intervenait à Corte-Real cette nuit-là, où la rivière Dartmouth était aussi sortie de son lit, et où un pont avait cédé. Là aussi, des résidents coincés chez eux ont dû être évacués sur la pelle d'un chargeur.
Protocole de prévention
Depuis les événements de Rivière-au-Renard et Corte-Real, les pompiers appliquent le protocole de prévention plus tôt, explique M. Sinnett. «S'il y a une alerte, beaucoup de pluie, de grandes marées, on ouvre notre poste de commandement tout de suite. On n'attend pas [...]. On va de maison en maison, on donne des pamphlets [...]. On est rendus avec six bateaux de différents types, de l'équipement de plongeur, des vestes de sauvetage.»
La catastrophe a permis de revoir les programmes d'aide gouvernementale, dit François Roussy. «Quand c'est arrivé, l'aide en place n'était pas adéquate. Le programme d'aide aux sinistrés était selon la valeur foncière. Des gens avaient une maison évaluée à 35 000 $ ou 40 000 $. Tu ne peux pas te reconstruire avec ça! On a fait beaucoup de travail avec le gouvernement pour revoir les programmes.»
Québec a remboursé 17 millions de dollars aux sinistrés du 9 août 2007 dans la MRC Côte-de-Gaspé. 
«Ça nous a appris que dame Nature est plus forte que tout, poursuit M. Roussy. On pensait pouvoir contrôler la nature. Il y avait beaucoup de terrains où on pensait pouvoir construire ou développer. Ça a changé.»
À Rivière-au-Renard, 38 résidences ont été relocalisées. Avec succès, estime M. Roussy. «On a eu de bons coups d'eau et il n'y a pas eu de nouvelle inondation majeure.»
«On a déclenché les mesures d'urgence sept fois depuis 2007», indique le maire actuel, Daniel Côté. «Chaque fois, l'équipe est plus prête et plus rodée. Le ministère de la Sécurité publique a redéfini les zones inondables. Moins de résidences sont sujettes à inondation. Les dégâts sont toujours moins pires.»
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Pourquoi une telle crue?
Une météo extrême et des facteurs aggravants se sont conjugués les 8 et 9 août 2007 pour apporter la destruction à Rivière-au-Renard. Il est tombé 114 millimètres de pluie en 24 heures, dont 36 millimètres en deux heures. Sept barrages de castor se sont rompus et des glissements de terrain se sont déclenchés, créant une vague d'eau, de boue et de débris dans la rivière au Renard. Au même moment, une très haute marée et de forts vents de la mer accueillaient la crue et la refoulaient dans l'estuaire. Des ponts ont aussi été obstrués par des débris, ce qui a empêché l'eau de s'évacuer normalement.