Gastem devait forer à cet emplacement, situé à 100 mètres d'un bâtiment de ferme et d'une maison et près de la rivière Kempt.

Ristigouche-Sud-Est poursuivie par une firme en «hibernation»

Gastem, la firme d'exploration pétrolière tentant actuellement d'obtenir de la Cour supérieure une indemnisation de 1 million $ de Ristigouche-Sud-Est, est en «hibernation» depuis 2014, admet son président, Raymond Savoie.
Cette hibernation s'est traduite par l'arrêt des transactions d'actions de Gastem en 2014, et par la fermeture du bureau de Montréal, précise de plus M. Savoie, interviewé lors d'une pause d'audition de procès, dont les témoignages ont débuté mardi au palais de justice de New Carlisle.
«On a fermé tous les projets [...] On a fermé le site [Internet]. On restructure la compagnie», souligne Raymond Savoie pour justifier la discrétion de la firme ailleurs que dans la cause l'opposant à Ristigouche-Sud-Est, municipalité de 167 habitants ayant adopté en mars 2013 un règlement pour protéger ses sources d'eau potable, ce qui a incité Gastem à la poursuivre.
Fermer «tous les projets» signifie avoir cessé ses activités au Québec, mais aussi aux États-Unis, «dans l'État de New York», précise M. Savoie.
Le president de Gastem, Raymond Savoie
Admettant que Gastem ne roule pas sur l'or, il assure du même coup que «nous ne sommes pas appuyés par d'autres compagnies financièrement. En équipe, nous serions obligés de subir des influences».
Gastem essuie des critiques parce qu'au lieu de contester le règlement adopté par Ristigouche-Sud-Est, elle a visé une indemnisation pour des travaux préparatoires visant un forage qui n'est jamais venu.
«On ne veut pas travailler où on n'est pas bien. On ne peut discuter avec une population et un conseil municipal opposés au projet», répond M. Savoie.
Le biologiste Jean-Sébastien Bernier, de Biofilia
Mercredi, Gastem a baissé sa réclamation de 1,5 million à 1 million $, parce qu'initialement, une somme de 360 000 $ associée au travail d'un sous-traitant en analyses sismiques et un dépôt de 150 000 $ envoyé au ministère des Ressources naturelles y étaient incluses. Le travail sismique n'a jamais été réalisé parce que la campagne d'exploration a été abandonnée et le ministère a remboursé le dépôt pour la même raison.
«On savait avant le début du procès que notre réclamation allait baisser. On attendait le témoignage de notre comptable. On n'essayait pas de fourrer quelqu'un», résume M. Savoie.
Distance incohérente
En cour jeudi, le biologiste Jean-Sébastien Bernier, de la firme Biofilia, un témoin de Gastem embauché en 2011 pour évaluer l'emplacement sélectionné pour le forage, s'est dit «sidéré par le chiffre de deux kilomètres», choisi par Ristigouche-Sud-Est comme zone de protection entre un forage exploratoire d'hydrocarbures et une source d'eau potable.
«En plus de ne pas avoir de fondements scientifiques, la distance n'est pas cohérente en matière de géologie et d'hydrogéologie du secteur [...] Ça vient juste jeter un spectre de terreur, de mon point de vue», dit M. Bernier.
En réponse aux questions de l'avocat de Gastem, Daniel Kochenberger, et de l'avocat de Ristigouche-Sud-Est, Jean-François Girard, M. Bernier a tout de même indiqué que de façon générale, la distance de protection était une mesure générale, devant être évaluée au «cas par cas».
Le gouvernement du Québec n'avait pas de barème en matière de bande protectrice en 2013. En 2016, il a établi cette distance à 500 mètres, une mesure jugée insuffisante par certains experts.