L'emplacement préparé par la firme Gastem aux fins de forage.

Ristigouche: l'irréductible village gaspésien

Comment se résoudra l'impasse créée à Ristigouche-Partie-Sud-Est, ce village gaspésien qui a institué un règlement pour protéger son eau potable, règlement contesté en cour par la firme Gastem, qui y prévoyait un forage pétrolier et gazier en 2012-2013?
<p>Le maire de Ristigouche-Partie-Sud-Est, François Boulay, considère l'eau comme une ressource primordiale pour les 168 citoyens de son village. </p>
S'il n'en tient qu'au ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, c'est par la négociation que la municipalité de 168 personnes et la compagnie dirigée par l'ex-ministre libéral Raymond Savoie en arriveront à la solution la moins coûteuse.
Jeudi à Bonaventure, neuf jours après une rencontre avec le maire François Boulay, le ministre, qui a pratiqué le droit pendant 22 ans, précise-t-il, a indiqué que «le gouvernement du Québec ne laissera pas tomber Ristigouche-Sud-Est [...] Un gouvernement n'a jamais laissé une municipalité dans une situation de détresse financière».
Cette remarque suivait une question visant à éclaircir ce qui se passerait si Ristigouche-Partie-Sud-Est perdait sur toute la ligne l'action de 1,5 million $ déposée par Gastem. Cette somme constitue cinq fois et demie le budget annuel du village. La presse cherchait à savoir s'il pourrait faire faillite.
«Il y a parfois de gros écarts entre ce qui est demandé et ce qu'un juge accorde», a précisé le ministre Moreau, rappelant que Ristigouche-Partie-Sud-Est peut gagner, que le jugement peut être porté en appel, que la Cour d'appel peut approuver ou infirmer le jugement initial et, enfin, que le litige peut être réglé à l'amiable.
Le président de Gastem, Raymond Savoie, précise que «la porte est grande ouverte» à un règlement à l'amiable. Il dit avoir tenté de joindre le conseil municipal précédent, en février 2013, à l'aube de l'adoption du règlement sur la protection de l'eau potable. «On n'a pas reçu de retour d'appel.»
Le maire François Boulay n'entend pas cette possibilité de règlement à l'amiable pour la première fois. Il ne voit toutefois pas comment le conseil municipal précédent et le sien auraient pu agir différemment.
«On n'a pas d'argent. On a un surplus accumulé de 110 000 $. C'est un petit coussin en cas d'imprévu. Si on verse 100 000 $, il ne restera que 10 000 $», souligne-t-il.
Il rappelle que tous les foyers de Ristigouche-Partie-Sud-Est dépendent des sources souterraines et que l'emplacement de forage de Gastem n'est situé qu'à 100 mètres de la maison la plus proche, et qu'il surplombe un bras de la rivière Kempt, bras distant lui aussi de 100 mètres. À ce point, en amont de la rivière, «un déversement d'hydrocarbures aurait pollué la rivière Kempt, et la rivière Restigouche», dit-il en parlant de l'un des cours d'eau les plus réputés au monde pour le saumon.
Le maire Boulay rappelle en outre que le temps a donné raison à la position de son conseil. «Dans le contexte actuel d'une marge de 500 mètres entre un puits pétrolier et une source d'eau potable, tel que décidé par le gouvernement du Québec, Gastem ne pourrait plus forer où elle s'est installée en 2012-2013.»
Gastem a depuis ce temps vendu ses droits de ce secteur de la MRC d'Avignon à Pétrolia.
S'il ne peut prédire l'avenir d'une cause qui ne sera sans doute pas entendue avant le printemps 2015, dans le meilleur des scénarios, le maire Boulay se sent quand même en terrain solide, sur le plan de la légitimité.
40 % de l'objectif atteint
«Nous recevons des appuis fantastiques. Nos deux nageuses de l'Outaouais, Mathilde Grenier et Myriam Legault-Beauregard, ont amassé 3271 $ dimanche passé sur la rivière Gatineau. Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec a versé 5000 $ le même jour, tout en enjoignant ses 25 500 membres à donner sur une base individuelle. Ce don n'est pas encore comptabilisé dans notre bilan de campagne. Nous dépassons donc 90 000 $, pas loin de 40 % de l'objectif, en 45 jours. On sait que des dons sont entrés de France, du Maine, aux États-Unis, et d'Ontario», note-t-il.
Ristigouche-Partie-Sud-Est pourrait même obtenir une visibilité internationale. Avaaz, un mouvement citoyen ayant notamment l'environnement au coeur de ses priorités et comptant 38 millions de membres dans le monde, mène présentement une campagne test au sujet de la cause du village.
«Si la réponse des membres à notre campagne de financement fonctionne, ils pourraient l'étendre au reste du pays et, qui sait, au-delà des frontières», dit le maire.
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Espace et calme
La municipalité a été fondée en 1906. Elle est constituée de deux secteurs, Broadlands et Sillardsville. Sa population était jadis majoritairement anglophone, ce qui explique que ses deux églises n'étaient pas catholiques. Il en reste une, l'ancien temple United Church, ou Église unie, l'autre ayant été déménagée à New Richmond. Celle qui reste est un centre d'interprétation sur l'histoire du chemin Kempt, la première route de pénétration vers la baie des Chaleurs en provenance de Grand-Métis, avant l'utilisation de la vallée de la Matapédia. Il ne faut pas confondre Ristigouche-Partie-Sud-Est avec la réserve autochtone voisine, qui s'est longtemps appelée Restigouche (avec un «e») et qui se nomme maintenant Listuguj. On peut passer à Ristigouche-Partie-Sud-Est sans trop s'en rendre compte, la principale portion habitée s'étirant sur le chemin Kempt, perpendiculaire à la route 132. Plusieurs citoyens du village, dont le maire, sont originaires de la ville néo-brunswickoise de Campbellton, et y sont venus en quête d'espace et de calme. Ristigouche-Partie-Sud-Est a été pendant 96 ans le lieu de résidence du célèbre guide de pêche Richard Adams, qui y était né. Il est décédé en mars 2006.