La Société du chemin de fer de la Gaspésie présente un quatrième record d’achalandage d’affilée pour son service de transport de marchandises entre Matapédia et Caplan.

Record pour le transport de marchandise par train en Gaspésie

NEW RICHMOND — La Société du chemin de fer de la Gaspésie présente un quatrième record d’achalandage d’affilée pour son service de transport de marchandises entre Matapédia et Caplan. Ce transporteur sous contrôle municipal aura acheminé près de 4300 wagons en 2018, une hausse de 54% par rapport à 2017.

Entre 2016 et 2017, la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) avait aussi connu une forte augmentation d’achalandage, de 60%, une situation attribuable au transport de pales éoliennes et dans une moindre mesure au début des activités de la cimenterie de Port-Daniel, il y a 18 mois.

En 2018, la croissance des expéditions de pales vers le sud des États-Unis s’est poursuivie, alors que le transport de ciment a décuplé, passant de 111 wagons l’an passé à environ 1 000 en 2018. Près de 1800 wagons de pales ont été expédiés, alors que les produits forestiers de l’usine Temrex de Nouvelle ont été chargés dans 1 500 wagons de copeaux et de bois d’œuvre.

«La croissance devrait se poursuivre en 2019. On devrait dépasser 5000 wagons. On ne sera pas loin sinon. On s’attend à une augmentation dans le ciment parce que l’usine de Ciment McInnis augmente encore sa production. C’est le client qui a le dernier mot. On ne contrôle pas le mode d’expédition mais si on garde la même proportion d’une usine en hausse de production, le tonnage passant par le rail augmentera aussi», précise Luc Lévesque, directeur de la SCFG.

Entre 2015 et 2018, les revenus d’exploitation de la SCFG ont décuplé, passant à un intervalle de 5 million à 9 millions$. La direction du transporteur préfère donner un ordre de grandeur plutôt qu’un chiffre précis.

Le nombre de wagonnées de produits forestiers augmentera en 2019 parce que la capacité de séchage de la scierie Temrex sera haussée, et parce qu’un nouveau client s’ajoutera, l’Association coopérative forestière de Saint-Elzéar, qui chargera du bois d’œuvre à New Richmond.

«Généralement, quand la capacité de séchage augmente, comme chez Temrex, le bois est envoyé plus loin. Quand la distance augmente, le rail est avantagé. Dans le cas de l’usine de Saint-Elzéar, on n’a pas de date mais on sait que les expéditions devraient démarrer en 2019», explique M. Lévesque.

Le transport de pales éoliennes devrait se maintenir durant la nouvelle année, puisque l’usine LM Wind Power de Gaspé achemine l’ensemble de sa production par chemin de fer.

La mise en dormance en 2015 de la portion du réseau gaspésien située entre Caplan et Gaspé, ce qui représente 60% des 325 kilomètres séparant Matapédia-Gaspé, constitue un frein à la croissance du trafic de la SCFG. Cette décision a été prise quand le ministère des Transports du Québec a acquis cette emprise ferroviaire, suite aux ennuis financiers vécus par la SCFG à la fin de 2014.

Cette mise en dormance avait été dénoncée par les meneurs socio-économiques de la Gaspésie parce qu’elle touchait alors la principale zone de croissance ferroviaire potentielle de la région. L’usine de pales de LM est située en bout de réseau, à Gaspé, et la cimenterie de Port-Daniel, alors en construction, est aussi localisée sur la portion en dormance.

Les pales et le ciment sont transbordés par camion entre Gaspé et Port-Daniel d’une part, vers un centre de transbordement temporaire installé à New Richmond. Dans le cas du ciment, un second centre de transbordement a été bâti à Nouvelle, parce que deux ponts situés à Cascapédia-Saint-Jules ne peuvent laisser passer qu’un nombre limité de wagons chargés par semaine.

Tant que ces ponts n’auront pas été remplacés, le ciment ne sera pas chargé directement à l’usine de Port-Daniel. Le réseau ferroviaire passe au milieu du complexe. La réouverture de ce tronçon réduira la livraison de ciment par camion sur des distances plus courtes, comme vers le Nouveau-Brunswick, parce que les frais de transbordement désavantagent présentement le rail.

Luc Lévesque souhaite ardemment que le remplacement des ponts de Cascapédia-Saint-Jules soit terminé à la fin de 2020. «C’est encore possible mais nous n’avons pas le contrôle là-dessus. Les ponts enjambent une rivière à saumon et il y a des approbations à obtenir. Le dossier est géré par le BQI (Bureau québécois des infrastructures)», note M. Lévesque.

Cet organisme a hérité du dossier de réfection du chemin de fer gaspésien quand l’ex-premier ministre Philippe Couillard a décidé de donner le feu vert à sa réfection, le 5 mai 2017, par le biais d’une annonce de 100 millions$. Jusque-là, son gouvernement, en pleine période d’austérité, avait tardé à enclencher les travaux de mise à niveau.

+

LE JOUR ET LA NUIT DE 2014 À 2018

NEW RICHMOND - «On est loin de courir après l’argent pour mettre du carburant dans nos locomotives». C’est ainsi que le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Éric-Dubé, résume la différence des réalités vécues par sa société depuis les difficultés financières d’il y a quatre ans et la situation actuelle.

Contrôlée par les quatre MRC du sud et du bout de la Gaspésie, la SCFG a survécu à l’intervention du syndic en novembre 2014, et Transports-Québec, qui a acheté l’emprise ferroviaire pour la valeur des créances au début de 2015, a maintenu la SCFG comme exploitant des trains et de l’entretien de base du tronçon.

De sept employés en 2015, la SCFG emploie 31 personnes maintenant. «Nous embaucherons encore en 2019», souligne son directeur, Luc Lévesque.  Il prévoit aussi installer près de deux kilomètres de nouvelles voies ferrées pour faciliter les manœuvres à New Richmond. Des investissements importants sont aussi réalisés en équipements, dont deux locomotives s’ajoutant aux quatre que la SCFG possédait déjà.

Les principaux clients de la SCFG sont parmi les plus grands employeurs privés en Gaspésie, avec 485 travailleurs chez LM Wind Power, pendant que près de 200 personnes gravitent dans l’exploitation de Temrex, et 153 à Ciment McInnis. Un atelier de réparations de matériel ferroviaire, Rail GD, emploie aussi une trentaine de personnes à New Richmond.

2015 : 1 624 (wagons)

2016 : 1 741

2017 : 2 786

2018 : 4 300