Bernard «Rambo» Gauthier s'est présenté vendredi à l'aéroport avec une canne de soupe, un clin doeil aux discussions tenues à la commission Charbonneau au sujet du précieux bouillon sur le chantier de la Romaine.

«Rambo» épaulé par des entrepreneurs

Les révélations de l'agent d'affaires de la FTQ-Construction Bernard «Rambo» Gauthier ont peut-être résonné comme une musique nouvelle aux oreilles des Québécois, mais il en est tout autrement dans son patelin, où les entrepreneurs se rallient derrière lui pour dénoncer les pratiques malhonnêtes d'entreprises de l'extérieur, qui ne respectent pas les conventions.
«Expliquez-moi comment une entreprise d'ailleurs peut amener ses travailleurs et ses équipements ici, et soumissionner à un prix plus bas que le mien?» a lancé avec aplomb l'un des entrepreneurs interrogés par Le Soleil, Steeve Lalancette, d'Équipements Lalancette. «C'est simple, s'ils respectent les décrets de la construction au niveau de la main-d'oeuvre, ça ne devrait juste pas arriver.»
Trop souvent, les entrepreneurs régionaux terminent deuxièmes, ou troisièmes au moment de l'ouverture des soumissions, derrière une entreprise qui n'est pas locale.  «Elle peut s'organiser pour couper sur la pension par exemple, ou ne pas payer le temps double et offrir des biens matériels en échange à ses travailleurs. On n'a pas de preuves, mais c'est des histoires qui viennent souvent à nos oreilles.» Ces malversations permettraient de réduire considérablement les coûts de réalisation des travaux au final. 
«J'ai jamais vu ça»
À son avis, les coûts de construction de 15 à 20 % plus élevés sur la Côte-Nord ne seraient pas étrangers aux entreprises régionales qui appliquent à la lettre les conventions. Bernard Gauthier a d'ailleurs expliqué devant la commission Charbonneau qu'il tenait mordicus à ce que les droits des travailleurs soient respectés. Ce que les entreprises nord-côtières acceptent sans problème. 
«Sachant ça, bien on calcule nos coûts de la bonne façon», a fait valoir pour sa part le directeur général d'Équipements Nordiques, Michel Lessard. «On sait, par exemple, que Bernard est très à cheval sur le respect des champs de compétence [...] mais la clause Rambo, j'ai jamais vu ça», ajoute-t-il, en confiant n'avoir en aucune façon reçu de demandes démesurées de la part du leader syndical, qui représente près de 90 % des opérateurs de machineries lourdes sur la Côte-Nord. 
M. Lessard ne se cache pas pour affirmer qu'il a déjà eu des discussions où «le ton est monté» avec Bernard Gauthier, ce qui est «normal dans toute relation d'affaires», à son avis. 
Le son de cloche est semblable chez Équipements Lalancette. «J'ai jamais été témoin d'un régime de terreur. On dira ce qu'on voudra, mais ce gars-là fait la job», a lancé Steeve Lalancette, qui se défend bien de minimiser les gestes d'intimidation décriés par des acteurs de l'industrie depuis les derniers jours.