Le chapiteau qui abritera les festivaliers à partir du 23 juin est dressé sur la Longue pointe de Petite-Vallée, où l’on voit toujours les débris de la Maison LeBreux, l’auberge qui a brûlé le 19 mai.

Près de 10 M$ pour rebâtir la Vieille forge

PETITE-VALLÉE — Le coût de reconstruction du Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée passe à 9,8 millions $. La hausse s’explique par la nécessité de tenir un concours d’architecture pour concevoir les plans de la nouvelle salle de spectacles.

Le Théâtre de la Vieille Forge, le cœur du Festival en chanson, est parti en fumée le 15 août 2017. Le rebâtir avait d’abord été estimé à 5 millions $. L’ajout d’un projet de résidence d’artistes, incluant un studio de création et de l’hébergement, a ensuite fait grimper la facture entre 7 et 9 millions de dollars.

Malgré les délais et coûts supplémentaires, l’obligation d’un concours d’architecture ne rebute pas le directeur général et artistique du Village en chanson, Alan Côté, qui s’attend à un résultat à la mesure de la majesté des lieux. «Avec toute la visibilité qu’on a eue, les architectes vont tous vouloir nous faire quelque chose de beau», lance-t-il.

La somme de 9,8 millions inclut la reconstruction elle-même, les frais professionnels, ainsi que l’achat de chalets et de terrains aux abords de l’ancien théâtre.

Le Village en chanson a amassé 1,7 M$ par  une campagne de financement. Petite-Vallée souhaite que Québec annonce sa part de financement d’ici les élections du 1er octobre.

Il faudra attendre 2020 pour inaugurer le nouveau théâtre. Il contiendra une salle de spectacles et un café-bistro qui pourront fusionner pour offrir 300 places en formule cabaret. 

Le maire de Petite-Vallée, Noël-Marie Clavet, veut discuter avec le ministre responsable de la Gaspésie, Pierre Moreau, afin d’obtenir de l’aide pour protéger la longue pointe de l’érosion. L’espace de construction est limité sur cette avancée de terre. 

Chapiteau en attendant

Des ouvriers viennent de dresser un chapiteau rectangulaire de 23 mètres par 48 mètres à l’emplacement du théâtre rasé par les flammes. Il hébergera la salle de spectacles, le café-bistro et les bureaux du festival à partir du 23 juin, et pour les deux étés à venir. 

Le chapiteau pourra accueillir 300 spectateurs en formule cabaret et le café, 150 personnes. C’est deux fois plus que dans l’ancien théâtre. 

Le chapiteau et ses équipements coûtent 600 000 $, une somme qui pèse sur le budget annuel de 2,5 millions de dollars du Village en chanson. Toutefois, 90 % des équipements seront réutilisés dans la nouvelle construction ou au Camp chanson de Petite-Vallée.

On fait table rase et on regarde ce qui serait le mieux pour le Théâtre de la vieille forge et la Maison LeBreux «, affirme le directeur du Village en chanson, Alan Côté, qui a assisté à l’incendie de ces deux bâtiments de la Longue pointe de Petite-Vallée dans un intervalle de neuf mois.

«C’est sûr que pendant deux ans, ça n’aura pas le charme d’avant, admet Alan Côté. Mais on va l’éclairer, on va l’habiter, et ça va être de plus en plus beau. Et on a quand ça dans la face», dit-il en montrant la mer.

Le Village en chanson aura un 26e festival aussi occupé que les années passées, du 28 juin au 7 juillet. Sa programmation continuera tout l’été, sous le thème «Nourrir la flamme», clin d’œil aux deux incendies. «On est un peu baveux!» lance Alan Côté. 

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DENISE LEBREUX FAIT LE DEUIL DE LA MAISON DE «TOUTE UNE VIE»

Denise LeBreux a passé 77 de ses 80 années de vie dans la maison LeBreux, devenue une auberge il y a 40 ans sous son impulsion. Elle soupire en regardant les débris du bâtiment centenaire, détruit par le feu le 19 mai. 

«C’est toute une vie. Je suis née dans cette maison-là. J’avais l’habitude de dire: “Je couche dans la chambre où je suis née.”» La maison de trois étages où elle louait huit chambres accueillait les artistes participant au Festival en chanson.

L’aubergiste Denise LeBreux, dont l’établissement a flambé le 19 mai, n’a pas pu compléter sa 40e saison d’accueil. «J’aurais fait ça tant que j’avais la santé», dit-elle.

Mme LeBreux a passé la porte de sa maison pour une dernière fois alors que la fumée sortait du bas des murs. «Les avertisseurs de fumée criaient à tue-tête. Le choc a été très fort. Je ne suis pas une criarde ou une braillarde d’habitude. Mais je suis sortie en criant. J’implorais: ça se peut pas, on vient de passer au feu!», en faisant illusion à l’incendie du Théâtre de la Vieille Forge, le 15 août 2017.

Les pompiers ont récupéré le cahier de réservations de l’auberge, une guitare de son fils Alan et un trophée Félix que lui a offert Michel Rivard. 

Mme LeBreux fera reconstruire une maison sur la Longue pointe. Ses critères: une grande pièce pour les rassemblements familiaux et un espace pour son métier à tisser. Mais plus d’auberge.

L’accueil des artistes et des touristes, «ça va me manquer énormément. Quand quelqu’un était à la réception à ma place, j’étais jalouse. Je n’ai pas pu faire ma quarantième saison.»

Cet été, elle redescendra sur la Longue Pointe, pour passer les beaux jours dans un véhicule récréatif d’où elle accueillera les clients des chalets de la maison LeBreux, qui sont toujours debout. 

Il est question que ces chalets passent au Village en chanson, comme composante du projet de résidence d’artistes. Denise LeBreux a mis ses conditions: «Même si c’est vous qui avez les chalets, c’est moi qui accueille!»