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Les CPE de la péninsule ont déposé des projets totalisant des centaines de nouvelles places, alors que le ministère n’en a annoncé que 32.
Les CPE de la péninsule ont déposé des projets totalisant des centaines de nouvelles places, alors que le ministère n’en a annoncé que 32.

Places en garderies: les CPE gaspésiens prennent le ministre Lacombe au mot

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
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Les centres de la petite enfance de la Gaspésie ont pris le ministre de la Famille au mot. Les CPE de la péninsule ont déposé des projets totalisant des centaines de nouvelles places, alors que le ministère n’en a annoncé que 32,  dans l’espoir de le voir être plus généreux que prévu.

En octobre, le ministre Mathieu Lacombe décevait en Gaspésie en annonçant quelque 32 nouvelles places en garderies. Mathieu Lacombe notait cependant que «ce nombre était à titre indicatif» et «pourrait changer».

«On a déposé un projet de 31 places, ainsi qu’un autre pour une nouvelle installation de 80 places, même si, techniquement, le ministère ne nous l’autorise pas», explique le directeur général du CPE-BC Le voyage de mon enfance de Gaspé, Gilles Chapados. «C’est à moitié un ‘’statement’’, et l’autre moitié de l’espoir», explique-t-il.

Le directeur général du CPE-BC Le voyage de mon enfance de Gaspé, Gilles Chapados.

Le 5 octobre, le ministre Lacombe annonçait 4359 places en garderies, d’un bout à l’autre du Québec. En Gaspésie, l’annonce a beaucoup déçu. Seulement 32 places y étaient accordées, alors que les acteurs locaux s’étaient souvent mobilisés pour demander au ministre d’intervenir dans ce qui est considéré comme le principal frein au développement de la péninsule.

En entrevue avec Le Soleil, le ministre Lacombe avait ouvert la porte à une redistribution de quelque 500 places, réservées pour des projets futurs dans les communautés considérées à «faible équilibre», comme c’est le cas pour Gaspé. Les différents centres de la petite enfance (CPE) de la Gaspésie ont bien compris le message. Seulement à Gaspé, les CPE ont déposé des projets totalisant 184 places.

Uniquement dans la MRC de la Côte-de-Gaspé, près de 200 familles sont sur une liste d’attente pour une place en garderie. Ce nombre serait au moins doublé pour l’ensemble de la péninsule.

De l’ouverture, mais peu de solutions

Il y a quelques jours, le ministre  admettait que le développement du réseau de CPE «ne fonctionnait plus». «Il va falloir qu’on fasse des changements dans la façon dont on développe notre réseau», a avoué le ministre en entrevue avec Radio-Canada.

Le directeur général du CPE-BC Le voyage de mon enfance est du même avis. «Il manque de flexibilité, ça bloque un peu partout et les délais sont extrêmement longs», rapporte M. Chapados. Ce dernier constate cependant une ouverture du côté du ministre Lacombe. «On sent que ça brasse, qu’il y a une volonté. Maintenant, il faut savoir comment faire».

 Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

La députée de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon, est moins tendre vis-à-vis le ministre. «Il est très au fait du frein social dû au manque de places. On en parle depuis des mois et il nous annonce un livre blanc à l’automne. C’est urgent! Les besoins sont maintenant, et le problème ne se règlera pas par lui-même», tonne la  députée péquiste. «Je suis certaine qu’il est sensible à la réalité, mais il ne semble pas capable de trouver une solution. On fait quoi maintenant ?»

Cette dernière croit toutefois que la Gaspésie pourrait avoir «de belles surprises» lors de l’annonce des projets retenus, en juillet. «On fait partie des abandonnés, où le système est particulièrement mal adapté, et le ministre le sait. J’ai espoir qu’il prendra acte de ses paroles et qu’il donne un coup de barre.»

Le cabinet prudent

Le cabinet du ministre n’a pas voulu se prononcer sur une éventuelle révision du nombre de places attribuées à la Gaspésie. «Nous sommes très sensibles à la situation de la Gaspésie. Plusieurs projets ont effectivement été déposés. Le processus et les analyses des comités consultatifs, dont certains membres sont dans les régions touchées, suivent leur cours et feront des recommandations au ministre [...] M. Lacombe est régulièrement en contact avec les élus municipaux, notamment le maire de Gaspé, Daniel Côté, pour parler de ces enjeux. Les projets retenus seront annoncés cet été», a commenté l’attaché de presse du ministre.

Trop de bureaucratie

Tout comme de nombreux autres intervenants, notamment le maire de Gaspé, M. Chapados dénonce une bureaucratie beaucoup trop lourde pour la mise en place de nouveaux projets de garderies. «La structure est faite de façon à ce que tout doive être revalidé par les fonctionnaires du ministère. C’est extrêmement contraignant, et il n’y a rien à faire», note-t-il.

Ce dernier illustre un «jeu de pingpong» entre le ministère et les personnes responsables des projets. «Si, par exemple, on nous octroie une enveloppe d’un million, notre architecte doit monter le projet et l’envoyer à Québec. Si on dépasse les coûts, les architectes du ministère vont analyser le dossier, et nous dire d’enlever un lavabo, un local et ainsi de suite. Ensuite, notre architecte doit approuver les changements, et on recommence. C’est interminable.»

Celui qui siège au conseil d’administration du Réseau des services à la petite enfance de l’Est-du-Québec (RESPEQ) dénonce aussi une importante lacune dans le processus d’appel d’offres du ministère. «Le 15 juillet, on va annoncer 15 300 places. Le 15 août, tout le monde va déposer son projet en même temps ou presque pour analyse. C’est clair que ça bloque, les fonctionnaires ne peuvent pas tout traiter en même temps.»

Un impact sur la communauté

À Gaspé, on considère le manque de places en garderie comme un des principaux freins au développement de la région. «On m’accroche au quotidien pour me parler de ça», raconte la députée. «La Gaspésie a un élan extraordinaire en ce moment, mais on ne nous donne pas les moyens de continuer à croître. On a des entreprises en expansion, on investit beaucoup pour attirer, mais les jeunes familles sont freinées parce qu’elles ne trouvent pas de garderies. Les intentions et l’intérêt sont là, mais pas le service», se désole la députée.

Même son de cloche du côté de M. Chapados. «On se prive de qualités humaines. Chaque semaine, j’ai des parents qui annulent des projets en Gaspésie. Tout y est, sauf les places en garderie [et les logements]. On perd des professionnels qui veulent venir ici, des jeunes familles qui auraient pu apporter beaucoup à notre région», déplore-t-il.