Le phare de Cap-des-Rosiers est considéré comme un lieu historique national et bâtiment fédéral du patrimoine.

Phare cherche volonté politique

GASPÉ — À quelques jours du déclenchement de l’élection fédérale, l’organisme Patrimoine Gaspésie presse Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national et députée de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, de faire de la réfection du phare de Cap-des-Rosiers un enjeu majeur de campagne afin d’assurer la pérennité de ce lieu historique national, classé ainsi depuis 1973.

Le phare a été inauguré il y a 160 ans. Il demeure à ce jour la plus imposante structure du genre au pays, avec ses 37 mètres de hauteur. À l’instar d’autres phares au Canada, il a été négligé par diverses vagues de compressions budgétaires au cours des dernières années, note le président de Patrimoine Gaspésie, Jean-Marie Fallu, qui confère au phare de Cap-des-Rosiers un statut assez unique au pays.

«Ce phare a été la grande sentinelle du Saint-Laurent pour presque toute l’immigration européenne au Canada. Les gens arrivaient à Québec, à Montréal. C’est la raison pour laquelle l’enjeu dépasse les frontières de la Gaspésie. C’est un symbole du peuplement entier de tout le pays», aborde M. Fallu.

«En 2007, la réfection du phare était évaluée à 3 millions $. C’est maintenant rendu à 6,5 millions $. Plus le gouvernement va attendre, plus ça va coûter cher. Un abandon pur et simple du bâtiment est impensable», poursuit M. Fallu.

«Lieu historique»

Le phare de Cap-des-Rosiers, a été déclaré «lieu historique national du Canada» le 11 juin 1973 et classé «bâtiment fédéral du patrimoine», le 31 mars 1994. Seulement sept phares au pays bénéficient de ce double classement.

Jean-Marie Fallu n’arrive pas à comprendre la négligence du ministère des Pêches et des Océans et de tout le gouvernement canadien à l’égard d’un bâtiment classé lui appartenant, et la façon avec laquelle la ministre Diane Lebouthillier évite le sujet depuis des mois, voire deux ans.

«Le gouvernement doit comprendre qu’il est de sa responsabilité devant les contribuables canadiens d’assurer la restauration du phare dans les meilleurs délais, à cause du coût croissant venant avec les retards. Quant à Mme Lebouthillier, nous ne comprenons pas son refus de répondre aux questions touchant le phare. Elle doit réunir Mélanie Joli (ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie) et Catherine McKenna (ministre de l’Environnement et des Changements climatiques), responsable de Parcs Canada et trouver une solution», assure M. Fallu.

Pourquoi Parcs Canada? Parce que le phare de Cap-des-Rosiers est situé à un jet de pierre du Parc national Forillon et que Jean-Marie Fallu, comme un nombre grandissant de Gaspésiens, croit que son inclusion dans les limites du parc constituerait la meilleure façon d’en assurer la pérennité et de rehausser la mise en valeur historique de ce parc.

Leadership politique

«Le budget de Parcs Canada en 2018 était de 718 millions $. À 6,5 millions $, les réparations du phare coûteraient moins de 1 % du budget annuel de ce ministère. Ce qu’il manque, c’est une volonté politique. On vient d’investir 32 millions $ dans la mise à niveau du parc, qui était tout à fait nécessaire. Quand la volonté est là, ça bouge. Mme Lebouthillier doit prendre le leadership de ce dossier pendant la campagne électorale. Elle ne doit pas agir comme une agente d’information du gouvernement fédéral dans la circonscription», analyse Jean-Marie Fallu.

Patrimoine Gaspésie demande officiellement à Diane Lebouthillier d’afficher ce leadership depuis la mi-juillet 2017, moment choisi par Pêches et Océans Canada pour exprimer son intention de s’en départir. Il était alors fermé temporairement en raison de son état. D’importantes lézardes apparaissent notamment sur les murs extérieurs en pierre.

Le ministère a offert le phare au gouvernement québécois et à la Ville de Gaspé, et il a essuyé un refus dans les deux cas. Le maire de Gaspé, Daniel Côté, a maintes fois déclaré que sa municipalité n’avait pas les moyens de prendre sous sa responsabilité une pareille structure, d’autant plus qu’elle a été négligée pendant des années.

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LE MINISTRE LEBOUTHILLIER S'OUVRE UN PEU...

PABOS MILLS — Après avoir refusé pendant des semaines, sinon quelques mois, d’aborder de front la question de la réfection du phare de Cap-des-Rosiers, la ministre Diane Lebouthillier a répondu à quelques interrogations du Soleil à ce sujet, le 26 août.

Jusqu’à ce moment, elle répondait systématiquement que Pêches et Océans Canada investissaient dans les havres pour petits bateaux afin de répondre à des besoins urgents. Elle ne prononçait pratiquement pas les mots «phare de Cap-des-Rosiers».

«Il est toujours sous la responsabilité de Pêches et Océans Canada. On a mis de l’argent ces quatre dernières années; on a installé des clôtures», souligne-t-elle.

Cette année, cet argent s’est soldé par un montant d’environ 2000 $ pour l’entretien du terrain et embaucher des étudiants.

«Il ne va pas tomber demain matin», poursuit la ministre. 

Quand on lui demande ce qui sera fait pour assurer l’avenir du phare, elle assure reconnaître l’aspect historique du phare, que «c’est une infrastructure importante et qu’on travaille avec les gens», dit-elle en désignant les bénévoles du Site historique maritime du phare de Cap-des-Rosiers, l’organisme qui assure son ouverture chaque année.

Elle prend un rare engagement au sujet de cette aide à la navigation. «Il sera ouvert les quatre prochaines années». 

Elle retombe rapidement par la suite dans le modèle de réponses des derniers mois. «Le MPO [ministère des Pêches et des Océans] a fait beaucoup de travail sur les ports pour petits bateaux, mais on va y arriver. [Le phare] est sécuritaire. Il n’y a pas d’interdiction d’accès».

Diane Lebouthillier reste toutefois avare de précisions sur le moment d’un éventuel début de travaux, sur un échéancier de réalisation, et sur le mode de propriété qui sera privilégié à l’avenir, si un autre ministère ou une agence gouvernementale devait le prendre sous sa coupe. Gilles Gagné (Collaboration spéciale)