Jean-François Tapp, 37 ans, avait conscience de l’aspect «légendaire» de l’auberge de Coin-du-Banc quand il l’a acquise, avec sa conjointe Pascale Deschamps.

Percé: réouverture de la légendaire auberge de Coin-du-Banc

COIN-DU-BANC — L’auberge de Coin-du-Banc, près de Percé, se refait une beauté de plus d’un million de dollars. Un jeune couple a racheté l’hébergement rendu mythique par ses ex-propriétaires, un Irlandais exproprié de l’île Bonaventure et une collectionneuse d’œuvres d’art, qui ont reçu touristes et gens du coin pendant plus de 40 ans dans leur chaleureux capharnaüm.

Depuis des années, le milieu touristique de Percé retient son souffle en se demandant si quelqu’un rachètera l’auberge et s’il aura les reins assez solides pour la retaper. Pascale Deschamps et Jean-François Tapp, des Gaspésiens de 34 et 37 ans, parents de trois enfants, relèvent le défi.

«Il était minuit moins cinq», commente M. Tapp. Il a fallu remplacer une plomberie désuète et «100 ans de fils électriques non conformes», rapporte-t-il. Et surtout, soulever l’auberge et lui construire une fondation, ce qu’elle n’avait pas. 

Les nouveaux propriétaires ont vu dans cet endroit «la face cachée de Percé, tout son charme sans les files de chars», indique M. Tapp. Ils en ont fait le Camp de base Coin-du-Banc, un endroit où décanter dans le calme. Ils y intègrent leur goût des sports de plein air et désirent devenir «le point de rencontre des gens qui aiment jouer dehors».

Le couple Tapp-Deschamps avait conscience qu’il acquérait un endroit «légendaire». «Sans chercher à le perpétuer — je ne suis pas Irlandais — on a le souci de respecter l’âme et l’architecture du lieu», dit M. Tapp.

Les chambres sont toujours meublées de commodes et de lits anciens amassés par Sidney Maloney et Lise De Guire, amoureux d’antiquités. «On a gardé 95 % des choses. On travaille à améliorer le confort, peaufiner la décoration, sans dénaturer ce que c’était», indique M. Tapp.

Art gaspésien

La famille De Guire a gardé le gros de la collection d’œuvres  d’art, mais les nouveaux proprios regarnissent les murs grâce à une nouvelle génération d’artistes gaspésiens. 

Au moment de la visite du Soleil, les trois chalets en bord de mer étaient rouverts. M. Tapp se préparait à recevoir des hôtes dans les 11 chambres de l’auberge dès le 20 juillet, puis à rouvrir le restaurant à la fin du mois. «On veut consolider ça d’abord», dit M. Tapp, qui embauche 20 personnes. 

Les travaux, non terminés, seront suspendus pour le reste de l’été, puis reprendront à l’automne. «À la fin de l’année, on aura dépassé le million investi», calcule M. Tapp. Les copropriétaires souhaitent ensuite développer un parc de mini-maisons, du prêt-à-camper et du camping rustique de l’autre côté de la 132.

L’intérêt suscité par la renaissance de l’auberge «nous dépasse», dit M. Tapp. Sur les réseaux sociaux, des internautes se remémorent leur souper de noces ou leurs vacances d’enfance à l’auberge. Des locaux réclament le retour des déjeuners de «Mamie John», le surnom d’Agnès Element, 84 ans, qui reviendra bel et bien cuisiner des petits déjeuners cet été à Coin-du-Banc.

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UNE HISTOIRE DEUX FOIS CENTENAIRE

COIN-DU-BANC — La partie principale de l’auberge, côté mer, est âgée de 200 ans. C’était la demeure des Mabe, gens d’affaires actifs dans la transformation du homard et la construction navale. Au début des années 1970, Sidney Maloney, aubergiste fraîchement exproprié de l’île Bonaventure, rachète le bâtiment pour y loger les touristes. Il y annexe alors sa maison, côté route. 

Ce coloré descendant d’Irlandais donnera la moitié de son âme à l’Auberge Le Coin du Banc, visible de loin avec son toit vert. Lise De Guire, sa compagne, lui offrira l’autre demie. Cette infirmière devenue hôtelière collectionne les œuvres d’art contemporain, dont celles de Kittie Bruneau et Françoise Bujold, et en couvrira les murs de l’auberge.

M. Maloney est décédé en 2000. Mme de Guire est aujourd’hui âgée de 93 ans et a exploité l’auberge pour une dernière saison en 2016, alors qu’elle en avait 91.  Geneviève Gélinas (collaboration spéciale)