Des chercheurs de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail ont effectué une vaste étude visant à rendre le métier de pêcheur de homard plus sécuritaire.

Pêcheur de homard, un métier dangereux

Pêcheur de homard depuis bientôt 25 ans, Sylvain Arsenault de Bonaventure, en Gaspésie, monte à bord de son navire aux aurores. Pendant de longues heures en mer, dans l'humidité, le froid et le vent, lui et ses hommes manipulent de lourds casiers et de longs cordages sur le homardier ballotté par les vagues. Le pont est glissant et instable. La menace d'être entraînés par-dessus bord est fréquente. Voilà pourquoi le capitaine voit d'un bon oeil une vaste étude visant à rendre son métier plus sécuritaire.
Une étude sur le sujet a été financée par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail. Elle a été dirigée par le biologiste Francis Coulombe du Centre d'innovation de l'aquaculture et des pêches du Québec (MERINOV) ainsi que par deux spécialistes en ergonomie de l'Université Laval, Sylvie Montreuil et Jean-Guy Richard. «C'est la première fois qu'il y a une étude dans ce secteur de pêche au Canada», fait valoir M. Coulombe.
Celui-ci a procédé à des observations en mer avec un technicien formé par l'École des pêches et de l'aquaculture du Québec, Michel Tremblay. Ils ont monté à bord de sept homardiers, dont trois de la Gaspésie et quatre des Îles-de-la-Madeleine, sur les 495 équipages que compte la région.
L'équipage de Sylvain Arsenault fait partie de ceux-là. Avec deux aides-pêcheurs à bord de son bateau de 43 pieds qui transporte, en deux voyages, 235 casiers de homards, le pêcheur connaît les risques associés à la pratique de son métier. «Ça m'est arrivé de me prendre le pied dans les cordages et j'ai vu des aides-pêcheurs à qui c'est arrivé aussi, se souvient-il encore avec frayeur. On aurait pu tomber par-dessus bord!» Il ne manque pas de rappeler le cas de certains pêcheurs qui, au cours des dernières années, sont tombés à l'eau et se sont noyés.
Compétition
Selon le chargé de projet, Francis Coulombe, la première journée de la saison en est une à haut risque. «Ils doivent charger beaucoup de casiers sur leur bateau, décrit-il. Le pont est encombré. C'est aussi une activité extrêmement compétitive, où ils doivent faire vite. C'est le printemps, les conditions ne sont pas toujours favorables. En mer, quand ils relancent leurs lignes à l'eau, il y a du cordage sur le pont. C'est facile de se prendre les pieds dedans.»
Les chercheurs ont axé leurs recommandations sur deux axes prioritaires qui reposent sur le partage de conseils et de trucs entre pêcheurs ainsi que sur l'amélioration de certains équipements de pêche. Si tout va bien, les recommandations devraient être validées lors de la prochaine saison de pêche.
Le capitaine Arsenault accueille favorablement les recommandations des scientifiques. Mais le pire ennemi, selon le marin, demeurera toujours l'inexorable et impitoyable mauvais temps. «Quand la mer est agitée, on peut perdre l'équilibre, illustre-t-il. Les cages peuvent se mêler aux autres. J'ai déjà frappé des méchantes tempêtes où j'aurais pu y passer! Heureusement que maintenant, on est mieux équipés. On a la météo chaque heure.»