Les camionneurs comprennent difficilement que le pont datant de 1961 n'ait pas été adapté depuis tout ce temps aux véhicules lourds d'aujourd'hui.

Pas de travaux avant 2020 sur le pont reliant la Gaspésie au Nouveau-Brunswick

POINTE-À-LA-CROIX – Les compagnies touchées depuis le 19 juillet par l’interdiction de circuler avec des camions chargés sur le pont interprovincial J.C. Van Horne entre la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick devront être patients puisqu’aucune réfection ne sera amorcée avant le printemps 2020.

La nature des travaux, leur coût et un échéancier de réalisation restent inconnus en ce qui a trait à ce pont reliant Pointe-à-la-Croix à Campbellton.

«Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) planifie un projet de renforcement pour le printemps 2020; une fois complété, SPAC lèvera toute limitation de poids restante sur le pont. Il est présentement trop tôt pour connaître les détails des travaux à venir», précise par écrit Stéfanie Hamel, porte-parole de Services publics et Approvisionnements Canada, le ministère fédéral possédant et gérant l’entretien de l’infrastructure.

Ce ministère a imposé des limites de poids à la mi-juillet après une inspection du pont, notamment au moyen d’hommes-araignées.

«À la suite d'une évaluation détaillée de la structure, Services publics et Approvisionnement Canada a pris connaissance que plusieurs membrures principales et plaques de goussets du pont pourraient ne pas posséder la capacité requise pour supporter les charges légales actuelles. Ces manques potentiels de capacité ne sont pas reliés à une quelconque détérioration de la structure du pont, mais plutôt au fait que les normes de design des ponts ont changé depuis la construction du pont (les normes en matière de capacité de charges étaient moins élevées dans les années 50) ainsi qu'au fait que les camions sont aujourd'hui plus lourds qu'avant », écrit aussi Mme Hamel.

Ouvert en 1961

Le pont a été ouvert en 1961. Depuis le 19 juillet, la limite imposée aux camions simples est de 17 tonnes métriques. Elle se situe à 23 tonnes pour un camion à une remorque et à 26 tonnes pour un camion à deux remorques. Ces nombres correspondent à des camions sans charge. Ailleurs, le poids d’un camion tirant une ou deux remorques peut atteindre 62,5 tonnes.

Les limites décrétées par le ministère fédéral nuisent à de nombreuses firmes de camionnage, incluant celle dont Sébastien Bernard est copropriétaire, Transport Philippe Day, de Nouvelle, en Gaspésie. Chaque semaine, sa flotte de camions doit faire 6000 kilomètres inutilement pour ravitailler en sous-produits du bois l’usine AV Cell, d’Atholville, au Nouveau-Brunswick.

«Inconvénients majeurs»

«Les inconvénients sont majeurs. On passe 150 fois par semaine sur le pont en temps normal. Là, il faut faire un détour de 40 kilomètres pour aller passer sur le pont de Matapédia. On se rallonge beaucoup. Je le charge à mes clients parce que le coût est trop énorme pour qu’on l’assume», aborde M. Bernard.

«L’élément temps est aussi important. On manque de personnel. Mes camions font trois voyages par jour au lieu de quatre. Ça demande de se réorganiser, mais je n’ai pas plus de monde pour le faire. On n’a pas calculé la perte parce qu’au début, on pensait que les limites ne seraient pas imposées plus que trois mois. Là, on va la calculer. Ça pourrait durer plus d’un an, si l’appel d’offres est seulement lancé l’été prochain. Ils (les autorités) ont un peu trop attendu avant de fermer d’un coup sec. C’était prévisible. Les camions ne sont pas plus gros depuis cette année», conclut Sébastien Bernard.