Le site touristique de Mashkuss Aventures, sur les berges de la rivière Betsiamites, se trouve présentement sous deux mètres d’eau en raison du trop-plein dans les réservoirs d’Hydro-Québec.

Ouverture de barrages par Hydro-Québec: catastrophe pour Mashkuss Aventures

PESSAMIT — En raison d’un niveau particulièrement élevé dans ses réservoirs de la Côte-Nord, Hydro-Québec doit laisser s’écouler de phénoménales quantités d’eau des évacuateurs de crues de plusieurs barrages. Au moins une entreprise en a subi des contrecoups qui viendront peut-être à bout de son existence.

Les installations de Mashkuss Aventures, établies sur les rives de la rivière Betsiamites, sur le territoire des Innus de Pessamit, se retrouvent aujourd’hui sous deux mètres d’eau, au grand désespoir du copropriétaire de l’entreprise, Jean-Luc Kanapé.

«Je viens dans ce secteur depuis plus de 20 ans, je navigue sur la rivière depuis l’âge de 14 ans et de l’eau comme ça, je n’ai jamais vu ça, même pendant le déluge de 1996», soutient l’homme d’affaires qui venait de compléter sa troisième année d’opération.

Comme M. Kanapé n’avait pas d’assurances («personne ne veut assurer une entreprise autochtone comme ça»), il envisage déjà de faire une croix sur son rêve d’une entreprise qui fait vivre l’expérience autochtone. C’est du moins ce qu’il craint, une fois qu’il aura pu évaluer l’ampleur des dommages. «Si on voit que c’est trop lourd, je pense que l’aventure va s’arrêter là.» 

Explication rejetée

Le Conseil des Innus de Pessamit ne mâche pas ses mots lorsqu’il qualifie la gestion qu’Hydro-Québec fait de ses réservoirs, parlant de «catastrophe planifiée». Les Innus n’achètent pas l’explication d’Hydro-Québec, qui parle de pluies exceptionnelles.

«S’il est vrai que les précipitations pendant (la période du 25 au 31 octobre) ont été supérieures à la moyenne, celles pour l’ensemble de l’été et l’automne 2017 ont été de beaucoup inférieurs à la moyenne. […] Alors pourquoi les réservoirs d’Hydro-Québec étaient-ils pleins au point de déborder après seulement sept jours de pluie?», lance le chef de Pessamit, René Simon.

Ce dernier croit plutôt que la société d’État maintient le niveau de ses réservoirs le plus élevé afin de plaire à ses marchés d’exportation. «Le problème, c’est qu’une telle procédure ne tient aucun compte des fortes périodes de précipitation qui peuvent survenir à tout moment. Résultat : les réservoirs débordent et on ouvre les vannes, quelles que soient les conséquences», a ajouté le chef.

«On a géré nos réservoirs pour la pointe hivernale comme on le fait à chaque année», a rétorqué la porte-parole d’Hydro-Québec au dossier, Cathy Hamel. «C’était vraiment des crues exceptionnelles. Il est tombé de quatre à six fois d’eau que la normale sur une période de sept jours», a-t-elle ajouté. L’évacuateur de crues du barrage Daniel-Johnson, à Manic-5, a même été ouvert pour la première fois de ses 50 ans d’histoire.

Cette gestion de la pointe hivernale implique qu’il y a «un peu plus d’eau «derrière les barrages, convient Mme Hamel, mais elle assure qu’il n’y a là rien qui sort de l’ordinaire. Quant aux gens qui s’estiment lésés par ces déversements, la porte-parole les invite à adresser leurs doléances au département des plaintes et réclamations d’Hydro-Québec.