Représentant la cinquième génération à assurer le succès de l’entreprise familiale, Marc Normand devant l’un des produits phares de l’entreprise: les souffleuses à neige.

Normand : de la roue à la souffleuse

Le Soleil fête cette année ses 120 ans. Dans la région de Québec, plusieurs autres entreprises peuvent se vanter d’avoir atteint et même dépassé cet âge vénérable. Nous vous en présenterons quelques-unes au fil de l’année. Aujourd’hui : Normand

SAINT-PASCAL — La compagnie Normand de Saint-Pascal de Kamouraska n’a peut-être pas inventé la roue. Mais, au cours de ses 160 ans d’histoire tracée par cinq générations, l’entreprise familiale peut se targuer d’en avoir fabriqué une multitude. Son histoire a débuté par la conception d’une première roue de bois. Aujourd’hui, elle se poursuit par la production de milliers d’unités d’équipements agricoles et de déneigement.

En 1857, le charpentier François Normand commence, de façon artisanale, à fabriquer des roues de bois pour voitures de ferme. Il confectionne aussi des brouettes et des moulins à battre. «Il avait une boutique à l’arrière de sa maison, dans le 3e Rang de Saint-Pascal», raconte son arrière-arrière-petit-fils, Marc Normand, qui est l’actuel directeur de l’administration, des ventes et du marketing de l’entreprise.

Une brouette par jour

En 1859, le fondateur signe un contrat qui propulse son entreprise. Pendant la construction du chemin de fer reliant Lévis à Rivière-du-Loup, François Normand s’engage à fabriquer une brouette par jour, sept jours par semaine. «La brouette a été, dans l’histoire de la compagnie Normand, présente pendant environ cent ans, soit jusqu’à la fin des années 1960», souligne Marc Normand. Pendant plus d’un siècle, les brouettes Normand se sont adaptées au marché et se sont transformées. De la roue de bois à bandage de fer, on est passé à la roue à bandage de caoutchouc, puis à celle avec un pneu. «Il y a tout le temps eu une évolution, précise-t-il. Il y a aussi eu de nouveaux modèles, même pour enfant.»

En 1880, le pionnier s’établit dans le village de Saint-Pascal, sur les mêmes terrains toujours occupés par la compagnie. «Il a commencé par une première usine, relate son arrière-arrière-petit-fils. C’était un bâtiment de trois étages et il habitait au troisième.»

Dans ses débuts, la compagnie Normand a bâti sa réputation sur la fabrication de ses roues de bois.

À peu près à la même période, le fils du fondateur, Jos-William, quitte pour le Maine, question d’apprendre l’anglais. Là-bas, il travaille pour un charretier, un certain M. Levingston. Il revient à Saint-Pascal en 1900 pour prendre la relève de l’entreprise créée par son père.

À la fin des années 20, une troisième génération assure la continuité des affaires avec l’arrivée des frères Lucien et Paul Normand, qui développent un wagon en bois aux roues à bandage d’acier, qui se détaillait environ 100 $ l’unité. Puis, arrive alors la crise économique de 1929. Plus personne n’a les moyens d’acheter les fameux wagons. Qu’à cela ne tienne, la compagnie Normand continue sa production. Ainsi, en 1934, lorsque la grande dépression est terminée, la compagnie Normand écoule en l’espace d’un an tous les wagons produits au cours des cinq années de récession. 

Une deuxième et une troisième usine

Avec l’argent de leurs ventes, les frères Normand construisent une deuxième usine. Leur objectif : produire une centaine de wagons par année. «Les ventes de wagons, ça a toujours monté, indique l’actuel directeur des ventes. Les wagons tirés par des chevaux sont devenus des wagons tirés par des tracteurs. Il a fallu qu’ils s’adaptent, qu’ils suivent l’évolution du marché. Du wagon en bois, ils sont passés au wagon hybride en bois et en acier, puis au wagon complètement en acier.»

Au milieu des années 40, une troisième usine vient s’ajouter. «Ça a vraiment pris de l’ampleur à ce moment-là, précise Marc Normand. Ils ont dû s’adapter à la machinerie pour travailler le bois à celle pour travailler l’acier. Ils ont eu à relever plusieurs défis pour s’adapter.» Normand fabriquera alors différents produits qu’elle cessera plus tard : des voitures à munitions pour l’armée, des traîneaux de bois pour les expéditions dans le Grand Nord ainsi que des voitures et des charriots pour Postes Canada, de même que pour les débarcadères de gares de train et pour les aéroports du Canada et des États-Unis. 

Les anciens wagons fabriqués par la compagnie Normand

En 1954, la compagnie Normand fait construire son siège social. Les bureaux de l’entreprise occupent toujours le même bâtiment, dont les portes, les boiseries et les murs de ciment de 24 pouces (61 cm) d’épaisseur trahissent un besoin de sécurité d’après-guerre.

Un défi par génération

Avec l’avènement d’une quatrième génération en 1972, incarnée par Victor Normand et, quelques années plus tard, par son cousin Philippe Normand, d’autres produits font leur apparition, dont la première souffleuse à neige. Ce produit, qui se décline en divers modèles, est aujourd’hui le produit phare de la compagnie Normand.

Le manufacturier bas-laurentien est, depuis 2006, la propriété d’une cinquième génération : les trois frères Alain, Marc et Louis Normand. «Chaque génération a eu ses défis à relever, philosophe Marc Normand. Pour nous, ça continue. Les tracteurs, ça évolue tout le temps. Tout ce qu’on fait, actuellement, ça s’attache à un tracteur. Donc, il faut suivre ce que les manufacturiers de tracteurs font. Puis, ça va de plus en plus vite!» En 2008, les nouveaux dirigeants ont renouvelé le parc de machinerie presque au complet. En 2011, ils ont acheté les premières cellules de soudage automatisées. 

Normand procure de l’emploi réparti sur deux quarts de travail à quelque 80 travailleurs, dont une soixantaine en usine, les autres œuvrant à l’administration. L’entreprise s’étale sur plus de 60 000 pieds (18 000 mètres) carrés de superficie. Aujourd’hui, les produits qui sortent des usines Normand sont des souffleuses à neige, des épandeurs sel et sable, des remorques agricoles, des wagons de ferme, des niveleuses unisol et des plateformes tout usage.

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LA COMPAGNIE EN TROIS QUESTIONS

Q Quel est le secret de la longévité de l’entreprise?

R C’est notre capacité d’adaptation. C’est aussi parce que la compagnie a acquis une expérience de fabrication au fil des ans. On a un réseau de distribution incroyable au Canada et aux États-Unis. On rejoint l’Europe via un distributeur de la Suisse. Ça fait une quinzaine d’années qu’on est présents en Suisse. Notre distributeur regarde aussi pour la France.

Q Sur quoi repose le succès de l’entreprise?

R Le succès, ce n’est pas l’affaire d’une seule personne, soutient le directeur de l’administration. C’est grâce à une équipe de travailleurs qui endosse le désir d’offrir un service et des produits de la plus grande qualité. On augmente sans cesse la qualité, la robustesse, la fiabilité et les performances de nos produits. On a de bons clients, on fait de bonnes ventes et on a des belles commandes.

Q Comment s’annonce l’avenir de la compagnie Normand?

R On est en croissance. On travaille beaucoup sur l’évolution de nos produits et sur la formation de nos travailleurs. Notre but, c’est de consolider notre position de leader dans les produits de déneigement et d’attachement pour tracteur.

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DES GÉNÉRATIONS DE TRAVAILLEURS

Si la relève de la compagnie est assurée par cinq générations de Normand, elle compte aussi, dans ses rangs, quatre générations de travailleurs d’une même famille : les Chouinard. Le contremaître Luc Chouinard, qui possède 35 ans de loyaux services, représente la quatrième génération à travailler dans l’usine. Il a pris la relève de son père Gilles, qui a été le premier contremaître officiel de la manufacture, où il a œuvré pendant 54 ans.

Autre petite anecdote, un père et sa fille travaillent dans l’entreprise. Catherine Béland est l’une des deux seules femmes dans l’équipe de soudeurs. Si son père Alain a inspiré son choix de métier, c’est cependant elle qui l’a incité à venir travailler au sein de la compagnie Normand. Originaires de Vaudreuil, ils ont choisi l’entreprise pour sa stabilité et pour leur amour de la campagne.

Alain Béland et sa fille Catherine sont tous les deux soudeurs pour la compagnie Normand.

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NORMAND AU FIL DU TEMPS

- 1857 : fondation de l’entreprise et début de la fabrication de roues

- 1859 : début de la fabrication de brouettes

- 1880 : déménagement au village et construction d’une première usine

- 1900 : arrivée de la deuxième génération

- Fin des années 20 : arrivée de la troisième génération

- 1929 : développement du wagon aux roues à bandage d’acier

- 1934 : construction d’une deuxième usine

- Milieu des années 40 : construction d’une troisième usine

- 1954 : construction du siège social

- 1972 : arrivée de la quatrième génération

- Fin des années 70 : début de la fabrication de souffleuses à neige

- 2006 : arrivée de la cinquième génération

- 2011 : achat des premières cellules de soudage automatisées