Éric Dubé prend la relève de Jean-Guy Poirier comme préfet de la MRC de Bonaventure. — Photo

MRC de Bonaventure: la fin d’un mandat de 37 ans

SAINT-SIMÉON — Quand Jean-Guy Poirier a été élu préfet de la MRC de Bonaventure, René Lévesque n’avait pas terminé son premier mandat à la tête d’un gouvernement du Parti québécois. C’était en 1980, l’année du premier référendum sur la souveraineté.

M. Poirier était alors maire depuis trois ans de Saint-Siméon, près de Bonaventure, en Gaspésie. L’année de son élection à ce poste, en 1977, le Canadien de Montréal avait gagné la deuxième de quatre coupes Stanley d’affilée, leur dernière dynastie, un concept difficile à imaginer considérant leurs difficultés actuelles.

Mercredi, Jean-Guy Poirier a présidé sa dernière assemblée de municipalité régionale de comté, deux semaines après avoir cédé le flambeau à la mairie de Saint-Siméon, puisqu’il avait décidé de ne pas briguer les suffrages, le 5 novembre. Il aura été jusque-là seul préfet depuis la fondation de «sa» MRC.

Lors de cette dernière assemblée, il a accueilli son successeur, Éric Dubé, maire de New Richmond, élu sans opposition, comme M. Poirier l’avait été depuis 1980. Il a remercié les maires qu’il a côtoyés pendant 37 ans pour l’avoir aidé à garder une bonne harmonie.

«On n’a jamais eu de municipalités qui ont posé de graves problèmes. Il y a eu des petits accrochages, mais c’est normal», a-t-il mentionné.

Remerciements

Homme aux formules colorées, parfois frondeur, il a utilisé des mots très simples pour remercier les employés ayant évolué avec lui à la MRC.

«Ce sont des gens qui te donnent les outils pour travailler.» S’il avait voulu parler davantage, il en aurait été incapable, une boule d’émotion lui passant dans la gorge. Il a essuyé ses yeux.

Durant cette dernière réunion, Jean-Guy Poirier a passé avec insistance un message au gouvernement du Québec et à l’Union des producteurs agricoles, pour exprimer sa frustration quant à la rigidité de la Loi sur la protection du territoire agricole, loi empêchant régulièrement tout dézonage tant que l’espace «blanc», où il est permis de construire, n’est pas comblé, que ces terrains soient à vendre ou pas.

«Il y a des terrains où l’on voit des arbres de 35 ans de maturité, et c’est zoné agricole», dit-il, illustrant le frein pour les familles voulant construire.

Ex-président de l’UPA Gaspésie-Les Îles, Éric Dubé portera aussi cette cause parce que les obstacles à la construction résidentielle ont un effet sur «la démographie, et il est là, l’enjeu, d’autant plus que nous avons des entreprises avec des problèmes de recrutement de main-d’œuvre».

L’adoption d’une position claire sur les hydrocarbures, l’accessibilité à un transport aérien abordable et un déblocage de fonds pour l’amélioration du réseau ferroviaire gaspésien constituent les autres chevaux de bataille qu’entend pousser le nouveau préfet.

Son prédécesseur part rassuré. «Éric vient d’une ville-centre, et il n’était pas évident pour lui, dans une MRC comptant beaucoup de villages, de se faire élire. Il a réussi parce qu’il est capable de faire l’unanimité», dit M. Poirier.

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CE QUI A CHANGÉ DEPUIS 1980

En 37 ans comme préfet, Jean-Guy Poirier en a vu, des changements. «C’est énorme. En 1980, il n’y avait pas de plan de règlements d’urbanisme, pas de schéma de couverture de risque en sécurité incendie, pas de plan pour les matières résiduelles. Il n’y avait pas de plan d’aménagement du territoire pour toute la MRC; il y en avait un par municipalité. Il n’y avait pas de cohésion sur le territoire. La tâche est beaucoup plus complexe maintenant», souligne l’homme de 81 ans. S’il a quitté la vie publique comme élu, il n’a pas dit son dernier mot quant à un autre rôle qu’il pourrait jouer, mais il se fait discret à ce sujet.